14.06.2009
Un Savoisien mis à l’honneur par Sarközy
Nicolas Sarközy a souvent pourfendu l’élitisme de la fonction publique française en prenant pour exemple les concours de recrutement des agents au sein desquels on posait des questions sur La Princesse de Clèves. Ce roman du XVIIe siècle, écrit par Mme de Lafayette, raconte une histoire d’amour tragique et en même temps idéalisée : le style est épuré, et les relations restent platoniques ! Or, depuis que le président de la République a ainsi fulminé contre ce roman à ses yeux abstrait et aristocratique, celui-ci est devenu un étonnant succès de librairie - plus de trois siècles après sa création. Les milieux cultivés aiment prendre le contre-pied d’un président qui n’est pas des leurs.
Ce curieux phénomène montre, d’abord, qu’il est faux que, comme on le dit souvent, les gens ne s’intéressent plus à la grande littérature. Mais il nous intéresse également parce que le roman met en scène en réalité un grand prince de Savoie, que Mme de Lafayette a pris pour modèle : Jacques de Savoie, duc de Genevois et duc de Nemours. C’est lui qui est le héros de l’histoire et qui aime et qui est aimé platoniquement de la princesse de Clèves.
Ce personnage a réellement existé. Il était cousin de Henri II, dont le père, François Ier, avait donné à son propre oncle, grand-père de Jacques de Savoie, le duché de Nemours, près de Paris. Ce grand-père était en froid avec son cousin le duc de Savoie, Charles III, et on se souvient que François Ier était lui-même le petit-fils du duc Philippe. De cette époque date l’hôtel des Savoie-Nemours, à Paris : il fallait un pied à terre dans la capitale française, à ces princes étrangers.
On a pu dire qu’à cette époque, le Genevois, dont la capitale était Annecy, fut sous influence française. Politiquement, le duché de Nemours n’en était pas moins une concession, en Île-de-France, de la Maison de Savoie. D’ailleurs, après avoir vécu à la cour de France, Jacques de Savoie mourut au château d’Annecy, où il passa ses dernières années. Il y développa les arts, et Vaugelas lui doit peut-être quelque chose ; il mena aussi depuis son duché de Genevois des attaques contre les Genevois.
Jacques de Savoie symbolisait en tout cas le prestige et la gloire de la cour des Valois, qui devait tant à Louise de Savoie : il incarnait l’esprit qui régnait alors, et Mme de Lafayette a fait de sa personne un véritable héros. La meilleure preuve qu’elle le regardait comme un prince savoisien est que la fin de sa vie fut marquée par une correspondance qu’elle entretint avec la Maison de Savoie, à Turin : elle avait cherché ce lien, comme la ramenant vers le siècle éclatant qu’elle regrettait.
Il est heureux que Nicolas Sarközy ait pu ainsi mettre à l’honneur, indirectement, la Maison de Savoie, par un roman qui l’a rendue particulièrement illustre !
Rémi Mogenet
11:28 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : sarkozy, princesse de clèves, jacques de savoie




Trackbacks
Voici l'URL pour faire un trackback sur cette note : http://lavoixdesallobroges.hautetfort.com/trackback/2239457
Commentaires
Il ne faut pas oublier non plus que Louise de Savoie 2 fois régente du royaume de France était aussi la mère de François 1er.
A cette époque là les ducs de Savoie n'étaient pas de petits princes, mais de grands dirigeants européens d'un état-nation de grande importance politique.
Ecrit par : Zyme | 14.06.2009
Ecrire un commentaire