08.11.2009
« On ne doit pas éviter la question savoyarde »
Pour Philippe Meirieu, tête de liste d’Europe Ecologie en Rhône-Alpes, la région Savoie serait-elle une évidence ?

La désignation de Philippe Meirieu comme tête de liste d’Europe Ecologie en Rhône-Alpes est apparue comme une évidence. Le célèbre pédagogue a ainsi presque fait l’unanimité autour de son nom ce samedi 7 novembre à Lyon. Promouvoir la région Savoie sera-t-il aussi évident pour Europe Ecologie dans les mois qui viennent ? Mis à part Malika, notre députée bien aimée qui a une fois de plus bien parlé, personne n’a abordé le sujet à la tribune lors des assises d’Europe Ecologie. Alors au terme d’une journée durant laquelle Cécile Duflot a posé comme objectif de gagner la région afin que Rhône-Alpes devienne un territoire écologiquement exemplaire, nous avons voulu savoir si Phillippe Meirieu envisageait d’en faire aussi un terrain d’expérimentation privilégié pour le régionalisme différencié.
Philippe Meirieu, comment percevez-vous la spécificité savoyarde exprimée par Région et Peuples Solidaire et le Mouvement Région Savoie ?
Les deux départements savoyards sont animés par une réflexion très ancienne autour de l’idée régionaliste. Il faut entendre et écouter les revendications qui en découlent, car elles sont porteuses de valeurs de proximité. Elles conduisent à un moyen de rapprocher le citoyen des lieux de pouvoir tout en articulant le pays selon les particularités du territoire. Ce sont donc de vraies valeurs.
Le but du MRS, c’est la création d’une région Savoie et donc la division de Rhône-Alpes. Etes-vous prêt à cela ?
Il faut réfléchir très sérieusement à cette hypothèse.
Le respect de la revendication savoyarde passe-t-il par la présence de représentants du MRS à des places importantes sur les listes des régionales ?
Oui, et il y aura des gens de Région et peuple Solidaire, donc du Mouvement Région Savoie, sur les listes en Savoie. C’est évident.
Mais la question du régionalisme différencié, qui doit se traduire en Rhône-Alpes par la création d’une région Savoie, aura-t-elle une place centrale lors de la campagne ?
Aujourd’hui, je ne sais pas si ce sera central. Il faut d’abord que les Savoyards précisent leur position là-dessus. Mais on ne doit pas éviter de traiter la question savoyarde.
Dans l’appel aux écologistes en Rhône-Alpes qui a été lancé dernièrement, on ne parle pourtant pas de régionalisme différencié et de l’aspiration à une région Savoie. Pourquoi ?
Si cela n’a pas été notifié dans l’appel, c’est qu’il y a une forme d’évidence.
Propos recueillis par Brice Perrier
17:34 Publié dans Interviews | Lien permanent | Commentaires (12) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : europe écologie, philippe meirieu, élections, région savoie




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Commentaires
Très bonne interview.Chaque pièce pour la maison compte !
Ecrit par : TThoricc | 08.11.2009
Gramaci pour cette interview à chaud de la tête de liste EE RA.
Content de lire que pour Meirieu il y a une question savoyarde !
D'accord aussi avec lui que c'est aux Savoyards de proposer une/des réponses...
Adon d'cheur, no sem p'ocô u cârro d'l'ouvra mé yest zià na mi inrèyà...
Com que sèye dien on 'meirieu', on pou moente sè vî ! e yé zià quôquaren !
(meirieu, mèryeu = mirroir in patwé)
Ardi s-efan!
Ecrit par : lo çhavan | 08.11.2009
Quelle est cette "forme d'évidence" mentionnée dans la réponse de Monsieur Meirieu à la dernière question ? Moi cela ne me saute pas aux yeux. Y aura-t-il une "forme d'évidence" pour que la revendication d'une région Savoie ne fasse pas partie du programme des prochaines régionales ? ... je ne l'espère pas.
Merci pour cette itw et bravo et bonne chance à Mr Meirieu, en espérant que le régionalisme différencié mis en avant par Europe Ecologie sera au centre des débats et fera de la Savoie un excellent exemple de cette notion précieuse pour un grand nombre de savoyards.
Ecrit par : jojo | 09.11.2009
La région Savoie est une chance. Saisissons La!
Ecrit par : Eric | 10.11.2009
Il est gentil, Philippe Meirieu, et il se dit disciple du grand Pestalozzi, ce qui est un point fort, mais je le croyais très proche du Parti socialiste, et que les Socialistes avaient essayé sous Jospin d'appliquer ses idées, et que le résultat n'ayant pas été convaincant, les Socialistes ont cessé de l'écouter. Cela fait un peu recyclage. Je me souviens, de surcroît, que ses idées avaient consisté à constater que l'enseignement était trop morcelé, pour les élèves, et que, du coup, ils ne parvenaient plus à créer du sens. Mais cela venait clairement de l'organisation des cours, et au lieu de la changer, il a demandé aux enseignants un surcroît de travail pour se mettre entre eux en coordination, ce qui est artificiel. En tant que pédagogue, est-ce qu'il demande la régionalisation des programmes ? Je crois que c'est un sujet tabou. De nouveau, il va s'agir de ne pas prendre les choses à la racine, mais de faire du saupoudrage pour résoudre le problème qu'en fait on veut résoudre sans toucher à rien. La forme d'évidence est aussi une manière de ne pas en parler : c'est comme quand on suppose évident que les élèves connaissent les références religieuses qui sont dans les vieux textes, pour ne pas avoir à en parler. Dire qu'une discussion sur le statut de la Savoie est évident, alors que Queyranne a clairement dit que la discussion n'apparaissait jamais à Lyon ou à Paris, je crois que c'est un peu bizarre. Cela ressemble à la manière dont les professeurs d'université évacuent gentiment les questions gênantes.
Ecrit par : rm | 11.11.2009
(De fait, pour le moment, pour la promotion de la culture savoyarde et du patrimoine savoyard, est-ce que Meirieu est plus crédible que Queyranne même ? S'il s'agit de parler de Région Savoie, est-ce que Meirieu va ici plus loin que Queyranne du temps où il cherchait à devenir président ? Or, son mouvement s'est en principe engagé plus clairement qu'il ne le fait. Qu'est-ce qu'une hypothèse ? Pas grand-chose. L'évidence, cela va mieux en le disant.)
Ecrit par : rm | 11.11.2009
(Je tiens également à préciser que j'ai participé à une liste de discussion d'Europe Ecologie consacrée à la part du programme liée à l'enseignement pour les prochaines élections régionales, et qu'il s'avère que les intervenants s'opposent en général à une décentralisation des programmes, qu'ils restent attachés à l'uniformité nationale, à cet égard. C'est en tout cas ce qui m'est apparu. Même quand on admettait qu'il serait bon que l'enseignant ait le droit de pouvoir enseigner par exemple l'histoire locale, on renvoyait le problème au dirigisme global du Ministère vis à vis des enseignants, ce qui est pour moi une manoeuvre dilatoire, puisque ce dirigisme global est pour ainsi dire une orientation nationale que la Région ne peut absolument pas empêcher : elle concerne donc une autre élection. Car selon moi, une Région a le droit de demander d'avoir un droit de regard sur les programmes, afin qu'ils soient en relation avec son territoire propre. Mais le degré de liberté individuelle des enseignants ne peut pas varier d'une Région à l'autre.)
Ecrit par : rm | 11.11.2009
Un bon pédagogue devrait savoir que l'évidence est rarement évidente.
Tout ceci ne m'inspire donc pas la plus grande confiance.
Par ailleurs il est manifeste que les enseignants sont extrêmement conservateurs (héritage des hussards noirs?), peut-être aussi par routine, par confort. Je l'ai vu au Val d'Aoste où les compétences régionales existent, mais où les enseignants restent pour beaucoup très en retrait, voire s'opposent de fait au bilinguisme et à l'enseignement des valeurs locales, et en cas de conflit arrivent à se faire défendre par des syndicats nationaux. Jamais l'assesseur n'arrive à taper véritablement du poing sur la table.
La route est longue. Mais nous trouverons peut-être des raccourcis...
Ecrit par : fungo | 12.11.2009
C'est vrai. J'ai connu des inspecteurs qui défendaient les liens avec la culture locale, et des enseignants qui refusaient de les écouter. La raison en est peut-être que les enseignants restent liés aux programmes universitaires, qui sont dominés par la culture officielle et donc nationale. Ils craignent d'aller dans des directions qu'au fond ils ne connaissent pas, car en général, leur métier consiste plus à répéter ce qu'ils ont entendu qu'à être eux-mêmes des explorateurs de la Connaissance. C'est d'ailleurs pour cela que leur enseignement est si ennuyeux : il est mécanique. Mais si les programmes sont régionalisés, cela veut dire que les universités elles-mêmes adapteront leurs programmes, peut-être : or, les universités de Grenoble, de Lyon et de Chambéry accueillent bien la plupart des étudiants de la Région. Celle de Lyon a par exemple consacré au moins un séminaire au poète savoyard Jean-Vincent Verdonnet, et du coup, les collègues qui avaient étudié à l'université de Lyon disaient sans l'avoir vraiment lu que c'était un poète qu'ils aimaient, parce qu'il leur semblait respectable. Mais cela ensuite doit se refléter dans les manuels, les programmes officiels, les revues pédagogiques : cela doit être confirmé. Ici, c'est resté anecdotique. Comme ces collègues savaient que je connaissais les écrivains vivant en Haute-Savoie, ce qui les intéressait le plus était de savoir si je connaissais Michel Butor, qui a une audience nationale plus forte que Verdonnet. Les enseignants ne sont donc pas conservateurs, mais, quoi qu'ils disent, soumis à leurs maîtres, aux professeurs qui leur ont appris ce qu'ils savent : ils sont fidèles à leur mémoire d'une manière rigide, ou rigoureuse. Leur résistance à l'Inspection se fait en général au profit de ces maîtres qu'ils ont eus à l'époque où ils étaient élèves et étudiants, même quand ils ont oublié leurs noms : c'est entré dans leur instinct, leur inconscient.
Ecrit par : rm | 13.11.2009
(Je dois ajouter que je suis allé sur le site personnel de Philippe Meirieu, et qu'il a l'air de ne pas prendre très au sérieux Pestalozzi, même s'il admet que son modèle a pu servir à l'époque où des instituteurs se trouvaient en milieu rural, enseignant toutes les matières à des élèves jusqu'à l'âge de quinze ans. En tout cas, je pense qu'il n'est pas spécialement favorable à la diversification des programmes, car au contraire, dans un article sur l'ouverture d'un lycée musulman à Lyon, il dit craindre que les programmes varient désormais en fonction des établissements, qu'en tout cas les lycées musulmans n'enseignent plus la "culture commune". Car il est clair que pour lui cette "culture commune" est le ferment de la Nation. Il me paraît donc impossible qu'il soit favorable à la diversification des programmes selon la culture locale. Du reste, il dit que l'aventure pédagogique de Pestalozzi relève du "mythe". Meirieu est pour moi de la gauche classique, plutôt uniformisatrice. J'attends qu'il démontre le contraire. Je tends à croire que même Queyranne est plus régionaliste que lui.)
Ecrit par : rm | 14.11.2009
Philippe Meirieu m'a dit tout récemment qu'il était très régionaliste, pour un régionalisme ouvert.
Ne désespérons donc pas. Et continuons à agir.
Ecrit par : fungo | 21.11.2009
Un régionalisme ouvert sur les lycées musulmans ? Quel exemple a-t-il donné de son régionalisme ouvert ? Qu'entend-il par là, concrètement ? Dément-il qu'il soit favorable à l'uniformité des programmes d'enseignement sur le plan national, ainsi que le suggère son article sur le lycée musulman de la banlieue lyonnaise ? Accepte-t-il que le Moyen Âge soit pédagogiquement étudié non dans l'abstrait, à partir de l'histoire de l'Etat français (ou même sarde, pour répondre quand même à André Palluel-Guillard), mais à partir des monuments qui demeurent du Moyen Âge au sein de la commune ou du canton, ou du département ? Qu'on apprenne l'histoire médiévale, à Annecy, en partant du château et du palais des comtes de Genève, et donc qu'on étudie les princes du Saint-Empire au moins autant que les rois de France ? Ou est-il pour un régionalisme ouvert sur le caractère universel de l'Etat français qui remonte à Hugues Capet ?
Ecrit par : rm | 21.11.2009
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