18.11.2009

Donnons à la Savoie son musée

Alors que des « spécialistes » sont conviés au château pour plancher sur le Musée savoisien, André Palluel nous livre sa recette pour un vrai musée de Savoie.

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La « cession du Musée savoisien » par la ville de Chambéry au conseil général du département de la Savoie et la réunion proche au château d’une assemblée de « spécialistes » (dont je crains l’impuissance si elle est trop grande) m’amène à écrire ce petit « état des lieux » que je communique à La Voix des Allobroges, le seul média savoyard susceptible de le publier en ces temps d’incertitude et de pauvreté intellectuelle.

La question est donc : Pourquoi et comment un musée d’histoire de Savoie ?

Les oppositions culturelles

Les touristes viennent ici pour chercher l’originalité d’une province forte d’un passé particulier (« cette province qui fut autrefois un état », disait le professeur Lovie). L’appétit est d’autant plus fort qu’il repose sur une ignorance absolue de l’opinion à ce sujet. Or les grands musées régionaux ne considèrent le plus souvent que l’aspect alpin. De ce fait, les autorités politiques ou culturelles (essentiellement muséographiques) ne veulent entendre parler que d’ethnographie, mais avec le principe très répandu parmi les muséographes de ne pas insister sur les « costumes folkloriques ». Un seul musée en présente aujourd’hui à Saint-Jean de Maurienne, puisque celui d’Hauteville a fermé et qu’aucun n’est présenté valablement au Musée savoisien. En fait, seuls quelques musées réputés secondaires peuvent se vanter de rappels historiques (Thonon, Thônes, Conflans, Saint-Jean de Maurienne, Moutiers), Chambéry se drapant orgueilleusement dans un esthétisme classique.

Les problèmes pratiques

Il y a d’abord la petitesse du Musée savoisien, qui a tout juste de quoi donner des « impressions » sur les collections entassés dans ses réserves face à de « modestes » salles de présentation. Le réaménagement du musée suppose dès maintenant le choix fondamental d’entrer en possession des locaux de la mission catholique italienne dont on envisage le déplacement. La ville de Chambéry, qui a déjà manqué l’acquisition du studio Dumont Mollard et qui a bloqué le musée par un prétendu musée de la résistance conçu uniquement dans le besoin de satisfaire les mouvements d’ancien combattants (loin de vouloir oublier la guerre, il importait aussi de savoir les conditions d’une quelconque commémoration), ne peut pas se permettre de rater cette nouvelle occasion.

On ne doit pas éluder le problème de la faiblesse des collections. En 1560 comme en 1860, les souverains ont vidé consciencieusement le château de leurs souvenirs de familles. Les révolutions, brutales ou non, n’ont rien arrangé. Seul la mairie de Montmélian dispose ainsi de l’unique buste  connu de Charles-Albert et le Musée savoisien ne possède aucun tableau historique. Là encore, seuls quelques musées secondaires (les même que cité ci-dessus) peuvent permettre certains rappels historiques. Devant cette faiblesse fondamentale, les conservateurs du Musée savoisien ont préféré opté pour des choix non historiques (Monsieur Manoury vers un village ethnologique, monsieur Aubert vers une musée de peinture, monsieur Hamman vers un musée de sculpture), ce qui satisfait leurs goûts, leurs formations (plus artistique qu’historique) et leur prudence pour ne pas affronter les politiques ou les intellectuels et érudits locaux.

Les problèmes intellectuels

Il y a une véritable ambiguïté vis-à-vis de l’histoire générale. Parler du thermalisme, de l’alpinisme, de l’agriculture ou du baroque est intéressant, mais non essentiel car non caractéristique de la Savoie. On se perd dans la nécessité de relier l’aspect savoyard à la nécessaire histoire générale, ce qui exige aussi de dangereuses options fondamentales. Rappelons-nous ici l’échec des Amis des musées, qui ont tenté en 1980-85 de faire de Chambéry une capitale du baroque.

De leur côté, les érudits insistent plus sur la richesse de la province que sur la nécessité de la présenter à la fois scientifiquement et pédagogiquement. Et cela ne remonte pas à hier si l’on se remémore l’opposition des intellectuels savoyards au député Théodore Reinach qui, en 1910, prônait des expositions sur l’histoire de Savoie en prétextant que ce sujet était le monopole des « vrais Savoyards » qui, d’ailleurs, n’en avaient pas besoin puisqu’ils avaient assez de connaissances à ce sujet. Ceci explique que, en dehors de son appellation, le Musée savoisien est resté comme à ses origines dans une conception classique d’un mélange d’archéologie, d’ethnologie et d’histoire qui évitait l’accusation de « trop en dire », ou, à l’inverse, de « ne rien en dire ». Car il est difficile de concilier les exigences des érudits et de l’élite avec les besoins inconscients et mal formulés de l’opinion moyenne.

Il faut également faire face au refus officiel (lui aussi inconscient bien qu’obstiné) de trop parler de la Maison de Savoie. Soulignons une certaine tradition de nos élus savoyards hostiles à toute référence à la Maison de Savoie, lui reprochant ses abandons de la Savoie dans le passé et ses mauvaises fréquentations actuelles (pour ne pas dire plus). Cette opposition idéologique est très caractéristique des mentalités françaises en comparaison de l’opinion italienne, beaucoup plus souple pour ce qui est de la conservation des patrimoines. Alors on veut bien parler des princes de Savoie jusqu’au XVème siècle (quand ils étaient considérées comme français), à la rigueur jusqu’à la révolution de 1792, mais pas question de les envisager ensuite car devenus trop « italiens ». Le Musée savoisien a une seule collection de portraits (que l’on s’est empressé de mettre en réserve) et les tableaux de l’abbaye d’Hautecombe, jugés secondaire et sans valeur historiques (par les spécialistes lyonnais), restent invisibles, même à Hautecombe… D’ailleurs, pourquoi présenter des effigies sur des personnages totalement inconnus des visiteurs, puisqu’aucune indication n’est jamais donnée sur chacun d’eux ?

Nous devons aussi prendre conscience du danger du localisme. L’opposition entre les deux conseils généraux gène l’intérêt pourtant manifeste de parler de toute la Savoie, d’autant que les politiciens et notables, très sensibles à leur renoms et influences, n’accordent que du bout des lèvres leur accord pour des activités au chef lieu de leur département. Ils préfèrent, et de loin, concentrer sur leurs « vallées » les patrimoines et les souvenirs.

Il faut par ailleurs tenir compte de nos inévitables et nécessaires voisins suisses, valdotains et piémontais sur lesquels nos responsables manifestent une réserve de mauvais aloi. Qui connaît le Musée national romand de Prangins ? Qui a reconnu et étudié le succès du Musée de Bard ? Qui a jamais cherché à reproduire (ou au moins photographier) les grands tableaux historiques des châteaux piémontais ? Le Piémont, en particulier, jouit d’un patrimoine historique inestimable et d’une rare souplesse qui devrait permettre d’en tirer orgueilleusement profit. La région Piémont ne cesse en effet de rappeler qu’elle fut autrefois un royaume, même dit de Sardaigne, et cela surtout depuis le déclin industriel des années 1970 qui l’amène actuellement à se reconvertir dans le tourisme, d’où cette éclatante restauration des châteaux princiers de la couronne de Turin. L’accession de Gianni Oliva, grand historien de la Maison de Savoie, au poste d’assesseur régional à la culture est caractéristique de cette souplesse et de cette largeur de vue. Cependant, si le Piémont peut-être un modèle, il n’en est pas moins un partenaire difficile : toujours aimable, certes, mais fort exigeant sur ses indemnités, ses garanties et ses prétentions.

Rappelons enfin que l’opinion cherche en permanence la nouveauté, d’où la nécessité de chercher sans arrêt de nouvelles réalisations, d’où l’intérêt des expositions temporaires et des réalisations informatiques.

Alors à quel choix arriver ?

La perspective d’un musée savoyard exige, tout d’abord, de parler de l’ancien état savoyard, ce que semble redouter, en tout ou en partie, beaucoup de responsables aussi bien politiques que culturels, alors que, justement, c’est ce que veulent voir les touristes venus au Musée savoisien. Cela implique la nécessité de parler de la Maison de Savoie entre le XIème et le XIXème siècle (compris), et de montrer les signes de cet état (le cadastre, le tabellion, les rouleaux de chatellenies, les uniformes) et ses variations (ne serait-ce qu’un ensemble de cartes).

Il faudra parler de toutes les spécificités de cet état (d’autant que nos voisins et ex partenaires en parlent peu) et montrer les grandes particularités savoyardes (tout ce qui distingue la province de ses voisins), notamment les paysages transalpins et leur habitat. Il s’agira d’accompagner cet effort d’une politique culturelle de prise de conscience par l’opinion de l’héritage culturel local. C’est jusqu’alors toujours trop discret ou dispersé. Il faut renforcer les liens entre les autorités, les musées et les différents médias locaux. Il faut surtout s’appuyer de façon moderne sur l’informatique (à grande dimension) qui permet de palier la pauvreté des vestiges muséographiques et de doubler une « présentation statique d’un noyau central » par une politique systématique d’information (même numérique), à partir d’expositions temporaires dont l’ensemble peut former à moyenne échéance une formidable collection propre à être communiqués aux régions et états voisins. Les temps actuels nous permettent de franchir ce pas en conciliant les techniques modernes avec un intense et nécessaire besoin de communication pour donner à la Savoie ce qui lui manque le plus, la conscience d’elle-même (comparons la nullité du sentiment savoyard actuel avec l’importance de celui des Bretons ou des Alsaciens).

En conclusion

Je crains que tout ceci ne corresponde pas aux principes de l’école du patrimoine et aux principes de nos conservateurs de musée peu concernés par les besoins du public et par l’histoire, préférant l’art pour l’art et le seul plaisir des spécialistes, alors que, en même temps, ils ne cessent de proclamer leur volonté d’ouvrir le musée au « grand public ». Quant au département, il ne sent pas qu’un tel projet ne peut que décevoir, faute de faire les choix nécessaires sur le local, sur le but cherché, sur les moyens utilisés. Il est pourtant grand temps de donner à la Savoie son musée.

André Palluel-Guillard, professeur émérite de l’Université de Savoie

28.10.2009

Les Francs arrivent en force

De la venue des Francs au règne de Charlemagne, la terre des Allobroges connaît une période de grande turbulence. Mais se dessine un pays nommé Savoie.

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Alors qu’ils epeuffent la Gallia, mettant un terme à l’histoire des Gaulois, les Francs deviennent maîtres de la Burgondie, et donc de la Savoie, en 534, lors de leur victoire à Autun. Connus pour punir leurs femmes en les attachant par les pieds à la queue des chevaux, à poil qui plus est, ils furent, en terre allobroge comme ailleurs, atroces et féroces tant par leurs mœurs que par leurs institutions. Ils sont les précurseurs de la cavalerie jacobine, imposant avec autorité les prémices de la centralisation. Ils vont commencer par se partager l’Allobrogie avec les Ostrogoths qui occupent la zone sud de la Savoie actuelle. Mais en 536, le roi des Ostrogoths cède ses conquêtes à Clotaire et toute la Savoie devient franque. Dans le règne franc, il y a trois classes : les Leudes, les hommes libres et enfin les colons. Les Leudes sont les chefs francs. Ils asservissent les hommes libres que sont en fait les Burgondes. On ne parlera même pas du sort des colons, en réalité les colonisés qui sont les descendants des Allobroges. Lors de la période franque, la notion d’Allobroge va d’ailleurs disparaître. La faute à la mainmise franque, mais aussi à celle de l’Eglise qui se sert une bonne part du gâteau, débordant largement le spirituel pour s’occuper du domaine économique et accaparer les richesses. Cette attitude provoquera une réaction de résistance et conduira à la naissance du féodalisme. Un mouvement à l’origine populaire puisqu’il permet aux faibles de se défendre face aux rois Francs, qui allaient devenir de plus en plus fainéants, ainsi que face à l’Eglise.

Charlemagne délimite nos provinces

Après la prise de pouvoir de Charles Martel, les rois francs changent de dynastie, et voici venu le temps des Carolingiens. En 747, c’est Pépin, l’un des fils de Charles Martel qui devient roi des Francs après que son frère Carloman lui eut offert les Etats qu’il avait hérités de son père. Il traverse alors la Savoie pour aller combattre les Lombards qui, avec à leur tête le très costaud roi Didier, repoussent l’offensive tout comme leurs ancêtres l’avaient déjà fait près de deux cents ans auparavant. charlemagne_small.jpgLe successeur de Pépin est son fils Charlemagne. Avec toujours en tête de combattre les Lombards pour agrandir son pré carré –, cette fois l’opération sera un succès – Charlemagne passe à Genève en 782. A cette occasion, il délimite les cinq provinces de Savoie qui aujourd’hui encore portent le nom de Genevois, Chablais, Faucigny, Tarentaise et Maurienne. Il fait cela pour le compte de l’Eglise qui va désormais s’organiser chez nous avec cette division géographique et administrative. Toujours au service du pape, Charlemagne peut être considéré comme un bon pépé, mais dans le genre de Staline comme en témoignent ses crimes contre les paiens de Saxe. Deux ans après sa mort, en 816, on va trouver le nom de Saboia, pour la première fois écrit, dans l’acte de partage de Thionville entre les fils de Charlemagne. Une Saboia qui allait se retrouver trente ans plus tard attribuée à Lothaire, petit-fils de Charlemagne et fils de Louis le Débonnaire, qui hérita lors du traité dit des Quatre Rivières d’une partie de l’Empire allant de l’Alsace à Rome en passant par la Provence et la Lotharingie. Un traité qui laissait entrevoir les limites de ce qui allait devenir le Saint Empire romain germanique. Mais ça, c’est une autre histoire…

Henri Dénarié

25.09.2009

Une occupation tout en douceur

Une fois n’est pas coutume, Henri se réjouit d'une occupation. Et il nous rappelle que les Burgondes ont laissé sur la terre des sapins des traces indélébiles.

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L’épisode burgonde dura peu de temps, mais il marqua profondément la Savoie. Les Burgondes étaient une ethnie qui descendait du sud de l’actuelle Suède. Au terme de différentes migrations, à Nöel de l’an 405, ils traversent le Rhin gelé avant de débarquer, entre 413 et 417, dans la province Viennoise. En 422, le préfet Honorius leur abandonne l’Allobrogie. Le roi Gondicaire fait alors de Vienne sa capitale. Cette époque est mouvementée et les Burgondes se retrouvent pris en sandwich entre les Huns et les Romains. Gondicaire sera d’ailleurs tué par Attila en 436, un an après que son peuple se soit incliné face au général romain Aetius. Celui-ci les ‘‘cantonnera’’ dans certaines terres allobroges, en Yverdon et autour du lac de Neuchâtel. Les Burgondes deviennent en somme des  ‘‘réfugiés’’, des personnes déplacées. Mais en 443, la Sapaudia (ou Sabaudia), la terre des sapins, leur est attribuée par les Romains. Et en 460, le royaume Burgonde se place sur les pourtours de la Savoie d’aujourd’hui. Trois ans plus tard, l’empereur Sévère fait une dernière grâce aux Burgondes en leur confiant officiellement la gestion de ce territoire. C’est à cette période que Clovis devient, en assassinant tous les autres chefs de son peuple, le roi des Francs, mais pas de la Sabaudia. Il va épouser Clotilde, la nièce du roi burgonde Gondebaud, quelques années après avoir battu ses troupes en 486 lors du célèbre épisode du vase de Soisson. Cela prouve au moins que les Allobrogo-Burgondiens n’étaient pas dans le coup !

Sidoine Apollinaire, poète latin et chrétien qui fut préfet de Rome puis évêque de Clermont, disait que bien qu’amoureux du Léman, il n’aimait pas les Burgondes qui s’y étaient installés. Il écrivait ainsi à un ami : ‘‘Que veux-tu que je t’écrive ? Placé parmi ces bandes chevelues, obligé d’affronter des mots germaniques, de louer d’un visage souriant ce que chante le Burgonde vorace qui répand sur sa chevelure un beurre aigri… Heureux tes yeux, ton nez et tes oreilles, loin de ces géants auquel suffirait à peine la cuisine Antinoüs ! ’’  Ils avaient la santé ! C’est pourtant une forte fièvre de leur roi qui va conduire les Burgondes à devenir chrétiens. Guéri par saint Avit, Gondebaud se convertit et christianise son royaume. Et en 505, cinq ans après avoir établi sa capitale à Genève, il promulgue à Ambérieu les ‘‘lois Gombettes’’, applicables à tous ses sujets. Ces lois offrent l’équité et l’égalité des droits entre les nouveaux et les anciens habitants. Elles vont devenir la base de notre droit. En s’installant en Allobrogie, les Burgondes ne sont pas venus prendre, mais ont donné à la Savoie une paix féconde et nous ont délivrés de l’abusive fiscalité romaine. Jusqu’à leur défaite contre les Francs en 534, ce peuple aux mœurs douces exerça une occupation pacifique qui modifia profondément les Allobroges sur lesquels l’élément romain n’avait eu que peu ou point d’influence, en dehors des villes. Ils défrichèrent les forêts et amenèrent leur race bovine ainsi que le ramequin - la crème de fromage. Les Burgondes ont aussi marqué l’Allobrogie par des patronymes aujourd’hui encore familiers (Chabert, Challamel, Baud…) et tous les toponymes avec des suffixes en ‘‘inge’’ et ‘‘ens’’ (Tanninges, Bohringe, Brens, Marlens…). Pour tout cela, nous leur sommes définitivement redevables.

Henri Dénarié

08.09.2009

Le musée de l’avenir

Hervé Gaymard lance un nouveau concept : un Musée Savoisien qui parlerait de… l’avenir. Aurait-il honte de notre passé ?

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Quel monde vivons nous ! De quoi voulez-vous parler avec quiconque ? La religion n'intéresse plus grand monde (encore faudrait-il qu'"ils" y comprennent quelque chose, ou même qu'"ils" pensent à quelque chose, ce qui n'est guère évident vu le poids des medias qui vous disent tout ce qu'il faut penser). La politique ? Il est de bon ton de ne pas en parler ouvertement. Les autres ? On ne va s'ennuyer à en dire du bien et on en a déjà tellement dit du mal. Le passé ? Mais il est irrémédiablement mort ! Le présent ? Ne nous attachons pas à la conjoncture trop fragile et éphémère... Alors, une seule solution : l'avenir. Du moins, c'est l'avis de Monsieur Gaymard qui nous prévoit un Musée Savoisien ouvert sur l'avenir, alors que, manifestement, on n'a jamais bien présenté le passé de cette pauvre Savoie (voir http://www.ledauphine.com/savoie-150-anniversaire-cela-se...). Voilà qui nous promet bien des perspectives sur le Musée Savoisien, qui, paraît-il, va changer de patron en passant de la ville de Chambéry au Conseil Général. Notons d’ailleurs, une fois de plus, que la discrétion l'a emporté, puisque aucun media n'en a parlé jusqu’ici...

Il y aurait tant à faire sur le passé que l'on comprend très bien que l'on préfère parler d'avenir, ou plutôt on a tellement peu réussi à parler du passé que l'on est maintenant tenté par l'inverse. Cela ne fera pas l'affaire des touristes mais, bien sûr, plutôt celle de nos conseillers généraux autrement plus intéressés, surtout qu'ils pourront alors passer par le biais de leurs techniciens d'autant plus spécialisés qu'ils ne sont en rien liés au pays et, de ce fait, garantis contre toute partialité ou même contre tout intérêt profond. 

Qui, au conseil général, est allé visiter le nouveau musée des Alpes au fort de Bard en vallée d'Aoste, chef d'oeuvre de muséographie, de pluridisciplinarité et de pédagogie ? Nos amis valdotains ont mis le temps, mais quelle réussite ! Ne soyons pas jaloux, mais quand même, puisque, anti-racisme aidant, nous ne sommes pas plus bêtes qu'eux et, cependant, ils l'ont fait et pas nous ! Et sans orgueil nous ne pouvons pas nous plaindre ou même les envier, ce qui nous permet de continuer à dormir gentiment...

Il y a quelques mois, on parlait beaucoup au Conseil Général d'un musée de Savoie au château rénové et restauré. Mais avec le projet du Musée Savoisien, on n'en parle plus. Alors en effet que reste-t-il ? Rien ou presque, et dans l'ignorance générale, qui, au château, a connu et se rappelle l'exposition (bilingue) présentée l'an passé aux archives d'Etat de Turin sur le Saint Suaire et qui a laissé les rares Savoyards visiteurs dans une totale indifférence ? A défaut de grande histoire, parlons au moins de la "petite", mais encore faut-il trouver des volontaires.

Bref, on en arrive toujours la même conclusion. Les autorités nous disent qu'il n'y a aucun spécialiste local valable, d'où la nécessité d'en "importer". Et l'opinion de se plaindre en privé et toujours dans une totale ignorance de l'absence de toute référence culturelle locale valable... Alors que le vrai problème est celui d'une province qui a perdu le sens de ses origines et de ses particularités, faute d'une politique culturelle "bien tournée". On le voit avec l'indifférence de l'opinion vis-à-vis de l'anniversaire de 1860. On n'est pas prêt d'y renoncer avec les perspectives muséographiques actuelles.

André Palluel Guillard

28.08.2009

Au commencement étaient les Allobroges

On se devait de vous rappeler que nos ancêtres étaient les Allobroges. Portrait de ce peuple vaillant par celui qui ne chantait pas avec le coq gaulois.allobroges1.jpg

Tout d’abord une petite précision de langage : ab ruti signifie celui qui est en dehors de la route et ab usé celui qui est en dehors de l’usage. N’étant ni l’un ni l’autre, si je me retrouve en rébellion contre la mentalité françouillarde révérencielle vis à vis du "Jules-Ferrisme" ethnocideur, c’est pour être un Allobroge vaillant ! Et rappeler qu’il y a bien longtemps, alors que les marécages régnaient sur Lutèce, existait l’Allobrogie. Connus pour être ceux qui permirent à Hannibal de franchir les Alpes en 218 av JC, les Allobroges peuplaient les terres de ce qu’on appellera la Savoie. Ils ont pour origine d’avoir été, à l’Age du Fer, ceux qui auraient repoussé les Ceutrons, un peuple resté dans l’âge de bronze. Ils se divisent en trois classes : les chevaliers, les druides et le peuple d’en bas si cher à Raffarin. Le pouvoir dépend des chevaliers, mais ceux-ci sont assistés par les druides et consultent régulièrement le peuple. L’organisation politique est fédérale, la "Nation" étant divisée par Cantons ou par Tribus. Le roi est élu par les guerriers. Grâce aux écrivains grecs Strabon et Apollodore, on connaît les mœurs des Allobroges. On sait qu’avec eux, les Alpes, pourvues de richesses naturelles, sont bien cultivées. Et que s’ils partagent leur héritage entre les males, nos ancêtres respectent néanmoins énormément la famille. Les femmes sont ainsi protégées par la loi et maîtresses du foyer. Comme toujours.

Reconnus pour leur courage et leur mépris de la mort, les Allobroges sont de vaillants combattants. Mais malgré leur arme favorite, le javelot, ils vont s’incliner face aux légions romaines. En 121 av JC, quatre ans après que les Romains aient décidé de s’élargir en Allobrogie, bien qu’unis aux Arvernes, nous sommes battus sur les bords du Rhône. Commence alors la période allobrogeo-romaine qui va durer plus de 500 ans. Après une occupation initiale sévère, les Allobroges intègrent la Narbonnaise, établie en Province du Sénat Romain. Ils disposent des droits fondamentaux. L’Allobrogie est donc romaine avant Jules César, à la différence des peuples de l’ouest du Rhône qui vont devenir des "colonies" romaines. Au passage, on note que celles-ci appelleront à leur secours les Romains pour les défendre contre les invasions helvètes et teutonnes. Et lorsque Jules César les délivre, ils le "remercient" à Gergovie, avec à leur tête Vercingétorix. Suite à cette trahison, le scribe de César les dénomme "Gallias" dans les Commentaires de la guerre des Gaules, en souvenir de 390 av. JC, date à laquelle Rome fut envahit par des Gallias qui déféquèrent dans le Sénat. Les Gaulois deviennent ainsi pour César des "hommes de merde". Mais pour les romains, les Allobroges ne sont pas des Gaulois, comme on peut le voir dans l’Atlas historique Putzger où ils ne sont pas comptés avec les peuples celtes. Tout comme à nos frères africains, nous aurait-on menti sur nos ancêtres les Gaulois ? Désormais, vous savez que nos ancêtres étaient Allobroges.

Henri Dénarié

La révision des 150 ans

2010, c'est demain ! Cela va donc bientôt faire 150 ans que la Savoie est annexée à la France. Et alors que l'on s'affaire ici où là à organiser - le plus discrètement possible ? - des festivités, la Voix tenait a placer la balle sur un terrain que souhaitent éviter nos conseils généraux : l'histoire. 

On a ainsi proposé au sympathique fondateur du site 150ans.savoie.info, consacré à la Savoie du temps de l'annexion, de publier ici une fois par mois un de ses articles. Refus très poli, car cela nuirait au référencement sur google de voir dupliquer ses papiers sur différents sites. Certains ne se gènent pas pour le faire avec ceux de la Voix, mais, de notre côté, comme des naïfs du net, on se dit que c'est mieux que l'info circule, tant que les gens savent d'où elle vient. A chacun sa logique.

Donc pas d'échange de contenu en bonne et due forme, mais, de l'histoire, on va vous en donner quand même. Du moins vous en redonner, car, en guise de petite révision pour les 150 ans, on va poster sur ce blog les chroniques historiques publiées dans les treize premiers numéros de la Voix par le regretté Henri Dénarié. Des chroniques le plus souvent inspirées par le très exhaustif dâtier de l'histoire de Savoie qu'avait écrit notre historien autodidacte préféré. Avec toujours son point de vue bien tranché qui incitera peut-être certains à venir le commenter ou même le contester. C'est tout l'intérêt d'être sur un blog.

Apprêtez-vous donc à remonter bien plus loin que 1860, jusqu'aux Allobroges. Mais pour comprendre l'histoire de la Savoie, ce n'est pas plus mal d'aller à sa source. Après, que ceux qui souhaitent nous parler de l'époque de l'annexion sache que ces colonnes et cette nouvelle rubrique leurs sont bien évidemment ouvertes. Alors, André, si tu nous lis... Tes confrères aussi !