13.10.2009
La Savoie droit au but
Le rassemblement régionaliste de St Félix a démontré que, en entrant dans le jeu politique, la Savoie peut l’emporter en mars prochain. Alors tous droit au but !

Il y a un an, quand on évoquait 2010, l’année des 150 ans de l’annexion, on ressentait ici ou là la crainte que cet anniversaire aille de paire avec l’enterrement de la Savoie. Faut dire que cette région que nous avons tenté de faire vivre avec La Voix des Allobroges se dirigeait apparemment sans moufeter vers une dissolution rhônalpine avec un Sarkozy qui envisageait la fin des départements. Aujourd’hui, la donne a changé. En nous rendant ce 10 octobre à St Félix, on l’a constaté de visu lors du rassemblement organisé par le Mouvement Région Savoie. Dans son style corse usant de la métaphore sportive, François Alfonsi y résumera ainsi le nouvel état des lieux politique : « La Savoie peut mettre un but en mars prochain. » Soit en savoyard : y a une occasion inespérée d’envoyer des élus régionalistes à Lyon. Des hommes ou des femmes qui figureront sur une liste, celle d’Europe Ecologie, susceptible de remporter la présidence à Charbonière tout en représentant des régions et des peuples solidaires. On pourrait ainsi bientôt voir Rhône-Alpes devenir favorable à sa scission afin de permettre à la Savoie de devenir officiellement une région. Comme pour en témoigner, Gérard Leras, président du groupe des Verts à Charbonière et candidat potentiel à la présidence de la région Rhône-Alpes, est d’ailleurs présent à St Félix.
Le MRS a donc su retourner la situation. En attirant à sa tribune deux députés européens (Malika Benarab Attou et François Alfonsi), les responsables des Verts savoyards et rhonalpins ainsi que des élus valdotains qui, tous, se positionnent clairement pour une région Savoie, il réussi même aujourd’hui un tour de force. Deux hommes en sont à l’origine, Pierre Ottin-Pecchio et Thierry Dupassieux. Ils ont pris l’initiative de rejoindre la mouvance d’Europe Ecologie en mars dernier en créant un comité thématique dédiée à la région Savoie. Cela leur a donné l’opportunité de participer activement à la campagne des Européennes avec Malika Benarab Attou et François Alfonsi pour la porter sur le terrain de la région Savoie européenne, avec le succès que l’on sait. Alors ce matin, à la tribune, Ottin-Pecchio et Dupassieux reviennent sur un printemps qui a marqué un tournant décisif de par chez nous. Un printemps qui s’est prolongé pour eux lors des journées d’été d’Europe Ecologie à Nîmes. « Il faisait très chaud, quarante degrés, se rappelle Pierre Ottin-Pecchio. Mais on a passé des moments extraordinaires. De 15 à 85 ans, tout le monde se parlait. Il y avait d’ailleurs beaucoup de femmes… et pas que des moches ! Cela m’a rappelé l’ambiance de la Sorbonne en 68. » Le sexe à tout va en moins, avouera quand même le septuagénaire…
A midi, Alain Favre, président du MRS, présente une motion exposant le nouveau positionnement de son mouvement au sein d’Europe Ecologie. Après quelques amendements réclamés par l’assistance, elle est adoptée à l’unanimité moins trois abstentions, notamment celle d’un certain Patrice Abeille, visiblement mécontent de voir le régionalisme savoyard échappé au moule savoisien qui est le sien. Mais en s’intégrant pleinement au sein d’Europe Ecologie, le MRS a choisi de changer d’optique en revenant vers les fondamentaux écologistes que défendaient déjà les régionalistes savoyards dans les années 70 et 80 (trouvez ici la motion dans son intégralité: http://www.m-r-s.fr/post/2009/10/11/Convention-du-MRS-à-...). Allez, ça s’arrose, et voici donc venu le moment de trinquer et de casser la croûte alors que s’achève cette matinée où seuls étaient conviés les membres du MRS.
Les invités sont maintenant arrivés et l’après-midi démarre avec un exposé sur le fédéralisme de Peire Costa, un Occitan de la Fédération Régions et Peuples solidaires. Il rappelle que « l’objectif du fédéralisme est de rechercher un équilibre local/universel ». Malika Attou enchaîne en affirmant que « si l’avenir se joue au niveau européen, les régions sont l’avenir de l’Europe. » Bref, vive l’Europe fédérale des régions ! Reste qu’il y a encore du pain sur la planche pour y arriver, car, selon François Alfonsi, « la Savoie connaît aujourd’hui une situation coloniale. Ce territoire devenu français dans l’histoire récente n’a même pas une instance qui permette à son peuple de faire vivre sa démocratie. C’est typique d’une domination coloniale. La Savoie doit donc exister à travers une entité administrative propre. Et les Verts peuvent le comprendre, car, chez eux, il n’y a pas beaucoup d’énarques ou de généraux à la retraite, ces piliers du système centraliste régalien. » « Un des principes coloniaux est d’ailleurs l’utilisation du territoire par la puissance coloniale, renchérit Gérard Leras. En Savoie, il n’y a pas une pratique destinée durablement à l’intérêt local. Regardez la gestion des tunnels du Mont Blanc ou du Frejus. Qu’est-ce que c’est ? De la prédation alpine ! »
En guise d’alternative à la prédation, Robert Louvain, ancien président de la région autonome du Val d'Aoste, appelle à une logique de coopération alpine qui ne soit pas qu’économique. « Le 150ème anniversaire d’une division non naturelle entre la Savoie et le Val d’Aoste doit être l’occasion de repenser nos relations. Il y a une pensée commune aux gens de montagne qui doit redevenir une source d’inspiration. Il ne faut plus de frontières fermées, mais quelque chose de très vivant. » Une région qui dépasse les frontières, voilà l’avenir d’une pensée globale combinée à une action locale. Et cela en transcendant aussi les clivages politiques ? « Droite ou gauche ? L’écologie politique, c’est autre chose. On est ailleurs, dans une troisième voie, martèle Malika Attou. L’étiquette n’est pas importante. Ce qui compte aujourd’hui, c’est d’avantage de voir que la commission Balladur envisage une recentralisation du pouvoir, alors qu’on assiste en même temps à une décentralisation du pouvoir de bitumisation avec la DTA refusée par nos élus locaux. (voir cet article sur la DTA : http://www.enviscope.com/18102-dta-alpes-nord-analyse.html) » La vie est faite de paradoxes. Maintenant, les choses peuvent aussi bouger dans le bon sens. « On est encore loin de l’Europe des régions, constate Jean Blanc, berger à Bonneval sur Arc. Mais de St Félix émerge peut-être un avenir nouveau. »
Cet avenir nouveau, il passe par quoi ? Par des élus nouveaux pardi ! « Pour changer la société, il faut aller à la bataille afin de prendre les manettes, rappelle Malika Attou. La période actuelle est très stimulante, mais il ne faut pas louper le coche. Je serai donc présente dans la campagne des régionales. » « Ces élections doivent permettre aux régionalistes de saisir des opportunités, précise François Alfonsi. Parce qu’on peut passer sa vie à avoir raison tout seul, mais à quoi ça sert ? La région Savoie passera donc par le soutien des candidats qui la demandent. Et n’oublions pas qu’en politique, le pire, c’est les points qu’on pourrait marquer et qu’on laisse filer. »
Et oui ! Des buts, c’est des buts qu’il faudra marquer en conclusion d’une campagne qui offre une opportunité unique de porter haut la vision d’une région ouverte sur l’Europe et en pleine adéquation avec ce monde entrant dans une nouvelle ère. Alors qui pour s’y frotter ? « Il faut choisir des élus teigneux, solides, ce qui ne veut pas dire guerrier, mais tenace », confie Gérard Leras. « Des gens disponibles et vigilants, enchaîne Renée Poussard, la conseillère régionale verte haut-savoyarde. Et n’oublions pas que le temps est au pragmatisme. Alors à nous de tous nous rassembler et de convaincre, car ce sont les petits ruisseaux qui font de grandes rivières. » Compris Renée, le canal allobroge rejoindra donc la vague savoyarde de 2010 pour promouvoir une Europe écologique riche de la diversité de ses territoires.
Brice Perrier
17:52 Publié dans Enquêtes et reportages | Lien permanent | Commentaires (5) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : mrs, élections, régionalisme, europe écologie
01.10.2009
Ce soir je serai la plus belle…
Le 13 septembre, le tout Chambéry assistait au couronnement de Miss Pays de Savoie. Une soirée de paillettes entre champagne tiède et chaude ambiance...

18h00 En ce début de soirée quasi automnal, la foule se presse par petits groupes aux abords du Manège. Ici, on est plutôt habitué à recevoir des colloques sur les prothèses dentaires ou sur l’avenir du tourisme en montagne, mais dans quelques heures, on va couronner une jeune inconnue, élue, le temps d’un soir aux allures de sacrements païens, reine de beauté des pays de Savoie. Est-ce un vieux fantasme ? Une curiosité malsaine ? Ou tout simplement l’envie de voir un peu de cuisseaux ? Toujours est-il que je suis là, moi aussi, à me faufiler tant bien que mal jusqu’à l’entrée où se déroule une sélection draconienne. « Vous êtes qui ? Journaliste ? Vous vous mettez là-bas. » On me dirige vers un groupe d’une dizaine de personnes qui patientent comme ils peuvent, éparpillés sous les palmiers défraîchis du hall. Et me voilà aux cotés de deux photographes accrédités. L’un s’adresse à l’autre, tout en manipulant son appareil façon rubik‘s cube. « Tu crois que ça va finir à quelle heure cette saloperie ? Quoi, minuit ? Putainnn… » Laissant le gars à sa consternation j’observe, derrière les baies vitrées, le ballet des arrivées. Tout le gratin chambérien endimanché s’agglomère sous un soleil rasant. Je reconnais quelques visages, des commerçants ou des notables du coin. D’après ce que m’a dit la standardiste du comité Miss Pays de Savoie, la majorité d’entre eux ont été invités et n’ont donc pas eu à
s’acquitter des cinquante euros demandés pour le dîner spectacle.
18h30. Une dame qui se présente comme étant Gamra Dumont (présidente du comité savoyard et co-organisatrice de la soirée) nous indique que l’on va nous faire monter à l’étage des réjouissances. Le journaliste du Dauphiné se plaint d’avoir perdu une heure. « On vous avait dit 17h30, ouverture des portes ! », réplique la présidente, avant de s’excuser du bout des lèvres pour le retard. Arrivés à l’étage, un gars en costume s’en prend au type chargé de placer les gens à table. « Je ne veux pas qu’on me rembourse, j’ai payé, je veux ma place ! » Ça démarre fort. J’en profite pour faire le tour de la salle immense dans laquelle s’entassent peu à peu les 500 convives. Les journalistes sont lâchés dans la nature et essaient de se faire le plus petit possible au milieu des tables de restaurant. De ce coté là non plus, rien n’a été prévu. In extremis, je me dégote un siège à une table, semble-t-il un peu oubliée, tout au fond de la salle. Une famille m’y rejoint. Eux aussi se retrouvent sans place et en veulent particulièrement à Gamra Dumont, qui les a envoyés bouler malgré les quelques trente euros par personne dépensés simplement pour assister au spectacle. Mais les serveurs ont la bonne idée de déposer des bouteilles de champagne aux tables, ce qui calme tout le monde, ou presque. La sérénité revenue, la cérémonie peut enfin commencer.
19h00 Gilbert Perrier, président du comité interprofessionnel des vins de Savoie et autre organisateur de l’événement, lance la soirée. « On a refusé plus de 300 personnes, alors soyez indulgents si vous n’êtes pas encore placés et dite-vous que vous faites partie des privilégiés… » Ceux qui ont payé pour assister au show et se retrouvent sans place apprécieront cette délicate entrée en matière. Vient l’entrée des premières miss, habillées sobrement de longues robes sombres. Elles s’approchent à tour de rôle du micro pour décliner leurs identités. « Bonsoir à tous ! Je m’appelle Marion Baumard, j’ai 18 ans, je pratique la danse sportive depuis l’age de 12 ans et je pense avoir atteint tous mes objectifs dans cette discipline. C’est pour cela que je me suis lancée dans l’élection de Miss Pays de Savoie. » « Bonsoir ! Je m’appelle Angélique Favre, j’ai 18 ans, et je prépare actuellement un BTS Management des unités commerciales… » Leurs démarches sont un peu hésitantes, leurs voix déraillent parfois sous le coup de l’émotion. Elles portent un énorme numéro au poignet droit, ce qui accentue le sentiment d’assister à l’élection de la plus belle génisse d’une foire agricole. Pendant qu’un type au smoking noir et cheveux gominés explique les règles du vote, je partage un verre de champagne à peine frais avec mes voisins de tablée. Ils sont parents avec Amélie Gagliardi, la candidate numéro 8, et sont venus spécialement de la Yaute pour l’encourager. Ils m’expliquent qu’Amélie, pour arriver ici, a simplement répondu à une annonce en envoyant photo et lettre de motivation. Sur la base de ce courrier, elle et cinquante-deux autres jeunes filles ont été convoquées début août à Epagny, près d’Annecy, pour une journée où elles durent prendre la pose et se soumettre à une batterie de tests pour vérifier leurs mensurations, mais aussi répondre à des questions de culture générale, du genre : en quelle année le mur de Berlin est il tombé ? Les seize à parader ce soir sont les survivantes de cet écrémage. Et Madame Gagliardi d’ajouter dans un soupir : « Ca fait maintenant trois jours qu’elle est partie pour préparer cette cérémonie et, depuis, non seulement on n’a pas pu la voir, mais on n’a pas non plus de ses nouvelles… »
20h30 Sur scène, c’est l’heure du très attendu défilé en maillots de bain. Dans une ambiance soudainement électrique, les miss se déhanchent dans leur une pièce en uni bleu au son d’un R’NB survitaminé. Les photographes mitraillent comme jamais. Une partie de la salle se lève pour mieux voir, sous les cris des autres. « Assis ! Assis ! Bon sang ! » Après ce moment de chaude émotion collective, le speaker annonce le ramassage des bulletins de vote du public, suivi d’une demi-heure de pose afin de procéder au dépouillement. Aussitôt, une horde de serveuses, elles aussi en pause, dévalent les escaliers, hilares et filent les unes vers les toilettes, les autres dehors pour fumer une clope. J’en profite moi aussi pour sortir de ce boomker redécoré façon bonbonnière et vais manger un bout dans l’un des troquets du coin.
21h15 De retour, le show a déjà repris. Justine, jeune journaliste à l’Essor Savoyard, m’annonce que j’ai loupé l’entrée en scène de Geneviève de Fontenay, qui aurait fait éclater de rire l’assemblée en déclarant qu’il valait mieux assister à l’élection de Miss Pays de Savoie que de regarder Secret Story… Après que d’anciennes miss aient interprétés des tableaux vivants, à la limite du ridicule, sur des airs de musiques classiques revisitées à la sauce techno, Geneviève is back. La dame au chapeau crie son attachement à la Savoie : « Je suis un peu savoyarde, parce que mes parents ont fait leur voyage de noces à Annecy et c’est là qu’ils m’ont conçue… Pourquoi les prochaines élections de Miss France n’auraient-elles pas lieu en Savoie ? A Chambéry ! » Bernadette Laclais, présente au premier rang, reste de marbre, mais la salle exulte. D’ailleurs, à chacune de ses interventions, De Fontenay fera un véritable tabac à l’applaudimètre. Bien plus que les miss, c’est elle la vraie star de la soirée.
22h30 Enfin, à la suite d’une interminable séance de blabla et d’une ribambelle de récompenses aussi secondaires que publicitaires - le prix Savoie Expo, l’élection Miss Sympathie (t’es pas belle, mais t’es cool) ou encore celle de Miss élégance (t’es pas belle, mais t’as du style) - , voici enfin venu le couronnement auquel on ne croyait plus. Dans le public, les avis divergent entre ceux qui verraient bien Gallay Artémise accéder au Saint Graal, ceux pour qui Tiare Edwige mériterait de l’emporter et ceux qui n’ont pas d’opinion, mais attendent poliment que ça se termine pour rentrer chez eux. Attention, roulement de tambour… le speaker prend sa plus belle voix : Edwige Tiare est élue Miss Pays de Savoie 2009 ! Applaudissements à tout rompre dans la salle. La jeune Aixoise de 22 ans essuie ses premières larmes et on lui égraine la liste des cadeaux qu’elle remporte. Entre une trousse de beauté et le traditionnel cadeau d’un an de coiffure gratos chez Saint Algues, on y trouve aussi un DVD sur l’histoire des Comtes de Challes… Pas sûr qu’il termine dans sa vidéothèque idéale. Dans une dernière intervention, Geneviève De Fontenay, voulant certainement avoir un mot pour les déçues, affirme que les élections de miss, c’est comme pour le Président de la République, « ce n’est pas toujours le meilleur qui est élu ». Sympa pour la toute fraîche Miss Pays de Savoie…
23h00 La scène est prise d’assaut par une cohorte de journalistes et de photographes suivie de près par des centaines de fans. Les gardes du corps sont débordés. Geneviève littéralement agrippée par le bras par des badauds prêts à tout pour lui tirer portrait. Dans cette marée humaine, j’arrive à me hisser aux cotés de la nouvelle tête couronnée pour lui poser une question qui me titille. Alors Edwige, comment se sont passées ces journées de préparations à l’élection ? Vous aviez le droit de sortir ou vous viviez en vase clos ? Regards décontenancés de la belle. Aussitôt, une main me barre l’accès aux Miss. C’est un vigile en noir, sorti de je ne sais où. « C’est bon monsieur, plus de questions. » Je proteste mollement, puis m’éclipse. Une fois dehors, j’aperçois une autre candidate, traînant sa valise à roulettes. Finis les projecteurs et les robes de soirée, elle a retrouvé un bon vieux jean et ressemble à Cendrillon à la sortie du bal, attendant son carrosse (et son mec probablement), pour rejoindre sa chaumière. Je retente le coup. Mademoiselle. Vous venez de la soirée ? Je peux vous demander comment se sont passés les trois jours de préparations ? Regards noirs. « Mais, vous êtes journaliste ? Où ça, au Dauphiné ? » Heu… non ! « De toute
façon, je ne peux pas répondre à ça, on a une close de confidentialité signée avec le comité d’organisation… » Elle dégaine son portable. « Allo ? Chéri, tu viens me chercher ? » Je laisse Cendrillon sur le trottoir, et m’interroge sur cette fameuse préparation si particulière qu’elle nécessite une close de confidentialité, avant de finir par quitter les lieux. Laissant derrière moi les couronnes, les écharpes, les miss, leurs secrets, et le Manège. Désenchanté.
Frédéric Delville
22:44 Publié dans Enquêtes et reportages | Lien permanent | Commentaires (7) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : miss pays de savoie, chambéry, madame de fontenay
22.09.2009
A la con, c’est si bon
Fred est parti en virée à Thônes où il a gravi les marches du Festival international du film à la con. Là où la connerie dégage une lueur d’espoir.

Samedi 12 en fin d’aprèm, on a enfilé notre plus beau costard pour assister, sapés tels des premiers communiants, à la soirée de clôture du festival. Sur le tapis rouge, ouvert à tous et foulé aux pieds par un public transgénérationel, des serveurs aux noeuds papes XXL
nous accueillent, plateaux de verres de blanc et de toasts au tarama à la main. Comme ça. Simplement pour nous remercier d’être venus. Au même moment, sur scène, des groupes régionaux accompagnent notre déglutition de leur mélopées déglinguées et braillardes, soutenus par deux pom-pom girls en tenue rose et noire.
Florent, le big boss de l’événement, débarque fringué en veste mauve à paillettes, chemise blanche et noeud pape rouge vif (définitivement l’accessoire indispensable de la soirée). Il apostrophe un gars dans la foule : « T’as vu, j’me suis fait la moustache d’Adolf Hitler en négatif… ». Les deux comparses se marrent sur ce bout de rectangle éclairci au-dessus des lèvres. Puis, d’un bond, Flo se téléporte sur scène pour balancer au micro la suite du programme. Une annonce approximative dans laquelle on croit comprendre que, dans la salle principale, seront diffusés et récompensés les films sélectionnés pour les prestigieux… Connards d’or, pendant que les amateurs de blanc et de tarama pourront continuer à se baffrer en visionnant les quelques trente vidéos recalées et projetées en boucle au rez-de-chaussée.
Avant la grande transhumance vers la cérémonie officielle, plusieurs personnages haut en couleur font leur apparition près du bar. Un type, aux lunettes énormes, engoncé dans un costume gris trop étroit, fourre son micro sous le nez des badauds pour recueillir leurs impressions. Il est accompagné d’un grand gars en salopette, flanqué d’une caméra surdimensionnée. Ils portent un badge (com)presse. Des gamins aux cheveux gominés et lunettes de soleil jouent les producteurs blindés et arrogants entre les jambes
des gens…
Quelques instants plus tard, à l’étage, dans une salle de cinq cents places pleine à craquer, on retrouve Florent, maître de cérémonie à la décontraction déconcertante et aux déhanchés impeccables. Il lance la cérémonie. Jusqu’à minuit se succèdent ainsi vingt-sept courts métrages de six minutes maxi, mais aussi de fausses pubs pour véritables partenaires financiers du festival, défilé de mode décalé intitulé Chair de poules en cages et autres lectures de poèmes bidons vantant la vallée de Thônes. Tout ça dans une ambiance survoltée où se mêlent sifflets, cris et éclats de rires collectifs.
Dans un coin, nommé un peu pompeusement VIP, un jury de cinq membres oeuvre dans l’ombre afin de décerner le Connard du meilleur scénario, celui du meilleur acteur (remis finalement à une actrice…) et le Grand Connard d’or. Un jury à la partialité toute relative, du propre aveu du plus barré d’entre eux, Anselme, charismatique ambassadeur de la fondue savoyarde croisé alors que nous étions sur le point d’engloutir une bonne ration de chili con carne à cinq euros l’assiette. « On est un jury corruptible, ouvert à toute proposition. » A la découverte de notre identité, il ajoutera un petit message perso pour le rédac chef : « La Voix des Allobroges ?... Vous ferez un gros bisou de ma part à Brice Perrier... ». 
Quant aux films, ils sont autant de défis lancés au septième art. Derrière des titres tels que Les Ricains 2, Nespresso what else ou le très inspiré Controverse enfantine sur la relativité générale, on découvre des histoires aux scénarii pour le moins alambiqués. Il s’y mêle histoires d’amour à l’eau de rose, faux documentaires ou encore satires du cinéma d’auteur à la française. Les effets spéciaux à deux balles cinquante sont dignes des années 70-80, les montages foireux et les BO réunissent Sardou et Ferrat. Alors que certaines œuvres flirtent avec le génie surréaliste, d’autres sentent drôlement le fromage ou sont tout simplement nulles, mais, après tout, on s’en fout. Car de toute évidence, tout ce festival, plus proche de l’humour grolandais que des paillettes cannoises, n’est qu’un prétexte. Un prétexte à la déconne, à la libération par l’humour et l’autodérision.
En ces temps de crise, dans une société parano et surfliquée qui s’enfonce chaque jour un peu plus dans une morosité poisseuse, ces crétineries sont salvatrices. Elles agissent comme une soupape de décompression et semblent nous indiquer une autre voie, un ailleurs refuge de nos illusions perdues. L’idée qu’il existe quelque part un espoir.
Frédéric Delville
En exclusivité, la Voix vous offre maintenant le visionnage d’un des films présentés à Thônes cette année. Intitulé Abboie !, il est réalisé par Christophe Colonel, jeune réalisateur chambérien dont nous avons déjà présenté le film Mémoire des Halles.
http://www.dailymotion.com/user/chatboite/video/x1dxaw_ab...
00:16 Publié dans Enquêtes et reportages | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : thônes, cinéma, festival du film à la con
01.07.2009
Un prince qui cherche encore ses voix

C’est l’été, il fait beau. Si ça se trouve, cher lecteur, vu que le web est aujourd’hui mobile, tu te trouves actuellement sur une plage de Savoie ou d’ailleurs en train de lézarder au soleil. Et qu’est-ce qui fait fureur comme lecture sur la plage ? Le people bien sûr ! Alors voici un peu de peopolitique avec les dernières aventures électorales du Prince de Savoie, car Emmanuel-Philibert ne lâche pas l’affaire. Rappelez-vous, dans un entretien exclusif accordé à la Voix en 2006 (http://lavoixdesallobroges.hautetfort.com/media/02/02/113...), l’heureux époux de la belle Clothilde Courau nous avait confié vouloir redorer le blason familial en Italie, pays dont les Savoie furent chassés pendant 40 ans, en s’attaquant à une carrière politique dans la péninsule. Son crédo était de se tourner résolument vers la jeunesse : « J’ai vu, depuis que je suis rentré en Italie, un grand problème de dialogue entre les jeunes et la politique. Il y a là quelque chose à faire. Et moi je peux me proposer en tant que haut-parleur qui amplifierait la voix des jeunes. Un porte-parole des jeunes vers la politique. »
Depuis, la réalité souvent brutale du suffrage universel a rattrapé Emmanuel-Philibert. Tout d’abord avec une véritable déconvenue aux élections législatives de 2008. A la tête de son tout nouveau parti Valeurs et futur, il s’était pris un beau gadin : 0.44 % des voix. Autant dire que ce jour-là, les djeuns ritals n’avaient pas trop kiffé l’héritier. Du coup, changement de stratégie lors des dernières élections européennes. Valeurs et Futur a été mis au placard et le Manu de Savoie s’est présenté cette fois comme tête de liste du parti centriste UDC pour la région Nord-Ouest de l’Italie, avec un programme qui prônait la défense de la culture et des produits régionaux. En misant sur un parti déjà installé dans le paysage politique italien, le jeune prince pensait bien pouvoir devenir député européen. Résultat : encore un échec, bien que plus mesuré, puisqu’il obtint 6.51% des voix, mais pas de siège au parlement de Strasbourg. Son altesse se déclara tout de même « content », mais ce score apparaît forcément décevant quand on sait l’énergie déployée pendant des mois par Emmanuel pour convaincre ses électeurs potentiels. C’est qu’il a promené sa silhouette princière jusque dans les plus sombres ruelles de Turin et sur les marchés de bleds parmi les plus reculés du Piémont ou du Val d’Aoste. Il n’hésita pas non plus à donner de sa personne en dehors du champ politique, histoire d’assoire son image dans l’inconscient italien.
On a pu en effet le voir cet hiver le samedi soir en prime time sur la Rai Uno dans une émission de télé réalité intitulée Ballando con le stelle (Danser avec une étoile). L’objectif avoué d’Emmanuel était de faire découvrir aux Italiens l’homme qui se cachait derrière le prince. Et là, au moins, il a été véritablement plébiscité en remportant le 21 mars dernier la finale avec 70% des suffrages des téléspectateurs. Il fut proclamé roi de la rumba et du tcha tcha tcha, après avoir enchaîné les paso-doble aux bras d’une grande brune plantureuse comme seule sait nous en gratifier la télé italienne. Le descendant des Savoie n’en était pas à son premier coup médiatique, car on a déjà pu le voir vanter les mérites de chaussures ou d’olives dans des publicités. Il avait aussi animé une émission de foot. Voulant également donner dans le bisness, il a lancé récemment sa propre ligne de vêtement frappé d’un logo aux armes de Savoie et baptisée, tout simplement, Prince d’Italie.
Mais voilà, malgré ce mélange des genres si tendance de l’autre côté des Alpes, n’est pas Berlusconi qui veut. Notre jeune héritier de Savoie est néanmoins convaincu qu’un avenir électoral plus radieux l’attend et il déclare vouloir poursuivre son chemin en politique. Il avance même, sans rire, un argument sensé démontrer qu’il serait vraiment à sa place dans les hautes sphères du pouvoir européen : « De toute façon, je connais bien les chefs d’Etat, puisqu’une bonne moitié sont de mes parents. » Imparable en ces temps de règne du peopolitique, non ?
Fred Delville
11:00 Publié dans Enquêtes et reportages | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : emmanuel philibert, maison de savoie, roi de la dance, peopolitique
27.05.2009
Toxiques Affaires
Ce vendredi 15 mai, à Chambéry, il fallait en vouloir pour braver la pluie et s’entasser dans l’atmosphère un brin désuète de la salle Jean Renoir. Ce vieux cinéma de quartier aux épaisses moquettes murales accueillait en effet, à l’initiative de l’association Vers un monde meilleur, le Professeur Claude Reiss, venu en voisin isérois nous parler du danger des molécules chimiques. Pas très fun pour un vendredi soir. Et il ne fallait pas compter sur les affichettes annonçant l’événement en lettres capitales - Cancer, alimentation et environnement : les liens - pour égayer l’atmosphère. Malgré tous ces éléments légèrement anxiogènes et la concurrence féroce, ce soir-là, d’un Thalassa spécial, Sur le sentier du littoral de Deauville à Dieppe , ils étaient une bonne soixantaine prêts à écouter religieusement les pourquoi et comment qu’on va tous mourir.
Après quelques soucis dus à un micro défaillant ou à la voix du Professeur Reiss un peu faiblarde, la conférence commence par ce constat alarmant, mais malheureusement sans surprise : le nombre de cancers a explosé ces dernières décennies. Les cas de cancers dans l’Union Européenne ont en effet doublé en un peu plus de vingt ans, passant d’un million deux cent mille cas en 1980 à deux millions trois cent mille en 2006 (source INED). Autre chiffre éloquent, les cancers du cerveau ont été multipliés par quinze en un siècle, et, de manière générale, les maladies neuronales (Alzheimer, Parkinson et autres scléroses en plaques) n’ont cessé de progresser de manière stupéfiante depuis les années quatre-vingt.
Pour Claude Reiss, au-delà de ces cascades de chiffres, il y a une réalité nommée pollution chimique. Une pollution omniprésente à laquelle nous sommes tous confrontés dans notre vie de tous les jours, comme l’explique le professeur. « Rien que dans une maison, le moindre objet du quotidien peut être composé de matières chimiques néfastes pour notre santé. Evidemment, en premier lieu notre alimentation, à cause des pesticides agricoles ou de certains additifs. Mais aussi les produits ménagers, par exemple les liquides vaisselles, ainsi que beaucoup d’objets auxquels on ne pense pas toujours, tels les plastiques des biberons ou le revêtement d’une boîte de coca. Et puis il y a surtout les cosmétiques, qui, pour la plupart, sont tellement nocifs qu’ils devraient selon moi être vendus en pharmacie. » Bref, quasiment tout notre environnement immédiat serait contaminé par les quelques 100 000 produits chimiques en circulation, un nombre qui augmente chaque année grâce aux 2 000 à 2 500 nouveautés qui arrivent sur le marché. Y en aura donc pour tout le monde. Mais nous ne sommes pas pour autant tous logés à la même enseigne. Ainsi, carte de France à l’appui, Claude Reiss démontre que les cancers du poumon sont beaucoup plus importants dans les zones de forte pollution industrielle, comme le Nord Pas de Calais et la Lorraine, qu’en Vendée, par exemple. Et de rajouter, sourire en coin : « La preuve que ce type de cancer n’est pas uniquement dû aux effets de la cigarette, car je pense pouvoir dire que l’on fume autant à Dunkerque qu’à La Roche-sur-Yon. »
Petite blagounette vite oubliée au moment d’entrer dans le vif du sujet, véritable cheval de bataille du Professeur pour lequel il s’active depuis des années : sa méthode d’évaluation de toxicité des produits chimiques. Fondée sur la toxicogénomique (observation de cellules mises en contact avec les produits chimiques), elle s’oppose à la méthode actuelle d’évaluation basée sur les tests effectués sur les animaux. Selon Claude Reiss, ces tests, aujourd’hui couramment pratiqués, ne permettent pas de bien évaluer les risques toxiques pour l’espèce humaine, car aucune espèce animale n’est le modèle biologique de l’autre. Reiss dénonce également un coût exorbitant de plusieurs centaines de milliers d’euros et de trois à cinq ans de recherche pour chaque produit chimique testé. « Ma méthode, elle, permet de tester la toxicité d’un produit en une semaine pour un coût avoisinant les dix mille euros. »
Malgré une certaine reconnaissance scientifique et un soutien de la part de responsables politiques, la toxicogénomique doit faire face à des oppositions en haut lieu et notamment au niveau de la Commission Européenne. Il faut dire que l’on touche là à certains intérêts qui dépassent largement le cadre purement scientifique. « Les députés européens ont voté majoritairement en faveur de la toxicogénomique, confie Claude Reiss. Ils ont parfaitement compris l’intérêt de cette méthode, mais c’est au niveau de la commission européenne que ça bloque. On voit ici les limites des institutions européennes. Car même si la Commission Européenne reconnaît notre travail, elle continue les tests animaliers, tout simplement parce qu’elle est influencée par les lobbies de l’industrie chimique. Aujourd’hui, les autorisations de mise sur le marché d’un produit dépendent de ces tests, bien plus faciles à manipuler. Et comme ce sont les industriels eux-mêmes qui les financent, ils n’ont aucun intérêt à ce que les choses changent. »
Loin d’être abattus par la surdité des pouvoirs publics européens, le Professeur Reiss et son équipe ont décidé de réagir en créant, il y a quelques années, une association, Antidote Europe, qui compte aujourd’hui six cents membres. Elle multiplie les actions internationales auprès des gouvernements européens et va jusqu’à défier par voie juridique la Commission de Bruxelles pour défaut de prise en compte de la santé des populations européennes.
Après une heure et demie de discours, la conférence se termine par la traditionnelle séance de questions du public, pendant laquelle une femme au crâne recouvert d’un foulard prend le micro et annonce son cancer du sein : « J’ai bu vos paroles, j’ai toujours fait attention à ce que j’ai mangé, je n’ai jamais été malade, mais après tout ce que vous avez dit, je vois bien que nous sommes intoxiqués… » Elle finit son intervention en sanglots avant de s’en excuser. Emotion dans la salle. Quant à l’ultime question, elle pourrait à elle seule résumer l’impression finale d’une soirée qui, bien que salutaire et instructive, peut laisser pensif. Interrogé sur la pureté de l’eau, Claude Reiss conseille d’abord de ne pas acheter d’eau en bouteilles à cause des composants plastiques… avant d’ajouter d’éviter également l’eau du robinet, car infectée par les tuyauteries, nous laissant ainsi bien désarmés avec le sentiment étrange d’être victimes d’enjeux qui nous dépassent.
La balle est désormais dans le camps des pouvoirs publics. A eux de prendre leurs responsabilités et de prouver leur indépendance d’esprit et de choix face aux toutes puissances industrielles. Le plus tôt sera le mieux…
Frédéric Delville
Plus d’infos sur www.antidote-europe.org
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25.03.2009
Ça ne sert à rien d’en parler ?

« Y a-t-il une observation ? Une abstention ? Une opposition ? Il en est ainsi décidé. » Dans la bouche d’Hervé Gaymard, la formule revient comme un leitmotiv, sans qu’il ait besoin d’attendre, ne serait-ce qu’une seconde, une éventuelle réserve à la longue liste de décisions prises lors de ce conseil d’administration de l’Assemblée des pays de Savoie, qualifié par le Dauphiné Libéré de « séance consensuelle ». C’est le moins que l’on puisse dire, le budget et l’attribution de nombreuses subventions données par l’APS ayant systématiquement été adoptés à l’unanimité, que cela concerne le secteur touristique, la culture - avec notamment 225 000 euros consacrés aux cérémonies d’anniversaire d’une annexion devenue pour ses 150 ans un « rattachement » -, l’agriculture ou l’université de Savoie.
Si l’on se trouve au château de Chambéry en ce vendredi 20 mars, ce n’est pas pour vous faire le détail des subventions accordées par l’APS ou pour vous informer que ses comptes sont bien tenus – sachez quand même qu’il y a eu un solde positif de 1,2 million d’euros en 2008. En fait, on espère assister à un nouvel épisode de ce feuilleton de l’année 2009 qui, même s’il indiffère sans doute une grande partie des habitants des pays de Savoie, nous intéresse car il concerne tout simplement la façon dont s’exercera la démocratie sur le territoire savoyard. On parle évidemment du projet de réforme des collectivités locales qui était à l’ordre du jour de la dernière réunion de l’APS où les conseillers généraux savoyards avaient été incapables d’adopter une position commune, tout le monde attendant le verdict de la commission Balladur. Celui-ci est tombé début mars, préconisant notamment ce que tous nos élus craignaient : la suppression de la clause de compétence générale pour les départements. On pouvait donc penser que cela serait évoqué lors de ce conseil d’administration. Ben non, ce fut au contraire une nouvelle fois la loi du silence qui s’imposa.
Le seul sujet hors budget 2009 évoqué lors de cette réunion fut la victoire d’Annecy dans la course française à la candidature aux J.O. d’hiver de 2018. Un projet qui pourrait bien sûr symboliser l’entente inter-départementale qu’est censée rendre effective l’APS. Une véritable vision savoyarde permettrait d'ailleurs aux promoteurs de ces Jeux de tenir une de leurs principales promesses de campagne, jusqu’ici totalement fallacieuse, celle qui dit que 70 à 80% des infrastructures nécessaires à ces Jeux sont déjà existantes. Pour que cesse ce mensonge, il faudrait en effet envisager une répartition des sites olympiques entre nos deux départements, car, en fait, les infrastructures existantes susceptibles d’accueillir des épreuves olympiques sont situées dans le 73, qu’il s’agisse du tremplin de Courchevel ou du Phare de Chambéry. Or seule la piste de bob de la Plagne fait partie du projet annecien (elle était d’ailleurs aussi dans celui de Grenoble) et constitue en réalité l’unique infrastructure conséquente déjà existante dont l'utilisation est prévue selon les plans actuels du team olympique haut-savoyard, qui envisage de construire trois patinoires et un tremplin de saut. Il aurait donc été logique de voir l’APS proposer à Christian Monteil d’utiliser ces infrastructures savoyardes, mais on s’est cantonné à féliciter le président de la Yaute pour sa victoire. « Vous savez, ce sont les jeux de la Haute-Savoie, pas de la Savoie, me glissera à la fin de la réunion Pierre Losserand, conseiller général de Faverges. Et puis pour les infrastructures, on a quand même les routes qui existent déjà. » C’est sûr, et y a également les montagnes, et puis aussi la neige. Du moins on en a eu cet hiver…
Continuant la causette avec le sympathique Pierre Losserand, j’aborde le sujet qui nous a conduit ici, la réforme des collectivités territoriales et ce fameux rapport Balladur dont on n’a pas parlé aujourd’hui. « Je regrette que les deux départements ne trouvent pas une voix commune sur ce sujet, confie le conseiller général. J’aurais bien vu quelque chose qui rassemble les deux Savoie, voire en y rajoutant l’Isère. Mais là, avec la suppression de la compétence générale, c’est en fait la fin de nos compétences dont il s’agit. Car si l’action du département se limite à distribuer le RMI, on peut confier ça à des administratifs, pas besoin d’élus. Mon choix, c’était la région Savoie, mais aujourd’hui je suis assez perplexe, car cela n’a pas été discuté au niveau de la commission Balladur. Pourtant, depuis Faverges, je ne vois vraiment pas de différence entre nos deux départements. Alors j’espère qu’on en reparlera. Et pour la grande Savoie, je compte sur nos grands élus ! »
Des élus, grands ou petits, je serais bien aller discuter avec d’autres que celui de Faverges. Mais alors que la réunion est à peine terminée depuis cinq minutes, tout le monde est déjà loin, sauf Hervé Gaymard qui finit de répondre aux questions de quelques journalistes devant la caméra de 8 Mont Blanc. Je me dirige donc vers le président de l’APS, qu’on peut assurément qualifier de grand élu savoyard, pour recueillir son point de vue. Un point de vue express car Gaymard est lui aussi sur le départ. « En fait, on ne peut rien en dire de ce projet de réforme des collectivités, car il n’y a pas de projet. » Mais monsieur le président, et le rapport Balladur, c’est quoi ? « C’est un projet très intéressant, et l’idée des conseillers territoriaux qui siègent à la fois au département et à la région me plait beaucoup. Mais il y a deux choses qui ne vont pas : l’élection à la proportionnelle et la suppression de la clause générale de compétence. » Justement, la suppression de la compétence générale semblait pour la plupart des conseillers généraux un motif qui justifierait le rassemblement des deux départements savoyards, afin de se battre ensemble pour garder cette compétence. Ce rassemblement ne doit-il donc pas être aujourd’hui à l’ordre du jour ? « En ce qui concerne ce rassemblement, soit on arrive à garder la compétence générale et l’on pourra se contenter d’une APS qui va plus loin, soit le département devient une simple circonscription régionale et il faudra alors créer une institution nouvelle. Maintenant, ça ne sert à rien d’en parler, tant qu’on n’a pas le résultat des courses. Il faut attendre le projet de loi. »
Alors que Michel Bouvard appelait ici même la semaine dernière les Savoyards à s’approprier le rapport Balladur afin de devenir de véritables acteurs d’un processus qui leur permettrait de conserver voire d’accroître leur capacité à agir sur leur territoire, Hervé Gaymard nous dit donc pour sa part qu’il est inutile d’en parler et qu’il faut attendre que le verdict tombe d’en haut pour éventuellement réagir. Bien que tous deux favorables à une espèce de région Savoie, même si elle ne dit pas forcément son nom, ces grands élus du 73 ne semblent pas vraiment sur la même longueur d’onde. Quant à ceux de la Yaute, ils sont aujourd’hui emportés par une fièvre olympique qui suscite surtout une gloriole haut-savoyarde. Alors pour le rassemblement de tous les élus savoyards menacés de perdre leurs moyens d’action, faudra encore patienter. Le couteau qui se rapproche de plus en plus de la gorge des départements ne suffit pas à les faire converger vers un autre consensus que celui de l’immobilisme. Attendent-ils la saignée pour enfin se bouger ?
Brice Perrier
11:40 Publié dans Enquêtes et reportages | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : assemblée des pays de savoie, gaymard, rapport balladur
05.02.2009
Les JO des écotartuffes ?

« Pour la région Savoie, contre les Jeux. » Voilà ce que titrait la semaine dernière le Dauphiné dans un article qui présentait le positionnement des Verts région Savoie sur deux sujets qui pourraient à priori n’avoir que peu de rapport. C’est d’ailleurs ce que pensent les Verts savoyards qui n’ont absolument pas souhaité lier les deux problématiques. « On a juste donné une conférence de presse pour annoncer différentes choses et d’abord notre positionnement sur les prochaines élections européennes, confie Gérard Blanc, conseiller municipal vert à la Ravoire et délégué à Chambéry Métropole. Et puis les journalistes nous ont posé des questions, notamment sur ces deux sujets d’actualité, auxquelles on a répondu. C’est tout. Il n’y a pas de lien entre nos critiques sur les JO et notre positionnement sur la région Savoie. »
En fait, les Verts ne sont même pas officiellement contre les JO à Annecy. « Même si certains de nos membres peuvent s’engager dans des comités anti JO, les Verts ne sont pas contre les jeux, affirme Pierre Viguié, le secrétaire régional. A la mairie de Chambéry comme à l’agglo d’Annecy, quand il s’est agit de se prononcer sur ce projet des JO, les élus verts se son abstenus. Nous sommes pour un retour aux valeurs de l’Olympisme et c’est les dérives du gigantisme ou du dopage qui ne nous plaisent pas. Alors où que se déroulent les jeux, on veut un retour à la charte de l’olympisme et un respect de l’environnement. » Mais justement, ces JO d’Annecy, on nous les promet propres. C’est même un des principaux arguments avancés par les élus et d’abord par Thierry Billet, adjoint chargé de l’environnement à Annecy. La preuve ultime que ces jeux seraient écolos, selon Billet, c’est qu’il a réussi à convaincre Yann Arthus-Bertrand de soutenir officiellement la candidature annecienne. On peut ainsi lire ceci sur le blog de l’élu annecien :
« Ce soutien est une garantie que les engagements pris sur le plan environnemental seront respectés et en particulier qu'un bilan carbone "prévisionnel" sera géré en continu sur le projet de JO de manière à aboutir à un impact nul en carbone pour la réalisation de ces Jeux. C'est au demeurant ce que rappelle Yann : Les infrastructures olympiques fondées sur la démesure et l’utilisation d’importantes quantités de matériaux et d’énergie mènent souvent à une impasse. De nombreuses villes olympiques ont construit d’immenses structures coûteuses devenues aujourd’hui des éléphants blancs. Mes échanges avec Thierry Billet, votre maire-adjoint à l’environnement, m’ont éclairé sur un point : Annecy souhaite développer un modèle de ville olympique responsable dont l’empreinte écologique serait la plus réduite possible. »
Vu que Yann a été convaincu grâce à ses échanges avec Thierry, je ne demandais moi aussi qu’à l’être. Alors armé de mon petit clavier, j’envoie un mail à Thierry Billet pour lui poser une question toute simple, en rapport direct avec la déclaration de la figure tutélaire de l’écologie qu’est devenue le maître de la photo aérienne : quelles vont donc être les infrastructures construites pour ces jeux et où seront-elles situées ? Une question basique et élémentaire pour avoir une idée de l’impact environnemental de ces jeux. Et bien voici la réponse de Billet : « Adressez vous au Comité d'organisation au Conseil général... Je n'ai pas les éléments sportifs en mains. » Eléments sportifs ? Je ne lui demandait pourtant pas si le ski de bosse en faki allait devenir une discipline olympique, mais ce qu’on allait construire comme infrastructure de type patinoire ou tremplin. L’élu annecien ne serait donc en rien au courant de ces futures installations, mais il a néanmoins réussi à convaincre Arthus-Bertrand qu’on ne tomberait pas dans la démesure. Après cela, faut pas s’étonner si certains en viennent à qualifier ce genre de personnage d’écotartuffes.
Direction donc le conseil général où l’attaché de presse nous informe que « 70 à 80% des infrastructures sportives existent déjà. Les investissements concerneraient deux patinoires et un anneau de vitesse. » Elle ajoutera par la suite qu’un tremplin de saut sera aussi construit à La Clusaz. Cela fait quand même de gros équipements à bâtir. Mais c’est quoi alors les infrastructures existantes ? « Les pistes homologuées, patinoires, sites d'entraînement, piste de bob de La Plagne... », nous répond le conseil général. La piste de bob, ok, ça c’est du lourd. Les patinoires ? Mais on vient de nous dire qu’on va en construire trois ! Quant aux pistes de ski, c‘est sûr qu’elles sont déjà là, mais certains candidats aux JO auraient-ils prévu de bâtir les montagnes nécessaires aux épreuves olympiques ? Bref, pas grand-chose n’existe en réalité aujourd’hui en matière d’infrastructures, mais on nous certifie que 70 à 80% sont déjà existantes. Et Yann Arthus-Bertrand cautionne. L’écotartufferie en pleine action !
Un autre argument de Thierry Billet pour démontrer le côté écologique de ces jeux, c’est que grâce à eux, la Haute-Savoie va enfin pouvoir s’équiper en infrastructures ferroviaires. « Qui ne voit pas que les jeux sont un formidable accélérateur de projet ?, clame ainsi Billet sur son blog. Jusqu'à présent, les jeux ont servi, en France, à faire des autoroutes; ceux d'Annecy 2018 devraient permettre de faire du logement à énergie positive et du transport ferroviaire... De quel droit se passerait-on de cet accélérateur tout en réclamant... du transport ferroviaire ? » C’est clair que des autoroutes, chez nous, on n’en a plus trop besoin, surtout depuis qu’on en a même deux pour relier Annecy à Genève. Mais de là à dire que ceux qui veulent du ferroviaire n’aurait pas le droit de s’opposer aux jeux… Billet repousse encore un peu plus le bouchon. « Les jeux entraînent le département sur une mauvaise voie. Ce n’est pas une priorité et il y a mieux à faire que ça, estime Pierre Viguié. On a un retard extraordinaire en Haute-Savoie sur le transport ferroviaire et le logement social. Le projet des jeux permet aux élus de ne rien faire en les attendant. Mais ce n’est pas les jeux qui paieront les trains ! Ça sera à nous de les payer. Et le comité olympique n’exigera rien pour le ferroviaire. Alors peut-être que les JO donneront un coup de pieds aux fesses aux élus pour développer le ferroviaire, mais on ne devrait pas avoir besoin de ça. Et les JO relancent en revanche la mauvaise idée que la Savoie sera encore en 2018 la patrie du ski, alors qu’il faudrait plutôt songer à travailler à ce que nos usines à ski s’activent toute l’année. Il faut aujourd’hui d’abord penser à autre chose que le ski. Il ne s’agit pas de raser les stations, mais de tacher de les reconvertir, surtout celles qui sont situées à moins de 2000 m dans lesquelles sont prévus ces JO. »
Viguié s’inquiète aussi du gigantisme en matière d’infrastructure, malgré la caution d’Arthus- Bertrand. « On veut donc construire deux patinoires dans l’agglomération d’Annecy. Et lors des derniers jeux d’hiver, la grande patinoire contenait 40 000 personnes. C’est ça qu’on veut nous faire à Annecy ? Mais ça rime à rien ! D’autant que dans dix ans, est-ce qu’autant de monde se déplacera pour voir des épreuves olympiques ? Et on nous parle de bilan carbone zéro ! Dans dix ans encore plus qu’aujourd’hui, les gens regarderont les jeux devant leur télé, alors il n’y a pas besoin de bâtir des infrastructures démesurées. » D’autant que là, on se dit que la région Savoie à laquelle croient les Verts en a déjà des infrastructures, notamment dans le 73. Mais, hormis la piste de bob, pas question d’y toucher, d’après ce qu’on nous a dit au conseil général. Le Hall Olympique d’Albertville ? On s’en moque. Le Phare de Chambéry (construit déjà, dans une pure logique savoyarde, avec l’objectif de piquer l’activité de la salle d’Albertville) ? Pas question de s’en servir. Tout ça pour respecter, d’après le conseil général, « le principe de compacité des sites, c'est-à-dire un périmètre olympique le plus restreint possible ». On prévoit pourtant des épreuves à Morzine, qui se situe bien plus loin d’Annecy que Chambéry ou Albertville. Même si les Verts n’y ont pas prêté attention, il y a donc en fait une véritable logique à être pour la région Savoie et opposé aux JO d’Annecy tels qu’ils se préparent. Et alors que la Venise des Alpes n’a évidemment pas besoin du prestige que lui apporteraient ces jeux et que le département de Haute-savoie est assez riche pour faire face à ses devoirs sans avoir besoin de tout ce cirque, on perçoit au final le signe d’une mégalomanie départementaliste dans ce projet dénué de toute cohérence régionale. Pour cela nous nous disons non au JO d’Annecy car oui à une région Savoie.
Brice Perrier
15:08 Publié dans Enquêtes et reportages | Lien permanent | Commentaires (17) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : jo, annecy, thierry billet



