11.09.2009
« Nous sommes entrés dans les temps fondus »
Depuis le Festival du film à la con de la vallée du fromage rond, l'ambassadeur Anselme nous souhaite la bienvenue dans les Années Fondues.

Membre indéboulonable du jury du splendide Festival du film à la con qui débute ce soir à Thônes (http://www.festival-film-ala-con.com/), il évolue dans l’astral illuminé de la vallée du fromage rond où il savoure les Années Fondues. Anselme les attendait depuis la publication, au milieu des années huitante, d’un manifeste intitulé Vive la fondue !, ouvrage sans précédent qui allait lui permettre de rencontrer les producteurs de la société Musique et Fromage. « Ces suppôts de l’infâme, de l’ignoble, de la perfide raclette nous dirent amicalement bonjour et au revoir. » Malgré cela, le premier ambassadeur de la fondue entreprend de développer une nouvelle discipline, les Beaux-Arts-Ménagers. Il va alors mêler chanson et fromage dans ses spectacles comme dans sa vie. Il entreprend de réaliser la plus grande fondue du monde, mais aussi la plus petite. Il invente l’attaché-case-fondue, muni de son réchaud et de tous les ingrédients nécessaires, afin de faire partager son plat fétiche à tout moment et en tout lieu, rendant au passage sa femme jalouse de l’omniprésence de cette maîtresse fromagère.
En jouant son propre rôle dans le film des grolandais Benoît Delépine et Gustave de Kervern Avida, en 1997, notre ambassadeur trouve enfin une reconnaissance digne de son immense talent. Il en donnera une nouvelle démonstration ce week-end à Thônes, où son fils Gaston, qui retirera pour l'occasion le caquelon qu'il aime tant se mettre sur le tête, tiendra par ailleurs les platines. En attendant, on vous laisse avec cette sublime comptine pour rejoindre les temps fondus. « Nous voici dans les temps fondus et mélangés, de par le monde cuisiniers et vacanciers s’accordent à dire et à penser : Allons-nous-fondre !? Sous un soleil de plomb, dans un gros caquelon. Allons-nous-fondre ?! Dans les flammes de l’enfer, sous les radiations nucléaires. Allons-nous-fondre !? Et devenir la fondue, mangé par Père Ubu. Allons-nous-fondre ?! Avec toi ma belle F. dans l’orgasme universel. Etre ou ne pas être de… La Fondue, telle est la digestion. »
Anselme, comment es-tu devenu l’ambassadeur de la fondue ?
Comme nous devenons des adultes, je suis devenu l’ambassadeur de la fondue. Au départ, je l’accompagnais, j’en mangeais depuis l’âge de sept ans. Et puis elle s’est imposée. Des copains me demandaient d’en faire pour trente personnes, cinquante, puis six cents, mille. A une époque, j’étais très sollicité et je ne pouvais pas refuser. Je mangeais de la fondue tous les jours. Mais je n’ai pas voulu m’autoproclamer roi de la fondue. Devenir ambassadeur m’a permis d’en parler en étant moins présomptueux.
Selon toi, la fondue est à l’origine de l’humanité…
A l’ambassade académique, nous avons une hypothèse assez osée qui dit que, il y a deux cents millions d’années, sur la Pangée, le continent unique, il y avait la grande table de l’humanité où tout le monde était rassemblé pour déguster une immense fondue. Et puis les continents ont dérivé et les hommes furent séparés pour toujours.
La fondue reste quand même un plat communautaire…
C’est un des rares plats qui se partage collectivement, comme le couscous. Au contraire de la raclette qui est l’antifondue par excellence, avec les appareils d’aujourd’hui où chacun a sa petite assiette. Et puis une fondue se mange entre gens de confiance. D’ailleurs, je demande toujours dans les restaurants s’il leur arrive de servir de la fondue dans des repas d’affaire. Et bien non, la fondue se mange entre amis.
Pourquoi penses-tu que nous voici arrivés dans les Années Fondues ?
A l’aube du troisième millénaire, toutes les époques, toutes les idéologies, tous les courants artistiques sont mélangés. Nous sommes donc entrés dans les temps fondues. Ou dans l’étang fondue. Dans un orgasme universel. On sera d'ailleurs en plein dedans tout le week end lors du festival. Alors viendez tous à Thônes, dans la vallée du fromage rond !
Propos recueillis par Brice Perrier
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26.07.2009
Les frères Roger font leur cinéma

Soyons galants, commençons par Jaffa, un film israélien de Keren Yedaya (sorti le 10 juin dernier). Autant vous dire les choses franchement : nous pensions dormir pendant cette projection. Nous nous étions judicieusement assis sur la dernière rangée de fauteuils, loin de nos collègues exploitants venus assister à ce visionnement qui clôturait l’assemblée générale de l’ACRIRA (Association des Cinémas Indépendants de la Région Alpine), dans la très belle et vaste salle de la Mure (Isère). On pensait que ce serait une énième variation sur le conflit israélo-palestinien, idéale pour un petit clopet.
Eh bien nous n’avons pas fermé l'œil, happés que nous fûmes dès les premiers plans par cette tragédie moderne, située comme le titre du film l’indique à Jaffa. Une histoire d’amour impossible entre Mali, jeune israélienne de 21 ans, fille de Reuven qui tient un garage, et Toufik, employé Arabe de ce dernier. Nous ne vous dirons rien de plus pour ne pas vous priver du plaisir et de l’émotion que nous avons eus à nous laisser entraîner par le grand talent de cette réalisatrice, déjà remarquée il y a 5 ans avec Mon trésor. La force et la justesse des interprètes, le scénario impeccablement ficelé sur un thème vieux comme le monde, l’utilisation des décors (le garage, un parking sur lequel Roméo et Juliette se retrouvent, l’appartement familial) : tout concourt à faire de Jaffa un film qu’il faut absolument voir. Notre engouement est moindre pour Le temps qu’il reste, d’Elia Suleiman, tourné lui aussi en Israël, mais par un palestinien. Vous aviez peut-être vu Intervention divine en 2002, magnifique film politico-burlesco-poétique. Suleiman récidive dans une veine un peu plus intimiste en racontant l’histoire de sa famille à Nazareth depuis 1948. Le cadrage est toujours impeccable, l’humour keatonien présent… mais le cinéma de Suleiman, basé sur une certaine forme de redondance, contient ses propres limites, le spectateur étant parfois décontenancé, voire un peu perdu. Le genre de film à voir en étant parfaitement reposé. Restent de grands moments de cinéma : notamment cette scène incroyable dans laquelle Suleiman, puisqu’il joue dans son propre film, saute à la perche par-dessus le Mur… Ce moment vaut à lui seul le détour.
Nous gardions le saugrenu pour la bonne bouche : Les derniers jours du monde, des Frères Larrieu. Connaissez-vous le cinéma des Larrieu ? Si vous avez déjà vu Sabine Azéma courir nue dans un alpage ou Phlippe Katerine en moine naturiste, alors vous avez vu un film des Larrieu. Le Voyage aux Pyrénées en l’occurrence. Un film qui partagea l’an dernier les spectateurs en deux clans : ceux qui quittèrent la salle en vociférant « c’est quoi cette merde ? » et les autres, dont nous faisions partie, qui furent sensibles à l’univers des frérots où sexe et cimes font bon ménage. Leur dernier opus est un film ambitieux, qui se passe dans les Pyrénées bien sûr, dont ils sont natifs, mais aussi à Taïwan, Paris, Pampelune, Toulouse ou encore au Canada. Une vraie odyssée jamesbondesque pour Mathieu Amalric qui incarne Robinson, dont la vie est happée dans un grand tourbillon apocalyptique et coloré. Les frères Larrieu sont surprenants, c’est la première de leurs nombreuses qualités. Ainsi, cette scène d’ouverture : les yeux d’Amalric qui se réveille en gros plan. La caméra recule, on s’aperçoit qu’il lui manque une main. Il enfile sa prothèse, se lève, nu, va à sa fenêtre qui s’ouvre sur une plage. « Il fait beau, je sors »… To be continued, comme on dit, et vous ne serez pas au bout de vos surprises, foi de Roger !
Pour finir, on ne dira rien sur Non ma fille, tu n’iras pas danser, le prochain film de Christophe Honoré (Dans Paris, les chansons d’amour, La belle personne). On n’a pas supporté la classique crise de la trentaine, borderline et parisienne (mais attention hein : d’origine bretonne !). Et puis les acteurs d’Honoré ont une remarquable propension à susciter notre agacement (Louis Garrel, ici, Romain Duris dans Dans Paris). Mais bon, on vous laisse juger. On préfère parler de ce qu’on aime.
Les frères Roger
Jaffa : à la Turbine (Cran-Gevrier) du 12 au 18 août et à la MJC Novel d'Annecy les 22 et 25 août. A surveiller dans les autres salles...
Le temps qu’il reste : sortie le 12 août
Les derniers jours du monde : sortie le 19 août
Non ma fille tu n’iras pas danser : sortie le 2 septembre
Plus d’info sur le site de l’ACRIRA où vous trouverez les coordonnées et les sites de toutes les salles adhérentes (20 en pays de Savoie): www.acrira.org
11:05 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : frères roger, jaffa, le temps qu'il reste, les derniers jours du monde
09.07.2009
La langue savoyarde à Paris
Tout récemment, deux écrivains savoyards reconnus jusqu’à Paris, Valère Novarina et Paul Desalmand, ont fait paraître, chez des éditeurs de cette noble capitale (P.O.L. et Arcadia), des ouvrages au sein desquels ils n’hésitent pas à faire l’éloge de la langue savoyarde.
Valère Novarina est né (en 1947) à Chêne-Bougeries, dans le canton de Genève, mais il est fondamentalement originaire de Thonon ; dans L’Envers de l’esprit, paru en juin de cette année, il fait du “très-très beau patois savoyard” l’une de ses “langues nourricières”, faisant d’elle une “langue humiliée et victorieuse, langue qui se venge, qui invente et qui rit : langue idiote et idiome de la vengeance poétique qui renverse qui se sort par la vie de toute situation ; langue non pas des manuels, mais des mains, de ceux qui ont des mains et des outils dont ils changent selon la saison, langue des marcheurs et arpenteurs, langue portant les pas, langue qui sait chaque point du sol et connaît le paysage par cœur, le pourquoi de chaque nom”. Bref, il aime le caractère organique, physique, de cette langue rythmée par la vie même, ainsi que sa capacité à expliquer le nom des lieux, et donc à en dévoiler l’âme.
Quant à Paul Desalmand, né à Bonneville (en 1937) mais originaire d’Arenthon, il est l’auteur d’un roman intitulé Les Fils d’Ariane (paru au printemps dernier), au sein duquel, ayant contesté l’apport de l’Église et de ses prêtres en Savoie, il affirme que “les instituteurs ont fait beaucoup plus pour une amélioration de la vie de ce peuple” ; et néanmoins, il reconnaît que “leur seul défaut était leur mépris pour la culture locale.” D’ailleurs, dans certaines régions de France, la religion se faisait en langue vernaculaire : c’était le cas en Bretagne, ou au Pays basque, et la République a imposé le français aussi pour cette raison, les langues régionales étant fréquemment assimilées par les philosophes à la “superstition” : les Bretons et les Basques étaient connus pour leur ferveur religieuse.
Quoi qu’il en soit, Paul Desalmand alimente ensuite son livre de quantité de mots savoyards, issus du souvenir des conversations animées des adultes côtoyés durant son enfance au bord de l’Arve. Notons qu’il fait de cette noble rivière le réceptacle de l’âme des habitants, comme d’autres ont pu le faire pour la Loire ; c’est très prometteur !
On peut dire que la perception des langues régionales change, à Paris. La modification de la Constitution a en partie provoqué cette évolution. Cela couvait, et cette réforme a ouvert une digue. Mais il faut dès lors remarquer à quel point l’édition française est liée à l’État, plus qu’on ne le croit en général. La reconnaissance éditoriale de l’histoire et de la littérature de la Savoie passe aussi par une reconnaissance administrative : on ne peut probablement pas y échapper.
Rémi Mogenet
15:14 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : langue savoyarde, valère novarina, paul desalmand
14.06.2009
Un Savoisien mis à l’honneur par Sarközy
Nicolas Sarközy a souvent pourfendu l’élitisme de la fonction publique française en prenant pour exemple les concours de recrutement des agents au sein desquels on posait des questions sur La Princesse de Clèves. Ce roman du XVIIe siècle, écrit par Mme de Lafayette, raconte une histoire d’amour tragique et en même temps idéalisée : le style est épuré, et les relations restent platoniques ! Or, depuis que le président de la République a ainsi fulminé contre ce roman à ses yeux abstrait et aristocratique, celui-ci est devenu un étonnant succès de librairie - plus de trois siècles après sa création. Les milieux cultivés aiment prendre le contre-pied d’un président qui n’est pas des leurs.
Ce curieux phénomène montre, d’abord, qu’il est faux que, comme on le dit souvent, les gens ne s’intéressent plus à la grande littérature. Mais il nous intéresse également parce que le roman met en scène en réalité un grand prince de Savoie, que Mme de Lafayette a pris pour modèle : Jacques de Savoie, duc de Genevois et duc de Nemours. C’est lui qui est le héros de l’histoire et qui aime et qui est aimé platoniquement de la princesse de Clèves.
Ce personnage a réellement existé. Il était cousin de Henri II, dont le père, François Ier, avait donné à son propre oncle, grand-père de Jacques de Savoie, le duché de Nemours, près de Paris. Ce grand-père était en froid avec son cousin le duc de Savoie, Charles III, et on se souvient que François Ier était lui-même le petit-fils du duc Philippe. De cette époque date l’hôtel des Savoie-Nemours, à Paris : il fallait un pied à terre dans la capitale française, à ces princes étrangers.
On a pu dire qu’à cette époque, le Genevois, dont la capitale était Annecy, fut sous influence française. Politiquement, le duché de Nemours n’en était pas moins une concession, en Île-de-France, de la Maison de Savoie. D’ailleurs, après avoir vécu à la cour de France, Jacques de Savoie mourut au château d’Annecy, où il passa ses dernières années. Il y développa les arts, et Vaugelas lui doit peut-être quelque chose ; il mena aussi depuis son duché de Genevois des attaques contre les Genevois.
Jacques de Savoie symbolisait en tout cas le prestige et la gloire de la cour des Valois, qui devait tant à Louise de Savoie : il incarnait l’esprit qui régnait alors, et Mme de Lafayette a fait de sa personne un véritable héros. La meilleure preuve qu’elle le regardait comme un prince savoisien est que la fin de sa vie fut marquée par une correspondance qu’elle entretint avec la Maison de Savoie, à Turin : elle avait cherché ce lien, comme la ramenant vers le siècle éclatant qu’elle regrettait.
Il est heureux que Nicolas Sarközy ait pu ainsi mettre à l’honneur, indirectement, la Maison de Savoie, par un roman qui l’a rendue particulièrement illustre !
Rémi Mogenet
11:28 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : sarkozy, princesse de clèves, jacques de savoie
19.05.2009
La Savoie porte-drapeau de la francophonie
Récemment, à Seynod, près d’Annecy, a eu lieu, à l’initiative de la Société des Auteurs savoyards, un forum de la Francophonie qui a accueilli
beaucoup d’écrivains illustres, parmi lesquels se trouvaient quelques Savoyards, tel Maxence Fermine ; les membres de la Société des Auteurs savoyards ont pu également présenter leurs œuvres au public. Des conférences furent organisées, où l’on parla de l’avenir de la Francophonie, et de la diversité en son sein.
Dans le livret de présentation, se trouvait un texte d’Hélène Carrère d’Encausse, Secrétaire perpétuelle de l’Académie Française, qui évoquait l’histoire littéraire de la Savoie. On pouvait y lire ceci : “province française depuis 150 ans seulement mais qui a donné au français certains de ses meilleurs écrivains, il n’est pas étonnant que la Savoie se saisisse aujourd’hui du drapeau de la Francophonie”. De belles paroles, émanant d’une dame dont je sais qu’elle connaît bien les écrivains savoyards ! Elle a du reste défendu une idée que j’ai moi-même défendue, sur l’influence de Xavier de Maistre (ndlr: dont vous pouvez découvrir le portrait ci-dessus) en Russie : par ses nouvelles Les Prisonniers du Caucase et La Jeune Sibérienne, cet écrivain de l’ancienne Savoie a créé un genre nouveau dans une Russie jusque-là surtout lyrique et épique, et peu portée au romanesque. Xavier de Maistre était marié à une tante de l’épouse du poète Pouchkine, le père de la littérature russe ; et il vivait à Saint-Pétersbourg à une époque où l’aristocratie russe affectait de bien connaître le français et plaçait ses enfants dans des établissements tenus par des Jésuites. Or, les frères de Maistre, en Russie, furent très proches de ceux-ci. On dit même que beaucoup de Russes se convertirent au catholicisme en devenant de fervents adeptes de l’Introduction à la vie dévote, le principal livre de piété François de Sales, après justement que Xavier de Maistre l’eut répandu autour de lui. On peut donc remercier Hélène Carrère d’Encausse de son rappel gracieux.
Cependant, il faut admettre que le problème du statut de la littérature savoyarde en France n’a pas encore été résolu, malgré l’accueil plutôt chaleureux de l’Académie Française, qui doit tant à Vaugelas, et qui accueillit, en son sein, l’excellent Charles-Albert Costa de Beauregard, il y a environ un siècle. Autrefois, la Savoie n’appartenait qu’à la Francophonie ; aujourd’hui, elle appartient à la France. Et ainsi, on ne sait pas où mettre les anciens écrivains savoyards. La conséquence en est, à mes yeux, que les institutions n’assument pas ce patrimoine. Celles-ci sont d’ailleurs orientées dans le sens du patriotisme républicain, je crois ; elles ne sont donc pas propices à l’intérêt qu’on pourrait porter à la littérature de l’ancienne Savoie. La Francophonie ne résout pas le problème, puisqu’elle est essentiellement un organe de coopération entre l’État français et des pays étrangers, la plupart du temps anciennes colonies. Là aussi, le ressort en est politique.
Les conférences que j’ai pu entendre à Seynod parlaient plus, selon moi, de politique que de littérature. La place de la littérature française dans le monde est une question qui a trait au marché du livre francophone tel qu’il peut être soutenu par les États. Mais même la problématique d’un apport culturel d’origine étrangère au sein de la création littéraire n’a pas à ma connaissance été abordée. On pourrait par exemple se demander si la tendance à mettre en français les épopées orales africaines, ou à reprendre dans des livres actuels l’histoire de la Savoie ducale, pouvait renouveler une inspiration littéraire essoufflée par sa restriction à Saint-Germain-des-Prés. Je dois dire que je n’ai pas noté de réflexion sur ce sujet. Il n’est donc pas étonnant que l’on n’ait pas non plus évoqué le statut des anciens auteurs savoyards.
Rémi Mogenet
16:59 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : savoie, francophonie, hélène carrère d'encausse, xavier de maistre
08.05.2009
Serez-vous le plus con du monde ?

Dans cette merveilleuse vallée de Thônes, se déroulera en septembre la 5ème édition de l'événement culturel majeur des pays de Savoie : le festival du film à la con. L'année dernière, nos amis les frères Roger avaient fait le déplacement depuis le triangle de Bornachon, mais ils étaient repartis sans rafler le connard d'or, ni même le moindre prix d'ailleurs, et cela malgré leur haut niveau de connerie. C'est que la concurrence est rude. Et certains artistes à la con peuvent parfois venir du bout du monde pour participer à la compétition thônaise.
Les Rogers seront sans doute encore présent en 2009 (et plus cons que jamais), mais, vous aussi, vous pouvez vous lancer dans l'aventure et être sélectionné pour participer à ce festival qui se tiendra en septembre. L'appel aux films à la con vient même d'être lancé et nous vous proposons maintenant de découvrir le communiqué des gentils organisateurs, l'association Label vie d'ange, qui vous donne les règles du jeu et vous invite à la création. Alors tentez votre chance et, qui sait, ce sera peut-être vous le plus con du monde qui repartira avec le prix du grand connard.
« euh … le festival des films les plus sélectionnés pour avoir envie de vivre »
- Festival les 11 et 12 septembre 2009 à Thônes.
- Réception des films avant le 15 juin 2009.
- Durée 6 minutes maximum avec titre et générique.
- Le film à la con est, par définition, accessible à tout le monde.
- Le film doit mettre en scène au moins un être humain.
- Film fabriqué pour le festival (sinon… ne le dis pas).
« - ça t’amuses ?
- oui
- t’as rien d’autre à faire ?
- non »
Extrait de « Le grand voyageur », prix du meilleur acteur 2008.
Les 11 et 12 Septembre 2009 se déroulera, à Thônes (74), le Festival International du Film à la Con. Nous lançons dés aujourd’hui notre appel à film. Les films à la CONpétition devront être envoyés avant le 15 Juin 2009.
Appel aux films à la con
La connerie est accessible à tout le monde, c’est pourquoi nous attendons avec impatience les films à la con de chacun. Ces films devront faire 6 minutes maximum (titre et générique inclus) et mettront en scène au moins un être humain. Le film à la con est fabriqué pour le festival. Mais surtout il doit être envoyé à l’équipe du festival avant le 15 Juin 2009. Evidemment, le Festival étant International, vous pouvez nous envoyez vos films de l’étranger mais n’oubliez pas de les sous-titrés en Français.
Le Festival du Film à la Con
Nous avons voulu, après bien des précurseurs, que le Festival des Films à la Con entre dans la petite et la grande histoire cinématographique, « Le Septième Art étant souvent l’expression de Cons géniaux… » comme l’a confié, un Maître du genre, Jean Renoir à un ami super cool !
« Comment est-on passé du Sexe de la femme (Le Robert de poche dixit) au Imbécile, idiot (Le Robert de poche bis), et qu’est ce qui nous vaut aujourd’hui de trouver con, tout et n’importe qui, et de rester con lorsqu’on nous en demande une explication ?»
Et c’est grâce aux énergies et à la créativité de chacun, professionnels et amateurs, que nous pouvons essayer de répondre à ces interrogations lors du Festival International du Film à la Con qui se déroulera les 11 et 12 Septembre 2009 à Thônes (74) . Tout l’objectif du festival est là : rassembler des gens et des initiatives. « Nous avons tous les clefs de la connerie. »
Nous remettrons des prix pour féliciter chacun :
- Le prix du grand connard (le plus con du monde)
- Le prix de la meilleure actrice (eur) (ne joue pas au con)
- Le prix du public (quel bande de con)
- Le prix du scénario (je pense que c’est trop con)
- Le prix de la réplique (elle est bien bonne celle-là)
- Le prix du petit con (rien à dire, c’est parfait)
- Et peut être le prix du jury (…)
L’année dernière le Festival à rassembler 400 personnes le vendredi, et 598 le samedi. Nous espérons, cette année, que cette manifestation attire davantage de spectateurs.
ASSOCIATION LABEL VIE D’ANGE
E : contact@labelviedange.com
T : 04 50 66 86 43 – 06 70 36 21 77
A : studios le sonotone
10, rue louis haase – 74230 thônes
www.dailymotion.com/festifilmalacon/
10:58 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note
05.05.2009
Les 2 Moizelles : deux bêtes de scène

Le 18 avril dernier aurait pu être une journée ordinaire. Pourtant, en Savoie, du côté de Chambéry, il y a quelques lieux sûrs, où la chanson de qualité est garantie. On me dit Le Totem ou Le Brin de Zinc, et puis, pourquoi pas, La Fourmilière. La Fourmilière ? Drôle de nom. C’est où ? Dans la montagne des Bauges, à Saint François de Sales, dans un foyer de ski de fond. Tu verras, c’est original…
Après un premier groupe de flamenco en fusion, les voilà qui arrivent sur scène. J’ai l’impression qu’il s’agit de deux jeunes filles qui vont sans doute s’essayer à la scène. Elles ont l’allure de débutantes insupportables. Bien sûr, je mets cela sur le compte des nombreux virages et de l’ascension pour arriver dans ce lieu magique. Mais aussi, l’altitude qui doit forcément jouer sur mon regard accusateur de passionné de la chanson française. Ce soir particulièrement, je suis curieux. Je regarde autour de moi, nous le sommes tous semble-t-il !
La scène s’illumine déjà. L’une est grande et l’autre petite. L’une a la voie haute, l’autre la voix basse. Et toutes deux se présentent avec des voix hésitantes. Zut, toute cette route pour une soirée d’amateurs ! Elles viennent de Saint Benêt La Chipotte. Elles y chantent à la chorale municipale. Rien ne laisse présager que nous sommes dans une pièce de théâtre, tant leur look et leur façon de s’exprimer arrivent d’un temps et d’un lieu probablement reculé de tout... J’ai l’impression d’assister à une de ces soirées organisées par le comité des fêtes du bled de mon enfance où l’on savait que le programme serait modeste avec la volonté unique d’animer le village la veille du 14 juillet.
Les 2 Moizelles attaquent avec un menuet pour animal et l’on se rend immédiatement compte que l’on a affaire à deux bêtes originales, tant le sujet semble déplacé. Il est question d’animaux de compagnie écrasés et séchés sous les roues d’une voiture. Au rythme d’un piano qui course la mesure et de nombreux bruitages vocaux, Ludivine aide à créer l’ambiance. Nous sommes décidément dans un univers très singulier.
La grande, Ségolène, s’accapare la scène avec son corps et ses mimiques d’adolescente. Elle a aussi cette façon si particulière et agaçante de regarder de haut sa complice (qui se plie au jeu sans le laisser paraître). Elle s’essaie même à l’Anglais dans une chanson de série noire. On s’attend en permanence à la catastrophe tant tout pourrait laisser croire que l’on a affaire à deux gourdes. L’art de la scène ne transparaît pas tout de suite de cette paire de jumelles dépareillées tant elles investissent leur rôle avec excellence et professionnalisme. Elles animent le plateau avec perfection. Leurs rôles de filles du monde rural donne véritablement l’impression d’être devant deux débutantes, jusqu’au moment où elles « attaquent » un hymne révolutionnaire qui ne laisse pas que songeur. C’est la crise (de rires) !
Sans jamais employer un ton incisif, elles vont progressivement surfer, comme avec automatisme, sur des sujets pour la plupart délicats. La chanson intergénérationnelle et son voyage avec Mamie en est un. La chanson qui fait mal aux mains avec son histoire craquante d’un montagnard qui fini par perdre ses membres (qui dépassent) en est un autre.
Le spectacle, dans ce lieu alternatif et extra, se termine avec des applaudissements couvrant de nombreux « Bravo ! ». Nous semblons tous avoir apprécié le vouvoiement subalterne de Ségolène en direction de Ludivine. Nous aimons probablement tous la voix de Ludivine qui fait froid dans le dos en dressant un décor mystérieux derrière le chant subtile de Ségolène. Les deux filles de la Chorale municipale nous quittent en nous laissant curieux. Où se trouve Saint Benêt la Chipotte ? Que l’on puisse revoir ces 2 moizelles.
Blog et contact : www.myspace.com/les2moizellesde
Michaël Biehler
A l'occasion des Tremplins de la création 2009, les 2 moizelles de la chorale municipale de St Benêt la Chipotte donneront un concert/spectacle gratuit ce Jeudi 7 Mai à la Mjc de Novel (Annecy) à 20h00, avec en première partie quelques solos de danse.
10:36 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : les 2 moizelles, la fourmillière, bauges
27.04.2009
Avec Castellion, célébrons la Savoie à Genève
Il y a cinq cents ans, naissait (en Picardie) Jean Calvin, et la cité de Genève commémore abondamment cet anniversaire, comme on peut le comprendre : l’histoire de la cité est liée à ce grand personnage, principal Réformateur français. De fait, après avoir chassé son prince-évêque et obtenu son indépendance avec l’aide des Bernois, les Genevois appelèrent Calvin de la ville de Strasbourg, où il résidait, afin qu’il les guide sur la voie d’une république à la fois libre et fondée sur les principes de l’Evangile. Calvin affermit les bases de la cité genevoise, en créant une organisation sociale stable, fondée sur des règles claires et enracinées dans les textes sacrés. Cela permit à Genève de conserver son autonomie face au duc de Savoie, de qui elle dépendait depuis plus d’un siècle : Calvin souda psychiquement la nation. Il en fut le nouveau fondateur !
Mais avant même qu’il ne s’installe à Genève, il avait pris à ses côtés un disciple de valeur, Sébastien Castellion, qui lui-même était né sujet du duc de Savoie, dans le Bugey, en 1515 (le Bugey ne fut rattaché à la France qu’en 1601). Et à Genève, les réfractaires à la pensée de Calvin ont eu à cœur d’invoquer ce sympathique personnage. En effet, après avoir suivi son maître à Genève, il se brouillera avec lui au sujet de l’exécution de Michel Servet, réclamant la liberté de conscience pour tous et rejetant l’idée d’une république réformée qui reproduirait, au delà des apparences fondées sur l’Evangile, le système de l’Inquisition. Dès ce moment, Calvin se déchaîna, contre Castellion, qui dut s’exiler à Berne et à Bâle. Théodore de Bèze, le successeur de Calvin, ne sera pas plus tendre avec lui.
A Genève, les plaies de 1602 (ndlr: date de l'Escalade, la tentative de la Savoie de reprendre Genève) restent vives, et personne n’oserait, je pense, contester l’autorité posthume de Calvin en invoquant François de Sales ! Mais se référer à Castellion, lui-même un Réformateur respecté, est l’excellente solution qu’on peut trouver, y compris quand on veut faire valoir les grands noms de l’ancienne Savoie - puisque Castellion lui appartient par sa naissance. Genève a conservé à l’égard des Savoyards réformés et réfugiés en son sein, comme le fut aussi François Bonivard, une affection particulière.
Il faut savoir que la France honore pareillement la mémoire de Castellion, puisque, défendu en son temps par Montaigne, il fut, paraît-il, à l’origine de l’idée moderne de laïcité, telle qu’elle s’est exprimée à la Révolution. Castellion, outre des essais théoriques, écrivit de jolis poèmes latins et grecs qui reprenaient les formes de l’ancienne poésie profane pour évoquer les épisodes de la Bible : il créa des bergers inspirés de Virgile qui chantèrent la naissance de Jésus ! Atmosphère propre, sans doute, aux montagnards du Bugey, dont il était issu.
Rémi Mogenet
10:18 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : castellion, hérétique, genève
22.04.2009
Tous à Bonneville !
Dimanche prochain, 26 avril, aura lieu le 11e salon des écrivains, à Bonneville (Gymnase Pierre Fallion, entrée libre, 10 h - 19 h, interruption entre 12 h et 14 h). L’invité d’honneur sera Jean-Vincent Verdonnet (en photo ci-contre), sans doute le plus grand poète savoyard vivant. Il a chanté son vieux pays du pied des Bornes et du Salève, entre Genevois et Faucigny : il en a extrait l’âme, l’essence immortelle. Il dira quelques mots, et le poète annécien Michel Dunand lira plusieurs de ses poèmes.
De nombreux écrivains savoyards seront présents. Et il est important d’aller à leur rencontre, car ils sont souvent étouffés, y compris dans la Savoie historique, par ceux qui ont eu leur heure de gloire à Paris : le centralisme fait volontiers croire que les écrivains qui ont choisi de rester loin de la capitale sont moins importants que ceux qui ont pu s’y faire couronner. Mais ce n’est pas forcément le cas. Nos écrivains de Savoie sont dignes d’être lus.
En outre, pour ceux qui ne connaissent pas bien Bonneville, c’est une ville qui mérite le détour. Elle fut la capitale du Faucigny, rattaché à la Savoie en 1355 ; mais le Comte Pierre II, dès le XIIIe siècle, a participé à la construction de Bonneville, en tant qu’époux de la Dame du Faucigny (lequel se transmettait aussi par les femmes) et administrateur de ses biens. Le château est ce qui en est resté, dit-on.
Autre monument à voir : la colonne Charles-Félix, qui, sur le modèle des colonnes trajanes, a placé dans les airs, sous le regard de la Vierge d’Andey, le roi de Sardaigne qui a endigué l’Arve à Bonneville ; la nymphe de l’Arve se voit sur son socle : Bonneville est bien la capitale de la vallée de l’Arve, puisqu’elle abrite sa nymphe !
D’illustres écrivains sont passés à Bonneville et ont laissé sur elle de belles pages : Gœthe, Shelley, Théophile Gautier, notamment.
D’illustres Savoyards en furent originaires : Guillaume Fichet, par exemple, était des environs (il a introduit l’imprimerie en France, en permettant son installation à la Sorbonne, dont il était recteur). Bonneville, vieux fief républicain et démocrate, fut influencée dès le XVIIIe siècle par Genève après avoir été dominée par les prêtres (dont les jésuites Pierre Monod et Philibert Monet sont les plus illustres représentants). Ainsi, l’avocat bonnevillois Jean-François Décret présida l’Assemblée des Allobroges à Paris, à la Révolution, et c’est un autre avocat bonnevillois, Jacquier, qui proposa la “Grande Zône” à Napoléon III, en 1860, car Bonneville fut aussi le principal foyer de résistance à l’empire français : on y défendait l’idée d’un rattachement à la Suisse.
Bref, il faut absolument venir à Bonneville, haut lieu d’histoire !
Rémi Mogenet
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08.04.2009
C'est pas la faute à Rousseau
La municipalité de Chambéry a prévu de commémorer l’Annexion, en 2010, en fêtant notamment Jean-Jacques Rousseau, qui n’eut pourtant aucun rôle à jouer dans l’Annexion, si ce n’est, peut-être, de susciter des disciples républicains en Savoie. Mais cela ne joua justement pas de rôle en 1860 : cela n’en joua qu’en 1792 ! Il est de toute façon douteux que le séjour de Rousseau à Chambéry y ait créé des vocations républicaines spéciales : il n’avait alors encore rien écrit !
On sent bien le désir de la municipalité de Chambéry de se rattacher ostensiblement à la République française, puisque Rousseau est au Panthéon, à Paris. Or, en 1860, ce sont au contraire les catholiques qui ont encouragé les Savoyards à rejoindre la France de Napoléon III. De la part des Chambériens, cela manque un peu de cohérence, et même de dignité, à mon avis. Ils jouent la carte de la ville provinciale fidèle. Mais Chambéry a son histoire propre : elle n’est pas seulement une ville de la province française. Stendhal la louait, du reste, de ne pas imiter Paris. Ferait-il le même compliment aujourd’hui ? On peut en douter.
Pourtant, une voie de sortie est possible : un Chambérien important en son temps a joué un vrai rôle, dans l’Annexion : l’écrivain Jacques Replat, qui a vécu à Annecy, mais était né à Chambéry. Il a fait partie de la délégation des Savoyards qui se sont rendus à Paris pour que la Savoie ne fût pas partagée entre la France et la Suisse, et qu’elle demeure dans toute sa séculaire intégrité ! Replat fut lui-même catholique et patriote : il chantait la Savoie et ses grands hommes, dans ses livres. J’espère que ce n’est pas cela qui ne le rend pas enthousiasmant aux yeux des Chambériens actuels ; car le fait est qu’ils ne s’y intéressent guère.
Rémi Mogenet
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