27.05.2009

Toxiques Affaires

CReiss.jpgCe vendredi 15 mai, à Chambéry, il fallait en vouloir pour braver la pluie et s’entasser dans l’atmosphère un brin désuète de la salle Jean Renoir. Ce vieux cinéma de quartier aux épaisses moquettes murales accueillait en effet, à l’initiative de l’association Vers un monde meilleur, le Professeur Claude Reiss, venu en voisin isérois nous parler du danger des molécules chimiquesPas très fun pour un vendredi soir. Et il ne fallait pas compter sur les affichettes annonçant l’événement en lettres capitales - Cancer, alimentation et environnement : les liens - pour égayer l’atmosphère. Malgré tous ces éléments légèrement anxiogènes et la concurrence féroce, ce soir-là, d’un Thalassa spécial, Sur le sentier du littoral de Deauville à Dieppe , ils étaient une bonne soixantaine prêts à écouter religieusement les pourquoi et comment qu’on va tous mourir.

Après quelques soucis dus à un micro défaillant ou à la voix du Professeur Reiss un peu faiblarde, la conférence commence par ce constat alarmant, mais malheureusement sans surprise : le nombre de cancers a explosé ces dernières décennies. Les cas de cancers dans l’Union Européenne ont en effet doublé en un peu plus de vingt ans, passant d’un million deux cent mille cas en 1980 à deux millions trois cent mille en 2006 (source INED).  Autre chiffre éloquent, les cancers du cerveau ont été multipliés par quinze en un siècle, et, de manière générale, les maladies neuronales (Alzheimer, Parkinson et autres scléroses en plaques) n’ont cessé de progresser de manière stupéfiante depuis les années quatre-vingt. 

QACTU_SON_PREVIEW.jpgPour Claude Reiss, au-delà de ces cascades de chiffres, il y a une réalité nommée pollution chimique. Une pollution omniprésente à laquelle nous sommes tous confrontés dans notre vie de tous les jours, comme l’explique le professeur. « Rien que dans une maison, le moindre objet du quotidien peut être composé de matières chimiques néfastes pour notre santé. Evidemment, en premier lieu notre alimentation, à cause des pesticides agricoles ou de certains additifs.  Mais aussi les produits ménagers, par exemple les liquides vaisselles, ainsi que beaucoup d’objets auxquels on ne pense pas toujours, tels les plastiques des biberons ou le revêtement d’une boîte de coca. Et puis il y a surtout les cosmétiques, qui, pour la plupart, sont tellement nocifs qu’ils devraient selon moi être vendus en pharmacie. » Bref, quasiment tout notre environnement immédiat serait contaminé par les quelques 100 000 produits chimiques en circulation, un nombre qui augmente chaque année grâce aux 2 000 à 2 500 nouveautés qui arrivent sur le marché. Y en aura donc pour tout le monde. Mais nous ne sommes pas pour autant tous logés à la même enseigne. Ainsi, carte de France à l’appui, Claude Reiss démontre que les cancers du poumon sont beaucoup plus importants dans les zones de forte pollution industrielle, comme le Nord Pas de Calais et la Lorraine, qu’en Vendée, par exemple.  Et de rajouter, sourire en coin : « La preuve que ce type de cancer n’est pas uniquement dû aux effets de la cigarette, car je pense pouvoir dire que l’on fume autant à Dunkerque qu’à La Roche-sur-Yon. »  

Petite blagounette vite oubliée au moment d’entrer dans le vif du sujet, véritable cheval de bataille du Professeur pour lequel il s’active depuis des années : sa méthode d’évaluation de toxicité des produits chimiques. Fondée sur la toxicogénomique (observation de cellules mises en contact avec les produits chimiques), elle s’oppose à la méthode actuelle d’évaluation basée sur les tests effectués sur les animaux.  Selon Claude Reiss, ces tests, aujourd’hui couramment pratiqués, ne permettent pas de bien évaluer les risques toxiques pour l’espèce humaine, car aucune espèce animale n’est le modèle biologique de l’autre.  Reiss dénonce également un coût exorbitant de plusieurs centaines de milliers d’euros et de trois à cinq ans de recherche pour chaque produit chimique testé.  « Ma méthode, elle, permet de tester la toxicité d’un produit en une semaine pour un coût avoisinant les dix mille euros. »

Malgré une certaine reconnaissance scientifique et un soutien de la part de responsables politiques, la toxicogénomique doit faire face à des oppositions en haut lieu et notamment au niveau de la Commission Européenne. Il faut dire que l’on touche là à certains intérêts qui dépassent largement le cadre purement scientifique. « Les députés européens ont voté majoritairement en faveur de la toxicogénomique, confie Claude Reiss. Ils ont parfaitement compris l’intérêt de cette méthode, mais c’est au niveau de la commission européenne que ça bloque. On voit ici les limites des institutions européennes. Car même si la Commission Européenne reconnaît notre travail, elle continue les tests animaliers, tout simplement parce qu’elle est influencée par les lobbies de l’industrie chimique. Aujourd’hui, les autorisations de mise sur le marché d’un produit dépendent de ces tests, bien plus faciles à manipuler. Et comme ce sont les industriels eux-mêmes qui les financent, ils n’ont aucun intérêt à ce que les choses changent. »

Antidote Couv.jpgLoin d’être abattus par la surdité des pouvoirs publics européens, le Professeur Reiss et son équipe ont décidé de réagir en créant, il y a quelques années, une association, Antidote Europe, qui compte aujourd’hui  six cents membres. Elle multiplie les actions internationales auprès des gouvernements européens et va jusqu’à défier par voie juridique la Commission de Bruxelles pour défaut de prise en compte de la santé des populations européennes.

Après une heure et demie de discours, la conférence se termine par la traditionnelle séance de questions du public, pendant laquelle une femme au crâne recouvert d’un foulard prend le micro et annonce son cancer du sein : « J’ai bu vos paroles, j’ai toujours fait attention à ce que j’ai mangé, je n’ai  jamais été malade, mais après tout ce que vous avez dit, je vois bien que nous sommes intoxiqués… » Elle finit son intervention en sanglots avant de s’en excuser.  Emotion dans la salle. Quant à l’ultime question, elle pourrait à elle seule résumer l’impression finale d’une soirée qui, bien que salutaire et instructive, peut laisser pensif.  Interrogé sur la pureté de l’eau, Claude Reiss conseille d’abord de ne pas acheter d’eau en bouteilles à cause des composants plastiques… avant d’ajouter d’éviter également l’eau du robinet, car infectée par les tuyauteries, nous laissant ainsi bien désarmés avec le sentiment étrange d’être victimes d’enjeux qui nous dépassent.

La balle est désormais dans le camps des pouvoirs publics. A eux de prendre leurs responsabilités et de prouver leur indépendance d’esprit et de choix face aux toutes puissances industrielles. Le plus tôt sera le mieux…

Frédéric Delville

Plus d’infos sur www.antidote-europe.org

 

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Commentaires

Cet article formidablement écrit au syle new age m'a fait comprendre les rouages des méfait de l'industrie chimique qui sont directement responsable de beaucoup de maladie graves dont le cancer ainsi que que la décadance de notre politique de consomation qui si nous ne changeons pas nos habitudes nous meneras sans aucun doute a notre perte.

Ecrit par : nico | 29.06.2009

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