27.02.2009

Des Verts très clairs

On n'a pas pour habitude de relayer les communiqués des partis politiques, mais celui-ci nous plaît bien. Et on félicite les Verts pour ce texte signé par leur secrétaire nationale qu'ils ont publié après la première communication des travaux du comité Balladur pour la réforme des collectivités locales (retrouvez tous les épisodes du feuilleton de cette réforme sur le blog http://regionsavoie.hautetfort.com). thumb_Cecile_Duflot.jpgC'est que Cécile Duflot nous rappelle ici que l'important, pour une région, ce n'est pas la taille, mais plutôt sa réalité historique. Chacune doit ainsi avoir une véritable particularité, qui ne se mesure pas en terme de produit régional brut, mais constitue néanmoins sa véritable source de richesse dans une optique fédéraliste qui appelle à l'unité dans la diversité. Si seulement les élus savoyards pouvaient s'inspirer des Verts qui ont ici le mérite d'être très clairs.

 

Un petit pas peut-être

Communes, inter-communalités, départements, régions, Etat... Les Français ne comprennent rien au mille-feuilles administratif actuel. Le système actuel privilégie baronnies, cumul, petits arrangements entre amis. Une réforme est donc indispensable. Certaines pistes qui semblent émerger des travaux du comité Balladur pourraient être intéressantes. Ce serait en tout cas un petit coup de pied dans la fourmilière des intérêts conservateurs de ceux qui prétendent vouloir changer tout, en faisant tout pour que surtout rien ne change.

Une France moderne et démocratique doit s’appuyer sur ses régions historiques et un fédéralisme différencié. Les Verts souhaitent la création des régions Basque et Savoie ainsi que l’unification de la Bretagne. Il serait inconcevable de dissoudre la région Alsace ou de fusionner de manière incohérente des régions très différentes. Les conseils régionaux doivent aussi pouvoir mutualiser leurs actions en s’associant.

Il serait souhaitable de réformer en profondeur les conseils généraux, création artificielle du jacobinisme. Il faut s’interroger sur leurs légitimités, lorsque les élections cantonales connaissent des sommets d’abstention. Il est inacceptable que dans un même département la population de cantons puisse varier de un à quinze. Il est honteux que dans d’autres il n’y ait qu’une femme conseillère générale sur quarante élus (Orne). Au bénéfice de tous, la majorité des compétences du conseil général pourrait être ré-attribuée aux conseils régionaux ou aux communautés de communes.

Les Verts appuieront toute réforme des collectivités territoriales qui ira vers plus de démocratie, moins de cumul, plus de lisibilité et moins de jacobinisme. Le pire serait que cette réforme n’aboutisse qu’à servir les intérêts des petits barons locaux de l’UMP et du PS en cantonalisant les élections régionales. Ce serait un grave recul démocratique. Il est indispensable de mettre en place, à tous les niveaux, de véritables élections à la proportionnelle afin de garantir la diversité et le respect des territoires et des électeurs.

Il faut donc de vraies régions, de vrais communautés de communes, la fin du département comme collectivité territoriale, et surtout la proportionnelle afin de rapprocher la réalité politique de la réalité du pays.

Cécile Duflot, Secrétaire nationale

 

Par ailleurs et sans rapport avec le communiqué des Verts, si ce n'est la volonté de créer une région Savoie, une réunion publique organisée par l'association La Région Savoie j'y crois se tiendra samedi 7 mars à la mairie d'Albens de 9h à 11h.

25.02.2009

A quand la fin du tout routier ?

area.JPG

L’association anti-contournement autoroutier de Chambéry organise le 2 mars une réunion publique où sont conviés tous les Savoyards ainsi que les élus concernés par la problématique des transports en Savoie qui ne choisiront pas de pratiquer la politique de la chaise vide.

Nous publions ci-dessous le communiqué de l’ACAC et invitons tout le monde à participer à ce débat.

 

Cette année sera-t-elle celle de l'abandon définitif du projet de Contournement Autoroutier de Chambéry ?

Sera-t-elle aussi celle de l'accélération des projets alternatifs...?

A écouter les discours prononcés par les uns et les autres sur le développement durable en Savoie, on serait tenté d'y croire, mais la réalité est tout autre !

L'État indique clairement sa volonté de privilégier le tout routier en Savoie et ses projets ne souffrent aucun retard :

- La nouvelle liaison Annecy-Genève (19 km) a été réalisée en 3 ans.

- Le démarrage des travaux de la galerie du Fréjus avec un diamètre de 8 mètres est imminent

- Le contournement figure précisément dans le projet de Directive Territoriale d'Aménagement pour les Alpes du Nord. Comme d'habitude en Savoie, ce projet a été élaboré dans la plus extrême discrétion. Les modalités de sa réalisation sont même précisées : elles se traduiront par un désastre pour tout le bassin chambérien, de Montmélian à Aix-les-Bains.

Mais ces sujets étant particulièrement délicats, il convient de rassurer le citoyen. Pour cela, on lui tient des propos anesthésiants, et si ce n'est pas suffisant, on va jusqu'à prononcer des contrevérités.

Le piège se referme sur la Savoie.

On pourrait imaginer que la baisse récente du trafic, due à la crise, rend le contournement inutile. Mais, tout se met en place pour que la Savoie récupère le trafic routier international dont les autres départements des Alpes ne veulent pas. D’ici quelques années (2012 ?), lorsque le trafic poids lourds aura doublé sur la VRU, il sera trop tard pour s'opposer aux lobbies qui exigeront la réalisation rapide du contournement.

Les alternatives qui répondent aux critères du développement durable traînent :

- Lyon-Turin fret : On évoque désormais le début des travaux pour 2012-2013, mais uniquement pour le tunnel de base.

- Pour la partie purement française, dont les travaux auraient dû être déjà lancés : rien, silence radio !!!

- La ligne Nord-Sud entre Aix et Montmélian est toujours en cours d'étude et chacun y va de son idée : bus, train, tramway ?

La volonté de les réaliser est souvent exprimée. Mais, de manière quasi-systématique, on trouve de fausses « bonnes raisons » pour expliquer l'accumulation des retards.

Cette analyse est succincte, mais ne peut être contestée. Elle sera largement développée, arguments à l'appui, le lundi 02 mars à la Salle des Conventions (Parc des expositions de Chambéry, à coté du Phare ) à 20h 00 lors d’une réunion publique.

Notre association fera le point sur le projet de Contournement et, plus généralement, sur la problématique des transports en Savoie : Lyon-Turin, galerie du Fréjus, trafic sur la ligne ferroviaire historique, trafic de la VRU, transports alternatifs, propositions.

Ont été invités à assister et à participer à cette réunion :

- les maires de toutes les communes concernées directement par le Contournement Autoroutier de Chambéry.

- les députés,

- les sénateurs,

- le Président du Conseil général,

- le Président de Chambéry-métropole,

- le Président de Métropole-Savoie .

La parole sera donnée à ceux d'entre eux qui le souhaitent. Ils pourront ainsi exposer, avec un maximum de concision, leur position sur les différents sujets précités ainsi que les actions qu'ils comptent mener à leur propos.

Combien de chaises resteront vides ?

Après ces interventions, le débat sera lancé.

 

Association anti contournement autoroutier de Chambéry

www.acac73.com

23.02.2009

Allons groller aux Houches

Affiche-Grolleandski-Web-copie-1.jpg
Inspirée du festival du film grolandais de Quend, la "feurst'dition" de Grolle and ski démarrera credi 25 février aux Houches.
Organisé par Cinébus, un regroupement d'associations de villages qui cherchent à dynamiser les petites communes de la région en y amenant un cinéma itinérant, ce festival propose un programme alléchant, sous le parrainage du grolandais Gustave de Kervern. Celui-ci viendra d'ailleurs présenter deux de ses films co-réalisé avec Benoit Delépine, le lunaire Aaltra et le petit dernier Louise Michel.
Durant ces trois jours dédiés à la grolle et au septième art, vous pourrez aussi voir Ma mondialisation, de Gilles Perret, Chomsky et Compagnie, de Daniel Mermet et Olivier Azam, Bon pour les filles et Cavaliers faciles, de Pascal rabaté, J'irais dormir à Hollywood, d'Antoine de Maximy et puis enfin Choron dernière, de Pierre Carles et Martin.
De quoi se rincer l'oeil, mais y aura aussi des débats et puis bien sur des fiestas, sinon ça le ferait pas.
On se rappelle encore d'un week-end grolandais aux Contamines Montjoie avec les mythiques Producteurs de porc et notre immense chef Salengro. Apparemment, ils ne seront pas de la partie cette fois, mais on peut néanmoins miser sur une nouvelle descente du saint esprit grolandais au pays du Mont Blanc.

Plus d'infos sur : http://grolleandski.over-blog.com/

 

22.02.2009

Le secret des Frahans

COUV Frahans1-1.jpg

Les Frahans. Maçons de Samoëns, de Mickaël Meynet, vient de paraître aux éditions Le Tour. On pourrait penser que ce livre s’adresse au petit cercle des passionnés d’histoire habitant Samoëns. Que neni ! Ce livre, nous l’avons dévoré !  Mickaël Meynet, diplômé d’études supérieures en histoire et en archéologie, nous offre ici une grande épopée, celle des tailleurs de pierre artisans itinérants originaires de la vallée de Samoëns. Disons d’emblée que l’auteur évite le piège, si commun aux folkloristes, de nous parler des montagnards, bons sauvages, vivant en autarcie à l’abri de la montagne refuge. Bref, on est loin de la mythologie suisse, image d’Epinal d’une civilisation laitière prospère et insouciante.

Le livre nous relate l’histoire des Frahans, du 14è siècle à l’aube du 20è, rien de moins. Il est bien documenté et illustré (on rêverait d’une édition « de luxe » plus richement illustrée). Si ce livre peut intéresser un large public, c’est qu’en marge de l’histoire des Frahans se dessine celle de la Savoie, société en perpétuelle évolution, traversant avec plus ou moins de succès les perturbations politiques, climatiques et culturelles des siècles. Plus étonnant, le livre nous parle d’une émigration de la misère, phénomène que l’on croyait moderne et qui est au final le lot de tous ceux qui cherchent à échapper à la pauvreté, quelles que soient les époques et les régions. 

Comment quelques tailleurs de pierre, partis à pieds de Samoëns avec leur « Kégnire » (coffre à outil), ont-ils réussi à faire rayonner leur savoir faire aux quatre coins de l’Europe et même jusqu’au nouveau monde ?  Le secret se trouve dans la création d’une confrérie, la confrérie des quatre couronnes, structure d’entraide et de solidarité, véritable machine à décrocher des contrats. Des ouvrages de Vauban en Franche-Comté, en passant par le château de Ferney, pour le compte de Voltaire, jusqu’au développement de Genève, les Frahans ont marqué le paysage architecturale de nombreuses cités. Edifices publics ou religieux, monuments, ponts, écluses, nous côtoyons tous les jours leurs réalisations, que ce soit le sénat de Savoie à Chambéry, l’Hôtel de Ville de Bonneville ou  d’Annecy.

Mickaël Meynet nous montre comment la confrérie, placée au départ sous l’autorité de l’église, s’est transformée en une société de libres-penseurs, défenseurs du progrès social. Comme elle a su préserver ses intérêts tout en s’accommodant de la défiance de l’église et de l’état en certaines époques. Enfin, et ce n’est pas là le moindre mérite du livre, Les Frahans. Maçon de Samoëns nous révèle les secrets du Mourmé, langage des tailleurs de pierre, un argot confidentiel et identitaire qui s’est subitement éteint à la fin du 19ème.

Sylvain Poujois

 

19.02.2009

En souvenir d'Henri

n°12 Henri.jpg

Cela fait maintenant deux hivers qu'il nous a quitté. Et en ce 19 février, alors que dans chacune des provinces on ressort les drapeaux, on ne peut s'empêcher de penser à lui. Car c'est Henri Dénarié qui décida, il y a trente-sept ans, que la Saint Gabin serait jour de fête nationale en Savoie. Non pas pour célébrer le fameux acteur français, mais pour rappeler aux Savoyards que le 19 février 1416, la Savoie fut érigée en duché, sous le règne du grand Amédée VIII. Elle entrait ainsi dans la cour des grands d'Europe. Pour Henri, cet événement majeur de l'histoire de Savoie avait tout pour constituer l'origine d'une fête nationale. Et afin que vous compreniez mieux le pourquoi du comment, nous republions aujourd'hui une chronique de La Savoie selon Henri parue dans le numéro 6 de la Voix. En souvenir du fondateur de Savoie Libre qui revient pour nous ici sur le jour de gloire d'Amédée. Un événement qui vaut bien le 14 juillet. 

 

Te voici duc, Amédée

Le 19 février 1416, quatre siècles de fidélité au Saint Empire romain germanique sont récompensés. Comme la Bavière ou l’Autriche, la Savoie, en devenant duché, devient un Etat souverain au sein de l’empire. Elle aura désormais droit de vote à la diète, comme les nations ont aujourd’hui droit de vote à l’ONU. Un événement énorme, mais méconnu. A l’époque, les factions commencent à déchirer la Françie. La guerre civile bat son plein dans un royaume à moitié conquis par les Anglais. La confusion règne au sein de la papauté car trois papes portent la tiare. Coté Saint Empire, Sigismond de Luxembourg et Josse de Moravie sont candidats au titre d’empereur. Et en Savoie, le compte Amédée VIII profite de la tranquillité qu’il retire de tout ça. Il accroît son domaine tout en perfectionnant l’administration du pays. Sa noblesse ne manque pas une occasion de briser des lances pour mieux acquérir renommée. Amédée soutient le roi de Hongrie contre les Turcs, puis les Franciens contre les Anglais. Et il supporte Sigismond, déjà reconnu comme roi des Romains.

1368330423.jpg

Les conseils d’Amédée VIII sont toujours suivis. On le nomme le Salomon de son époque. Il appuie de son autorité l’université de Paris dans son désir de terminer le schisme de l’Eglise. Sigismond, lui, parcourt l’Europe afin de convaincre chacun d’élire un pape ayant l’agrément de tous. Il entreprend ainsi de rendre visite en Aragon à Benoit XIII, qui refuse de se démettre. Amédée l’accompagne et lui facilite le voyage en mettant à sa disposition à Seyssel huit barques superbement parées pour descendre le Rhône. Le futur empereur envisage alors de procéder à l’élévation d’Amédée au rang de duc à Lyon, comme pour rappeler les anciens droits de l’empire sur cette ville. Mais il se rabat sur Montuel où, sur un territoire qui la veille encore était francien, il fait acte d’autorité et élève la Savoie en duché à la fin juillet de l’an 1415. Quelques mois plus tard, il devient empereur et va vite se rendre en Savoie pour officialiser la création du duché. Mais aussi pour se « prévaloir des lumières d’Amédée VIII » en vue de ses futurs voyages à Londres et à Paris, destinés à réconcilier deux rois.

A Chambéry, un théâtre est construit pour la cérémonie. Des tournois sont organisés durant plusieurs jours. En faisant d’Amédée un duc héréditaire, Sigismond élève aussi la Savoie qu’il décrit comme un être vivant dont il énumère les villes, les châteaux, les villages, les montagnes et les collines, les forêts et les taillis, les lacs et les fleuves, les barons et les vassaux, les paysans et cultivateurs, mais aussi nos bestiaux qui, tous, contribuent à la vaillance et à la loyauté de la grande patrie de Savoie. Une terre qui s’étend de Mâcon aux limites du Piémont et des confins de l’Helvétie allemande à la Méditerranée. L’équivalent d’au moins huit départements français, beaucoup plus que n’ont jamais compté les duchés de Bretagne, de Lorraine ou même de Bourgogne. Ceci explique que, en ce 19 février 1416, la Savoie soit haussée au rang de grande puissance. En 1972, j’ai considéré que cet événement, sans doute le plus considérable de toute notre histoire, pouvait constituer notre fête nationale, plaçant la Savoie sous la prédominance du pouvoir civil. Cette invention, faite par le titulaire d’un CAP d’ajusteur, personne parmi l’élite n’y avait songé depuis 1416. Elle a fait depuis son chemin.

Henri Dénarié

 

Pour mieux comprendre qui était Henri Dénarié, retrouvez dans les numéros 12 et 13 de la Voix (rubrique anciens numéros) deux articles qui retracent sa vie. 

 

17.02.2009

Je ne paye plus l’impôt car je sais où va l’argent

entrevista_04.jpgSur ce territoire allobroge offrant l'hospitalité à la libre expression, nous accueillons aujourd’hui une Québécoise. Ghislaine Lanctôt était une ex-directrice de clinique exclue de l’ordre des médecins dans les années 1990 après avoir publié un livre, La mafia médicale, qui décrivait un milieu où l’on s’affaire d’abord à entretenir la maladie. Aujourd’hui, cette grand-mère de 67 ans se fait appeler Ghis et dit avoir évacué sa laine, car elle ne veut plus être un mouton. Depuis 1994, elle ne fait plus de déclaration d’impôt et elle a coupé tous les liens avec l’administration fédérale canadienne, refusant de payer quoi que ce soit et renonçant à profiter des privilèges procurés par nos systèmes gouvernementaux (assurance santé, retraite, etc…). Cette attitude a conduit Ghis à passer deux mois en cellule au printemps 2008, séjour qui l’a incité à écrire un nouveau livre (Madame Ghis, évasion en prison). Et bien qu’elle se soit encore retrouvée devant un tribunal le 20 janvier dernier, elle continue de refuser de participer à un système qui engraisserait des banquiers ayant asservi nos gouvernements grâce à une dette qui n’a pas lieu d’être. Elle mets ainsi ses actes en accord avec un discours qui va bien au-delà de cette histoire d’impôt, car il renvoie à ce que Ghis estime être la nature profonde de l’être humain. Ce ne serait donc pas son statut de contribuable ?

Ghis, pourquoi refuser de payer l’impôt ?

Je mets les pendules à l’heure. C’est une histoire de conscience, d’identité, pas d’argent. C’est fondamental de comprendre ça. Je n’ai plus voulu payer l’impôt quand j’ai su où allait l’argent, c’est-à-dire dans les poches des banquiers mondiaux. J’ai cessé de collaborer avec le système quand j’ai compris comment il marche. Les politiques n’ont aucun pouvoir, c’est le pouvoir de l’argent qui mène le monde. Tout mène à la finance et à un système de banques centrales. Chaque pays a sa banque centrale et chacune est un cartel de banquiers privés. Aux Etats-Unis, la majorité des propriétaires de la Réserve Fédérale sont d’ailleurs des banquiers européens. C’est donc un cartel mondial de banquiers qui gouverne et les gouvernements mentent en nous faisant croire qu’ils ont le pouvoir. Obama n’est rien d’autre qu’une nouvelle marionnette nommée par les mêmes que les autres. En fait, tout le monde sait bien que c’est l’argent qui mène le monde, mais on n’a jamais réalisé comment.

Et vous, vous avez trouvé ?

Tous les impôts vont dans les poches des banquiers mondiaux, sous prétexte de payer les intérêts d’une dette qui n’existe pas. Car il n’y a jamais eu d’argent de prêté ! Non, l’argent est créé à partir de rien. Les banques centrales font des jeux d’écritures. Un film qui a beaucoup circulé sur Internet explique très bien ce système de l’argent dette (http://www.dailymotion.com/video/x6zdoa_largent-dette-de-...). Pourtant, seuls les pays ont normalement le droit de créer de l’argent, mais ce droit a été cédé aux banquiers.

En France, on dit que c’est un tiers des recettes fiscales qui est consacré à payer les intérêts de la dette. A part ça, les impôts servent aussi à financer les services publics…

C’est ce qu’on dit, tandis que les gouvernements s'endettent toujours plus pour réussir à faire fonctionner ces services publics, augmentant ainsi la dette.

Vous ne croyez pas du tout à l’utilité sociale de l’impôt ?

Jusqu’en 1994, j’étais contente de payer plus d’impôts que les autres, car je croyais que je participais au bien-être de la population. Mais quand j’ai vu où ça allait, j’ai dit stop. C’est juste un problème d’ignorance.

Mais dans la pratique, on ne vous force pas à payer ?

En faisant cela, j’ai compris qu’on était coincé. Et c’est quand je suis sortie de prison que j’ai réalisé que le citoyen est un esclave.

Ah bon ?

On est encore des animaux. On a peur, on rend des comptes à des gens supérieurs, à des bons dieux, à l’état, à ses parents. On est des animaux qui ont peur de ce qui est à l’extérieur, car on n’est pas conscient de qui on est. Pas une pauvre créature, mais une créatrice, qui crée ce qui arrive.

Et qui récolte donc ce qu’elle sème ?

Non, car cela donne une notion de bien et de mal, alors qu’il n’y a pas de dualité, ni de bien, ni de mal. Tout est parfait et je ne suis que le reflet de mon état de conscience. Si j’ai un cancer, je vais en général me dire que c‘est dû à des choses que j’ai faites comme fumer ou boire, que c’est la faute de mon environnement ou de mes gènes familiaux. C’est une autre façon de penser que de se dire : je suis créatrice. Car si je me suis créé un cancer, si mon corps le manifeste, c’est une indication de mon état de conscience. Ce n’est plus un malheur, mais un bonheur. J’accueille la maladie comme un outil que je me suis créé pour grandir en conscience. Et on arrive à la question : que suis-je venue faire sur cette terre ? Assurer la sécurité de mes avoirs ou permettre l’émancipation de mon être ? C’est là où est le choix.

Et quand l’avez-vous fait ce choix ?

Quand j’ai écrit La mafia médicale, j’ai compris que j’avais appris à rendre les gens malades et j’ai réalisé que la santé est le reflet de mon état de conscience. Le corps n’est qu’un miroir. Comme je suis l’autorité suprême, je dois me comporter comme tel. Je me suis donc défait de tout de qui n’était pas souverain : la carte de sécu en 1993, les impôts deux ans plus tard, les comptes de banques, le permis de conduire et dernièrement le passeport.

Vous commettez ainsi des infractions à la loi…

Quelqu’un de souverain obéit à son âme et conscience, pas aux lois extérieures. Cela conduit à intégrer la vraie autorité, donc je ne vais pas aller conduire si je ne sais pas le faire ou si j’ai bu une bouteille de vin ou que je suis fatigué. Mais je conduis, et je n’ai pas d’assurance. Je n’ai pas de garant pour moi. Tout ce qui m’arrive, c’est moi qui paye pour.

Mais vous ne payez pas vos impôts. Or on est contraint par la loi de les payer, et l’Etat dispose du bâton pour se faire respecter…

Il y a trois bâtons : l’exclusion, la dépossession et l’élimination. L’exclusion, ça ne me touche plus. Et comme je ne possède plus rien, on ne peut rien me prendre. Reste l’emprisonnement ou la mort. Quand j’ai sorti La mafia médicale, j’ai pensé qu’on allait me tuer, mais non. Et l’année dernière, j’ai refusé de me présenter au tribunal, donc on est venu me chercher chez moi. Après m’avoir envoyé dans un service psychiatrique qui m’a jugé apte à passer en procès, le juge m’a proposé une libération sous conditions qu’il fallait signer. J’ai refusé, car cela s’adressait à l’entité légale LANCTOT Ghislaine. Ce n’est pas moi.

Comment cela ?

Il y a d’un côté une entité légale qui appartient au gouvernement, de l’autre l’être physique venu au monde. L’entité légale, ce n’est pas moi. C’est elle qui est accusée et j’ai donc refusé de signer, alors le juge m’a dit que j’irai en prison. Mais je ne peux pas renier mon identité, je ne peux pas vendre mon âme. J’ai donc passé deux mois en prison. Et le 20 janvier dernier, pour mon procès, j’avais dit au juge que je me présenterai, mais pas en cour. Je suis allé avec les spectateurs et j’ai expliqué n’avoir toujours rien à faire avec l’entité légale LANCTOT Ghyslaine, dont j’ai d’ailleurs annoncé la mort. Le juge a dit : « Ok, mais je fais quand même le procès. » Je suis parti et ils ont fait le procès.

Vous n’avez pas eu une grosse condamnation : 1 000 dollars d’amende à payer d’ici deux ans.

Je ne paierai pas, ce n’est pas moi qui est condamné. Faut s’adresser au propriétaire de l’entité légale.

En fait, vous refusez de payer vos impôts depuis près de quinze ans, mais on finit par vous laisser plutôt tranquille…

Quand le bâton ne marche plus, qu’est-ce que tu veux faire ?

Maintenant, vous avez transmis à des proches votre maison, votre voiture, vos biens, mais vous avez toujours un toit ou une véhicule mis à disposition par une personne qui, elle, ne peut se permettre de sortir complètement du système… 

Tout le monde peut faire ce qu’il veut, il y a toujours des solutions. Moi, j’ai transmis ma maison en 1992 à ma sœur, car je pensais que je serai tué et je voulais qu’elle la garde pour mes enfants. J’ai donné ma voiture en 2000. Je me suis dépossédée de manière intuitive, sans savoir tout ce que j’ai appris ensuite quand des gens m’ont donné des cours pour m’expliquer le fonctionnement de ce système des deux personnalités et de l’entité légale que les avocats ignorent.

Vous qui dénoncez le pouvoir des banquiers, que ressentez-vous devant la déroute actuelle du système financier ?

Les systèmes s’effondrent aujourd’hui car ils sont faux. Les fondations sont mauvaises. C’est basé sur les riches qui exploitent les pauvres et les gardent esclaves par la force. Comme les gens veulent de plus en plus s’émanciper, on risque d’avoir de plus en plus de force. Et les événements du 11 septembre ont d’ailleurs permis de déclencher l’état d’urgence pour augmenter la répression. Mais nous ne sommes pas face à une crise financière, économique ou sociale. C’est une crise évolutive, dans laquelle l’être humain est en train de se dépouiller de toutes ses croyances, de tous les mensonges. Certains vont s’effondrer en voyant disparaître leurs illusions. Mais pour sortir de l’esclavage, il faut renoncer à ses droits et privilèges, car c’est eux qui nous rendent esclaves. Ils sont octroyés par l’extérieur alors que je dois réaliser l’autorité suprême intérieure. Quand on franchit le pas, on a peur, mais, en le faisant, on transcende puis on guérit ses peurs. Et moins on a peur, moins on donne de son pouvoir. Moi, j’ai de moins en moins peur.

Mais aujourd’hui vous ne pouvez plus voyager, car vous n’avez plus de passeport, ni d’ailleurs aucun autre moyen d’identification…

Non, car je ne suis plus une citoyenne. Mais je vais bien trouver une nouvelle façon de voyager.

Vous dites relever uniquement de votre autorité intérieure, mais la vie n’exige-t-elle pas un minimum d’organisation collective, impliquant notamment de lever des impôts ?

Non, il n’y a besoin d’aucune organisation collective. Il faut de l’entraide, mais pas de système. Les systèmes s’imposent par la force. J’ai souvent demandé aux gens s’ils payaient l’impôt par amour ou par force. Personne ne m’a jamais dit par amour. Moi, je suis créatrice et je suis sous la gouvernance de mon âme. Alors on peut créer ce qu’il faut pour la communauté, mais sans avoir besoin pour autant d’un gouvernement qui lève des impôts pour financer des guerres ou payer des banquiers.

Vous donnez des conférences ou des séminaires. Constatez-vous une forme de contagion avec les gens qui viennent vous voir ? Arrêtent-ils de payer l’impôt ?

Oui, il y a une contagion, mais je leur dis de commencer par guérir les peurs qui font qu’ils se mentent tout le temps. Commencez par dire la vérité, après, vous pouvez arrêter vos cartes de crédits, vos comptes de banques. On peut très bien vivre sans. Et puis il faut affronter des peurs de plus en plus haute, mais on ne commence pas à plonger du tremplin de dix mètres. Alors arrêter de payer l’impôt, je ne le conseille pas, ce n’est pas le premier truc à faire.

Mais de votre côté, vous vous attendez à quoi vu que vous ne paierez pas l’amende ? Vous pensez qu’on va vous laisser tranquille ?

Je n’avais aucune idée de ce qui allait arriver le 20 janvier. J’étais prête à ne rien avoir comme à repartir deux ans en prison. Alors maintenant, je ne sais pas plus ce que l’avenir me réserve, mais je ne renierai pas qui je suis.

Entretien : Jo Veillard

 

14.02.2009

Retour en résistance

walter en resistance.jpg

Si vous êtes attentifs à la programmation des salles art et essai de Savoie et Haute-Savoie, vous aurez peut-être remarqué que le film de Gilles Perret, Walter : Retour en résistance, est actuellement projeté en avant-première dans plusieurs cinémas… Ne le manquez pas ! D’abord parce qu’il risque ne pas voir le jour sous sa forme actuelle si des poursuites sont engagées contre le réalisateur, notamment par Bernard Accoyer, député maire d’Annecy le Vieux et président de l’Assemblée Nationale. Une séquence du film nous montre une lettre menaçante de ce dernier, enjoignant Gilles Perret de ne pas utiliser l’interview qui lui a été donnée. Ensuite parce que ce film appelle nécessairement au débat. On peut être pour ou contre, mais il ne laisse pas indifférent. J’en veux pour preuve cette projection à laquelle j’ai assistée, en présence de Gilles Perret et Walter Bassan, à Seynod, le 13 février dernier. Elle a bien failli dégénérer en pugilat. D’un côté ceux qui trouvent que Perret est trop partial et qu’il fait un amalgame douteux entre la situation politique et sociale de notre pays aujourd’hui et celle de la deuxième guerre mondiale (le général Bachelet, président de l’association des Glières, est de ceux là). De l’autre, ceux qui trouvent au contraire le film très pertinent, émouvant, et qui sont encore bouleversés par les larmes de Walter à Dachau.

La question qui transparaît en filigrane tout au long du film est la suivant : où est l’esprit de Résistance aujourd’hui ?

Gilles Perret part souvent de ce qu’il connaît, de ce qui lui est proche (Cluses et le décolletage pour Ma mondialisation, quelques anciens de Passy pour Ça chauffe sur les Alpes) pour ensuite étendre son propos à une situation plus globale, en ne dissimulant jamais le caractère subjectif de sa démarche, pleinement assumé. C’est sa force, et c’est encore de cette manière qu’il procède dans de film. Walter Bassan, jeune résistant annecien de 17 ans, arrêté par la milice en 1944 sur dénonciation (un mot récemment remis au goût du jour par Eric Besson) puis déporté à Dachau, est un voisin de Gilles Perret. Walter, à plus de 80 ans, intervient inlassablement auprès des scolaires pour témoigner. Et il a gardé totalement cet esprit de combattant et de résistant qui force le respect. Perret le suit donc dans ses pérégrinations de gardien de la mémoire (notamment dans un voyage à Dachau avec des lycéens), mais aussi chez lui, lisant le Dauphiné ou bavardant avec sa femme. Walter est un homme simple, dans le meilleur sens du terme. De fil en aiguille, Perret s’interroge sur l’utilisation (la récupération) politicienne du plateau des Glières, dont Sarkozy a fait son Solutré (il y vient 3 jours avant le deuxième tour des présidentielles en 2007), met les pieds dans le plat (d’où la gêne d’Accoyer), et donne la parole aux grands humanistes que sont Stéphane Hessel ou John Berger.

Pour finir, s’il y avait un ultime argument pour vous inciter à voir ce film et à le faire exister, ce serait ces quelques images de Nicolas Sarkozy sur le plateau des Glières : il en train de plaisanter allègrement avec un groupe du troisième âge alors qu’on lui présente deux anciens résistants républicains espagnols. « Ah mais j’aime beaucoup l’Espagne, j’aime bien aussi l’Italie, je suis marié avec une italienne, vous savez ? » Et il rigole nerveusement… A pleurer, vraiment.

Xavier Depraz

 

13.02.2009

Signes ?

crop20041.jpg

Les crop circle, vous connaissez ? Ce sont ces gigantesques dessins que l'on retrouve depuis maintenant une trentaines d'années dans les champs de céréales, notamment dans le sud de l'Angleterre, mais aussi en France où huit crop circle ont été observés en 2008.

Bien que plusieurs individus aient prouvé être à l'origine d'un grand nombre de ces agroglyphes (l'autre nom des crop circle), expliquant ainsi que ce ne sont que des canulars, certains pensent toujours que ces oeuvres champêtres ne sont pas réalisées par des humains. Ils avancent notamment le fait qu'on a pu constater une augmentation du champs magnétique ou électrique, une diminuation de la teneur en eau ou un pouvoir de germination tantôt amélioré tantôt diminué dans les plantes servant de support à ces figures géométriques.

Le physicien Daniel Harran se passionne pour le sujet et il est convaincu que les "vrais" crop circle sont en fait des signes envoyés à l'humanité par des êtres venus d'on ne sait où. Il s'apprête à donner une conférence à Chambéry intitulée : Les agroglypes nous interpellent.

Alors, imposture ou réel mystère ?

Si le sujet vous intrigue, rendez-vous le 18 février au Bar à Thym (un lieu au nom prédestiné ?) à 19h30, 22 place Monge à Chambéry (réservation conseillé au 04 79 70 96 40). Tarif: 5 euros

Plus d'infos sur le conférencier et les crop circle sur www.agrogryphes.fr

 

11.02.2009

Les chercheurs remettent leurs copies

Laurent.jpg« C’est pas un complot de gauchistes ! C’est l’ensemble de la communauté scientifique qui dit qu’on dépasse les limites. » Cette précision donnée par Laurent Ripart peut-être utile pour démarrer, vu que notre interlocuteur est d’abord connu pour être le premier homme élu sous la bannière LCR au conseil municipal de Chambéry. Mais ce qui nous intéresse aujourd’hui, c’est sa casquette d’enseignant chercheur spécialisé dans l’histoire médiévale de la Savoie, notamment du temps où elle était encore une terre du royaume de Bourgogne. 51qx9MmovGL._SL500_AA240_.jpgCar c’est en tant que tel que, lors d’une cérémonie publique et collective, il a envoyé cette semaine par la poste à Sarko ses derniers articles publiés afin que le président puisse juger de son travail. On a donc profité de l’occasion pour discuter avec lui de la réforme de la recherche entreprise par le gouvernement, mais aussi du rôle de l’université de Savoie dans l’étude de notre histoire.

Alors, Laurent Ripart, comme ça vous envoyez vos copies à Sarkozy ?

Oui, avec une trentaine d’enseignants chercheurs, nous lui avons fait parvenir les dernières recherches que nous avons publiées.

Et vous pensez qu’il va comprendre la valeur de ces travaux ? Je pense notamment à l’un de vos articles intitulé : La croisade du comte Amédée III : un potlatch sans intérêt. Pas facile de cerner le sujet… C’est quoi un potlatch ?

C’est un terme utilisé par les anthropologues. Il s’agit d’une cérémonie effectuée chez les Indiens où l’on détruit tous ses biens. Et on peut comparer le mode de vie des Indiens et celui des sociétés où il n’y a pas vraiment d’état, comme c’était le cas au Moyen Age. Dans le cas de cette croisade, cela signifie que l’on a dépensé des sommes énormes sans qu’on n’y trouve un grand intérêt. Alors je ne sais pas si Sarkozy va le comprendre, mais cet envoi est une réaction à ses déclarations du 22 janvier où il a dit qu’on avait une université d’une insigne médiocrité qui publie moins que les autres. Comme ce que l’on fait n’est pas connu, on a voulu lui rappeler qu’on travaille.

Sarkozy dit que votre travail devrait être mieux évalué, mais pas forcément par lui…

Nous sommes déjà en permanence évalués ! Lorsque nous soutenons notre thèse, notre HDR (ndlr : diplôme permettant de postuler aux fonctions de professeur des universités), lorsque nous faisons une demande de promotion ou de congé pour recherche. Nous sommes aussi évalués dans le cadre de nos laboratoires tous les quatre ans, ou chaque fois que nous soumettons un projet de recherche. Nous sommes évalués quand nous soumettons un article à une revue, par un comité qui fait un rapport sur nos travaux et décide ou non de les publier. Alors quand il dit que nous ne sommes pas évalués, c’est se moquer du monde ! Mais il veut rajouter à ce dispositif une évaluation supplémentaire qui serait faite par le Conseil National des Universités. Je suis membre du CNU et nous devons évaluer chaque année 350 dossiers de docteurs qui veulent être recrutés à l’université, ainsi qu’une vingtaine de dossiers de collègues qui demande un congé recherche et encore une cinquantaine de dossiers de demande de promotion. On y passe déjà 15 jours par an : quel est l'intérêt de rajouter encore une évaluation supplémentaire ? De plus, le projet est fou. Il faudrait classer les enseignants chercheurs en trois catégories (A, B, C) : ce n’est pas cela une évaluation scientifique d’un projet scientifique.

On dit que les universités françaises sont à la traîne dans les classements mondiaux…

On conteste les chiffres avancés par Sarkozy qui sont fantaisistes. Il nous parle du classement de Shanghai, mais cela mesure des choses qui n’ont rien à voir. Les universités y sont évaluées en fonction de leur taille. Ce n’est pas un gage de qualité. La qualité d’une recherche se mesure plus au nombre de prix Nobel. Et en France, il est exceptionnel au regard des moyens dont on dispose. Ensuite, au niveau de l’histoire, allez dans une librairie aux Etats-Unis et vous y trouverez un quart des livres qui sont des traductions d’ouvrages français. Pour un Américain, le plus prestigieux, c’est d’être publié en France.

L’histoire française serait au top mondial ?

On peut dire ça. Elle est très reconnue partout. Et pourtant, au niveau des moyens, on n’est vraiment pas au niveau. Je le vois quand je vais en Italie ou en Suisse. Et là, on prévoit 900 postes en moins dans l’université, le CNRS est littéralement démantelé et on autorise un président à diminuer notre temps de recherche pour augmenter celui consacré à l’enseignement et aux taches administratives.

Combien de votre temps consacrez-vous actuellement à la recherche ?

Environ deux jours par semaine.

C’est déjà pas mal, 40% du temps…

Non, un tiers, car je travaille six jours par semaine. Mais faudrait pouvoir y consacrer la moitié de mon temps. Car la recherche, c’est quoi ? Allez dans les archives. Cela demande du suivi. Mes collègues italiens ou suisses y consacrent, eux, quatre jours par semaine.

En quoi le travail que vous pouvez réaliser à l’université est important pour faire avancer la connaissance de l’histoire de Savoie ?

Pendant longtemps, il n’y a pas eu de travail universitaire sur l’histoire en Savoie. Jusqu’à la fin des années 1970 et la création de l’Université de Savoie, ici, il n’y avait que les sociétés savantes, mais elles ne produisent rien. Elles ne font que reproduire des anciens travaux. Les seuls travaux d’histoire sur la Savoie étaient donc italiens. Et si vous regardez les bibliographies de mes publications sur la Savoie médiévale du 11ème au 13ème siècle, tout est en italien. Mais dans les années 1980, a été montée une recherche en Savoie et on s’est mis à travailler les archives.

Un illustre historien savoyard m’a dit qu’on pouvait parfois s’interroger sur la pertinence de sujets présentés comme essentiels, alors qu’ils ne le sont pas…

Je peux comprendre des interrogations sur l’intérêt de certains points de l’histoire médiévale. Mais je pense personnellement que c’est fondamental de comprendre comment fonctionnait cette période. Et l’histoire contemporaine a aussi été beaucoup étudiée, notamment par Sylvain Milbach, qui renouvelle en profondeur la connaissance qu’on pouvait en avoir. Car l’intérêt de la recherche est qu’elle fait surgir d’autres documents, d’autres sources.

Il y un sujet central dans notre histoire contemporaine, c’est l’annexion de la Savoie à la France. Y a-t-il eu des travaux là-dessus qui permettent d’aller au-delà des visions manichéennes qu’on a pu observer ici ou là ?

Oui, il y a eu beaucoup de recherches sur cette période. Un chercheur de l’université est même spécialiste de cela.

Il faudrait en parler à Hervé Gaymard, lui qui ne cesse de parler de rattachement de la Savoie…

Le rattachement, ça fait beaucoup rire nos collègues italiens. Mais bon, l’histoire, encore faut-il la connaître. Cela n’intéresse pas les politiques.

Doit-on alors compter sur l’Université pour que les Savoyards connaissent mieux leur histoire ?

C’est une question de valorisation, à échelle de masse. La recherche a une fonction, mais il existe d’autres structures. Soit par l’enseignement secondaire, soit par d’autres moyens, comme votre journal…

Mais dans l’enseignement secondaire, la Savoie n’est pas au programme. Quant à notre journal, il est plutôt mal-en-point…

On essaie aussi d’assumer une mission de valorisation. On va donner des conférences, mais c’est vrai que cela n’est qu’une petite partie de notre rôle. Maintenant, la Savoie a la chance d’avoir un réseau de société savantes très présent et très rare.

Certes, mais à Chambéry, à peu près personne ne sait ce que représentent les drapeaux des provinces qui flottent pourtant un peu partout. Ni qui est Joseph de Maistre bien qu’il ait sa statue devant le château. Et combien des élèves du lycée savent qui est Vaugelas ?

Mais cela, c’est l’acculturation. Et c’est un peu partout comme ça.

C’est peut-être aussi dû au fait que personne ne nous l’a appris. On rencontre en revanche encore des gens à qui l’instituteur a enseigné que la Savoie était italienne…

C’est dû à une méconnaissance de l’histoire. Pas grand monde ne sait que l’Italie n’a pas toujours existé.

On pourrait s’attendre à ce qu’un instituteur le sache. Enfin, vous semblez plutôt satisfait de la connaissance de l’histoire savoyarde…

Les sociétés savantes peuvent faire un super boulot. Et quand on donne des conférences, on voit que l’histoire intéresse en Savoie. Mais on pourrait bien sûr faire plus et mieux. L’université est malheureusement sous employée. Elle a, par exemple, plein de données sur le château, mais alors même qu’il y a un gros projet pour en ouvrir une partie au public et qu’il y a des recherches à faire, on ne nous les donne pas. On préfère les confier aux sociétés savantes. Mais quand on parle de science, c’est aux scientifiques de faire le travail. Et d’autres gros travaux patrimoniaux ne sont pas utilisés dans une logique scientifique, comme les peintures du château de Cruet qui se trouvent au Musée savoisien. Il y a aussi l’Eglise de Lémenc, qui est le seul bâtiment carolingien connu entre Grenoble et Genève. Il n’a jamais fait l’objet du moindre travail sérieux.

Alors qu’on parle d’autonomie des universités, une université de Savoie autonome ne serait-elle pas incitée à se tourner encore d’avantage vers l’histoire, mais aussi d’accroître ses partenariats avec les collectivités locales ?

Une université de Savoie autonome ne ferait plus d’histoire.

Pourquoi ?

Vu l’évolution des financements, si cela dépendait du conseil général ou de fondations privées, l’histoire ne serait pas financée, car ce qui intéresse, c’est les projets industriels. On aurait alors des spécialités comme le solaire, la montagne ou la mécatronique. Des grands pôles autour desquels tout tomberait en ruine.

On pourrait penser qu’une région marquée historiquement comme la nôtre souhaiterait promouvoir son département d’histoire…

Mais on ne peut pas non plus soutenir que l’histoire. L’université, c’est un tout. Et déjà, sur le site de Jacob, nous sommes passés de 3 000 à 2 000 élèves en quelques années. Si on continue sur cette logique, il n’y aura plus d’école doctorale. Et on ne peut pas imaginer d’avoir un département d’histoire qui serait tout seul.

Entretien : Brice Perrier

 

05.02.2009

Les JO des écotartuffes ?

q-annecy-2018-10cm.jpg

« Pour la région Savoie, contre les Jeux. » Voilà ce que titrait la semaine dernière le Dauphiné dans un article qui présentait le positionnement des Verts région Savoie sur deux sujets qui pourraient à priori n’avoir que peu de rapport. C’est d’ailleurs ce que pensent les Verts savoyards qui n’ont absolument pas souhaité lier les deux problématiques. « On a juste donné une conférence de presse pour annoncer différentes choses et d’abord notre positionnement sur les prochaines élections européennes, confie Gérard Blanc, conseiller municipal vert à la Ravoire et délégué à Chambéry Métropole. Et puis les journalistes nous ont posé des questions, notamment sur ces deux sujets d’actualité, auxquelles on a répondu. C’est tout. Il n’y a pas de lien entre nos critiques sur les JO et notre positionnement sur la région Savoie. »

En fait, les Verts ne sont même pas officiellement contre les JO à Annecy. «  Même si certains de nos membres peuvent s’engager dans des comités anti JO, les Verts ne sont pas contre les jeux, affirme Pierre Viguié, le secrétaire régional. A la mairie de Chambéry comme à l’agglo d’Annecy, quand il s’est agit de se prononcer sur ce projet des JO, les élus verts se son abstenus. Nous sommes pour un retour aux valeurs de l’Olympisme et c’est les dérives du gigantisme ou du dopage qui ne nous plaisent pas. Alors où que se déroulent les jeux, on veut un retour à la charte de l’olympisme et un respect de l’environnement. » Mais justement, ces JO d’Annecy, on nous les promet propres. C’est même un des principaux arguments avancés par les élus et d’abord par Thierry Billet, adjoint chargé de l’environnement à  Annecy. La preuve ultime que ces jeux seraient écolos, selon Billet, c’est qu’il a réussi à convaincre Yann Arthus-Bertrand de soutenir officiellement la candidature annecienne. On peut ainsi lire ceci sur le blog de l’élu annecien :thierry billet.jpg

« Ce soutien est une garantie que les engagements pris sur le plan environnemental seront respectés et en particulier qu'un bilan carbone "prévisionnel" sera géré en continu sur le projet de JO de manière à aboutir à un impact nul en carbone pour la réalisation de ces Jeux. C'est au demeurant ce que rappelle Yann : Les infrastructures olympiques fondées sur la démesure et l’utilisation d’importantes quantités de matériaux et d’énergie mènent souvent à une impasse. De nombreuses villes olympiques ont construit d’immenses structures coûteuses devenues aujourd’hui des éléphants blancs. Mes échanges avec Thierry Billet, votre maire-adjoint à l’environnement, m’ont éclairé sur un point : Annecy souhaite développer un modèle de ville olympique responsable dont l’empreinte écologique serait la plus réduite possible. »

arthus bertrand.jpegVu que Yann a été convaincu grâce à ses échanges avec Thierry, je ne demandais moi aussi qu’à l’être. Alors armé de mon petit clavier, j’envoie un mail à Thierry Billet pour lui poser une question toute simple, en rapport direct avec la déclaration de la figure tutélaire de l’écologie qu’est devenue le maître de la photo aérienne : quelles vont donc être les infrastructures construites pour ces jeux et où seront-elles situées ? Une question basique et élémentaire pour avoir une idée de l’impact environnemental de ces jeux. Et bien voici la réponse de Billet : «  Adressez vous au Comité d'organisation au Conseil général... Je n'ai pas les éléments sportifs en mains. » Eléments sportifs ? Je ne lui demandait pourtant pas si le ski de bosse en faki allait devenir une discipline olympique, mais ce qu’on allait construire comme infrastructure de type patinoire ou tremplin. L’élu annecien ne serait donc en rien au courant de ces futures installations, mais il a néanmoins réussi à convaincre Arthus-Bertrand qu’on ne tomberait pas dans la démesure. Après cela, faut pas s’étonner si certains en viennent à qualifier ce genre de personnage d’écotartuffes.

Direction donc le conseil général où l’attaché de presse nous informe que  « 70 à 80% des infrastructures sportives existent déjà. Les investissements concerneraient deux patinoires et un anneau de vitesse. » Elle ajoutera par la suite qu’un tremplin de saut sera aussi construit à La Clusaz. Cela fait quand même de gros équipements à bâtir. Mais c’est quoi alors les infrastructures existantes ? « Les pistes homologuées, patinoires, sites d'entraînement, piste de bob de La Plagne... », nous répond le conseil général. La piste de bob, ok, ça c’est du lourd. Les patinoires ? Mais on vient de nous dire qu’on va en construire trois ! Quant aux pistes de ski, c‘est sûr qu’elles sont déjà là, mais certains candidats aux JO auraient-ils prévu de bâtir les montagnes nécessaires aux épreuves olympiques ? Bref, pas grand-chose n’existe en réalité aujourd’hui en matière d’infrastructures, mais on nous certifie que 70 à 80% sont déjà existantes. Et Yann Arthus-Bertrand cautionne. L’écotartufferie en pleine action !

Un autre argument de Thierry Billet pour démontrer le côté écologique de ces jeux, c’est que grâce à eux, la Haute-Savoie va enfin pouvoir s’équiper en infrastructures ferroviaires. « Qui ne voit pas que les jeux sont un formidable accélérateur de projet ?, clame ainsi Billet sur son blog. Jusqu'à présent, les jeux ont servi, en France, à faire des autoroutes; ceux d'Annecy 2018 devraient permettre de faire du logement à énergie positive et du transport ferroviaire... De quel droit se passerait-on de cet accélérateur tout en réclamant... du transport ferroviaire ? » C’est clair que des autoroutes, chez nous, on n’en a plus trop besoin, surtout depuis qu’on en a même deux pour relier Annecy à Genève. Mais de là à dire que ceux qui veulent du ferroviaire n’aurait pas le droit de s’opposer aux jeux… Billet repousse encore un peu plus le bouchon. « Les jeux entraînent le département sur une mauvaise voie. Ce n’est pas une priorité et il y a mieux à faire que ça, estime Pierre Viguié. On a un retard extraordinaire en Haute-Savoie sur le transport ferroviaire et le logement social. Le projet des jeux permet aux élus de ne rien faire en les attendant. Mais ce n’est pas les jeux qui paieront les trains ! Ça sera à nous de les payer. Et le comité olympique n’exigera rien pour le ferroviaire. Alors peut-être que les JO donneront un coup de pieds aux fesses aux élus pour développer le ferroviaire, mais on ne devrait pas avoir besoin de ça. Et les JO relancent en revanche la mauvaise idée que la Savoie sera encore en 2018 la patrie du ski, alors qu’il faudrait plutôt songer à travailler à ce que nos usines à ski s’activent toute l’année. Il faut aujourd’hui d’abord penser à autre chose que le ski. Il ne s’agit pas de raser les stations, mais de tacher de les reconvertir, surtout celles qui sont situées à moins de 2000 m dans lesquelles sont prévus ces JO. »

Viguié s’inquiète aussi du gigantisme en matière d’infrastructure, malgré la caution d’Arthus- Bertrand. « On veut donc construire deux patinoires dans l’agglomération d’Annecy. Et lors des derniers jeux d’hiver, la grande patinoire contenait 40 000 personnes. C’est ça qu’on veut nous faire à Annecy ? Mais ça rime à rien ! D’autant que dans dix ans, est-ce qu’autant de monde se déplacera pour voir des épreuves olympiques ? Et on nous parle de bilan carbone zéro ! Dans dix ans encore plus qu’aujourd’hui, les gens regarderont les jeux devant leur télé, alors il n’y a pas besoin de bâtir des infrastructures démesurées. »  D’autant que là, on se dit que la région Savoie à laquelle croient les Verts en a déjà des infrastructures, notamment dans le 73. Mais, hormis la piste de bob, pas question d’y toucher, d’après ce qu’on nous a dit au conseil général. Le Hall Olympique d’Albertville ? On s’en moque. Le Phare de Chambéry (construit déjà, dans une pure logique savoyarde, avec l’objectif de piquer l’activité de la salle d’Albertville) ? Pas question de s’en servir. Tout ça pour respecter, d’après le conseil général, « le principe de compacité des sites, c'est-à-dire un périmètre olympique le plus restreint possible ». On prévoit pourtant des épreuves à Morzine, qui se situe bien plus loin d’Annecy que Chambéry ou Albertville. Même si les Verts n’y ont pas prêté attention, il y a donc en fait une véritable logique à être pour la région Savoie et opposé aux JO d’Annecy tels qu’ils se préparent. Et alors que la Venise des Alpes n’a évidemment pas besoin du prestige que lui apporteraient ces jeux et que le département de Haute-savoie est assez riche pour faire face à ses devoirs sans avoir besoin de tout ce cirque, on perçoit au final le signe d’une mégalomanie départementaliste dans ce projet dénué de toute cohérence régionale. Pour cela nous nous disons non au JO d’Annecy car oui à une région Savoie.

Brice Perrier

 

Toutes les notes