08.11.2009
« On ne doit pas éviter la question savoyarde »
Pour Philippe Meirieu, tête de liste d’Europe Ecologie en Rhône-Alpes, la région Savoie serait-elle une évidence ?

La désignation de Philippe Meirieu comme tête de liste d’Europe Ecologie en Rhône-Alpes est apparue comme une évidence. Le célèbre pédagogue a ainsi presque fait l’unanimité autour de son nom ce samedi 7 novembre à Lyon. Promouvoir la région Savoie sera-t-il aussi évident pour Europe Ecologie dans les mois qui viennent ? Mis à part Malika, notre députée bien aimée qui a une fois de plus bien parlé, personne n’a abordé le sujet à la tribune lors des assises d’Europe Ecologie. Alors au terme d’une journée durant laquelle Cécile Duflot a posé comme objectif de gagner la région afin que Rhône-Alpes devienne un territoire écologiquement exemplaire, nous avons voulu savoir si Phillippe Meirieu envisageait d’en faire aussi un terrain d’expérimentation privilégié pour le régionalisme différencié.
Philippe Meirieu, comment percevez-vous la spécificité savoyarde exprimée par Région et Peuples Solidaire et le Mouvement Région Savoie ?
Les deux départements savoyards sont animés par une réflexion très ancienne autour de l’idée régionaliste. Il faut entendre et écouter les revendications qui en découlent, car elles sont porteuses de valeurs de proximité. Elles conduisent à un moyen de rapprocher le citoyen des lieux de pouvoir tout en articulant le pays selon les particularités du territoire. Ce sont donc de vraies valeurs.
Le but du MRS, c’est la création d’une région Savoie et donc la division de Rhône-Alpes. Etes-vous prêt à cela ?
Il faut réfléchir très sérieusement à cette hypothèse.
Le respect de la revendication savoyarde passe-t-il par la présence de représentants du MRS à des places importantes sur les listes des régionales ?
Oui, et il y aura des gens de Région et peuple Solidaire, donc du Mouvement Région Savoie, sur les listes en Savoie. C’est évident.
Mais la question du régionalisme différencié, qui doit se traduire en Rhône-Alpes par la création d’une région Savoie, aura-t-elle une place centrale lors de la campagne ?
Aujourd’hui, je ne sais pas si ce sera central. Il faut d’abord que les Savoyards précisent leur position là-dessus. Mais on ne doit pas éviter de traiter la question savoyarde.
Dans l’appel aux écologistes en Rhône-Alpes qui a été lancé dernièrement, on ne parle pourtant pas de régionalisme différencié et de l’aspiration à une région Savoie. Pourquoi ?
Si cela n’a pas été notifié dans l’appel, c’est qu’il y a une forme d’évidence.
Propos recueillis par Brice Perrier
17:34 Publié dans Interviews | Lien permanent | Commentaires (12) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : europe écologie, philippe meirieu, élections, région savoie
22.10.2009
Vers la recentralisation ?
Pour l’Union démocratique bretonne, Nicolas Sarkozy annonce une recentralisation à marche forcée. La réforme territoriale lance-t-elle la campagne des régionales ?
Le projet de loi dit de « réforme territoriale et libertés locales » présenté, par Nicolas Sarkozy ce mardi à Saint-Dizier, constitue une régression sans précédent pour la démocratie territoriale depuis l'avancée des lois de décentralisation de 1982 et 1983 qui avaient donné aux régions le statut de collectivités territoriales à part entière.
Alors que la demande est grande en matière d’évolution institutionnelle : approfondissement de la décentralisation, clarification du rôle des collectivités locales… ce projet de loi ne simplifie en rien le « mille-feuille » institutionnel français, il crée même un échelon supplémentaire, la métropole ou pôle métropolitain.
Alors que partout en Europe la régionalisation avance, la France est incapable de remettre en cause son jacobinisme sclérosant d’un autre âge. Rien n’est dit sur les doublons de l’administration d’Etat en région, source de gaspillage d’argent public et de confusion des rôles. Par contre, la notion même d'intérêt régional est niée par la disparition de la clause de « compétence générale » que le législateur a confiée aux régions il y a 25 ans. Le fait régional est lui aussi remis en cause par l'instauration du mode de scrutin à base locale du « conseiller territorial », élu à deux têtes, qui siégera au Département et à la Région. Pour l’UDB, c’est une aberration et un très grave retour en arrière, car on substitue à l’assemblée régionale élue sur un projet, un assemblage d’élus de cantons.
Alors que la situation financière des collectivités locales est tendue, la logique centralisatrice et libérale du gouvernement l’amène à supprimer la taxe professionnelle, ce qui affaiblira d’autant, la déjà faible autonomie fiscale des collectivités.
Nicolas Sarkozy fait une fois de plus la démonstration de son mépris du fait territorial. Diviser pour mieux régner et mettre en œuvre sa politique libérale telle est la double ambition de ce projet de loi que l'UDB et ses élus régionaux appellent à combattre de façon radicale.
La lutte pour l'abandon de ce projet néfaste constituera assurément un des enjeux des prochaines élections régionales. L'UDB, avec Europe Ecologie Bretagne, y portera un vrai projet de démocratie territoriale et de régionalisation politique qui inclura évidemment l'indispensable réunification administrative de la Bretagne.
Mona Bras, porte-parole de l’UDB.
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13.10.2009
La Savoie droit au but
Le rassemblement régionaliste de St Félix a démontré que, en entrant dans le jeu politique, la Savoie peut l’emporter en mars prochain. Alors tous droit au but !

Il y a un an, quand on évoquait 2010, l’année des 150 ans de l’annexion, on ressentait ici ou là la crainte que cet anniversaire aille de paire avec l’enterrement de la Savoie. Faut dire que cette région que nous avons tenté de faire vivre avec La Voix des Allobroges se dirigeait apparemment sans moufeter vers une dissolution rhônalpine avec un Sarkozy qui envisageait la fin des départements. Aujourd’hui, la donne a changé. En nous rendant ce 10 octobre à St Félix, on l’a constaté de visu lors du rassemblement organisé par le Mouvement Région Savoie. Dans son style corse usant de la métaphore sportive, François Alfonsi y résumera ainsi le nouvel état des lieux politique : « La Savoie peut mettre un but en mars prochain. » Soit en savoyard : y a une occasion inespérée d’envoyer des élus régionalistes à Lyon. Des hommes ou des femmes qui figureront sur une liste, celle d’Europe Ecologie, susceptible de remporter la présidence à Charbonière tout en représentant des régions et des peuples solidaires. On pourrait ainsi bientôt voir Rhône-Alpes devenir favorable à sa scission afin de permettre à la Savoie de devenir officiellement une région. Comme pour en témoigner, Gérard Leras, président du groupe des Verts à Charbonière et candidat potentiel à la présidence de la région Rhône-Alpes, est d’ailleurs présent à St Félix.
Le MRS a donc su retourner la situation. En attirant à sa tribune deux députés européens (Malika Benarab Attou et François Alfonsi), les responsables des Verts savoyards et rhonalpins ainsi que des élus valdotains qui, tous, se positionnent clairement pour une région Savoie, il réussi même aujourd’hui un tour de force. Deux hommes en sont à l’origine, Pierre Ottin-Pecchio et Thierry Dupassieux. Ils ont pris l’initiative de rejoindre la mouvance d’Europe Ecologie en mars dernier en créant un comité thématique dédiée à la région Savoie. Cela leur a donné l’opportunité de participer activement à la campagne des Européennes avec Malika Benarab Attou et François Alfonsi pour la porter sur le terrain de la région Savoie européenne, avec le succès que l’on sait. Alors ce matin, à la tribune, Ottin-Pecchio et Dupassieux reviennent sur un printemps qui a marqué un tournant décisif de par chez nous. Un printemps qui s’est prolongé pour eux lors des journées d’été d’Europe Ecologie à Nîmes. « Il faisait très chaud, quarante degrés, se rappelle Pierre Ottin-Pecchio. Mais on a passé des moments extraordinaires. De 15 à 85 ans, tout le monde se parlait. Il y avait d’ailleurs beaucoup de femmes… et pas que des moches ! Cela m’a rappelé l’ambiance de la Sorbonne en 68. » Le sexe à tout va en moins, avouera quand même le septuagénaire…
A midi, Alain Favre, président du MRS, présente une motion exposant le nouveau positionnement de son mouvement au sein d’Europe Ecologie. Après quelques amendements réclamés par l’assistance, elle est adoptée à l’unanimité moins trois abstentions, notamment celle d’un certain Patrice Abeille, visiblement mécontent de voir le régionalisme savoyard échappé au moule savoisien qui est le sien. Mais en s’intégrant pleinement au sein d’Europe Ecologie, le MRS a choisi de changer d’optique en revenant vers les fondamentaux écologistes que défendaient déjà les régionalistes savoyards dans les années 70 et 80 (trouvez ici la motion dans son intégralité: http://www.m-r-s.fr/post/2009/10/11/Convention-du-MRS-à-...). Allez, ça s’arrose, et voici donc venu le moment de trinquer et de casser la croûte alors que s’achève cette matinée où seuls étaient conviés les membres du MRS.
Les invités sont maintenant arrivés et l’après-midi démarre avec un exposé sur le fédéralisme de Peire Costa, un Occitan de la Fédération Régions et Peuples solidaires. Il rappelle que « l’objectif du fédéralisme est de rechercher un équilibre local/universel ». Malika Attou enchaîne en affirmant que « si l’avenir se joue au niveau européen, les régions sont l’avenir de l’Europe. » Bref, vive l’Europe fédérale des régions ! Reste qu’il y a encore du pain sur la planche pour y arriver, car, selon François Alfonsi, « la Savoie connaît aujourd’hui une situation coloniale. Ce territoire devenu français dans l’histoire récente n’a même pas une instance qui permette à son peuple de faire vivre sa démocratie. C’est typique d’une domination coloniale. La Savoie doit donc exister à travers une entité administrative propre. Et les Verts peuvent le comprendre, car, chez eux, il n’y a pas beaucoup d’énarques ou de généraux à la retraite, ces piliers du système centraliste régalien. » « Un des principes coloniaux est d’ailleurs l’utilisation du territoire par la puissance coloniale, renchérit Gérard Leras. En Savoie, il n’y a pas une pratique destinée durablement à l’intérêt local. Regardez la gestion des tunnels du Mont Blanc ou du Frejus. Qu’est-ce que c’est ? De la prédation alpine ! »
En guise d’alternative à la prédation, Robert Louvain, ancien président de la région autonome du Val d'Aoste, appelle à une logique de coopération alpine qui ne soit pas qu’économique. « Le 150ème anniversaire d’une division non naturelle entre la Savoie et le Val d’Aoste doit être l’occasion de repenser nos relations. Il y a une pensée commune aux gens de montagne qui doit redevenir une source d’inspiration. Il ne faut plus de frontières fermées, mais quelque chose de très vivant. » Une région qui dépasse les frontières, voilà l’avenir d’une pensée globale combinée à une action locale. Et cela en transcendant aussi les clivages politiques ? « Droite ou gauche ? L’écologie politique, c’est autre chose. On est ailleurs, dans une troisième voie, martèle Malika Attou. L’étiquette n’est pas importante. Ce qui compte aujourd’hui, c’est d’avantage de voir que la commission Balladur envisage une recentralisation du pouvoir, alors qu’on assiste en même temps à une décentralisation du pouvoir de bitumisation avec la DTA refusée par nos élus locaux. (voir cet article sur la DTA : http://www.enviscope.com/18102-dta-alpes-nord-analyse.html) » La vie est faite de paradoxes. Maintenant, les choses peuvent aussi bouger dans le bon sens. « On est encore loin de l’Europe des régions, constate Jean Blanc, berger à Bonneval sur Arc. Mais de St Félix émerge peut-être un avenir nouveau. »
Cet avenir nouveau, il passe par quoi ? Par des élus nouveaux pardi ! « Pour changer la société, il faut aller à la bataille afin de prendre les manettes, rappelle Malika Attou. La période actuelle est très stimulante, mais il ne faut pas louper le coche. Je serai donc présente dans la campagne des régionales. » « Ces élections doivent permettre aux régionalistes de saisir des opportunités, précise François Alfonsi. Parce qu’on peut passer sa vie à avoir raison tout seul, mais à quoi ça sert ? La région Savoie passera donc par le soutien des candidats qui la demandent. Et n’oublions pas qu’en politique, le pire, c’est les points qu’on pourrait marquer et qu’on laisse filer. »
Et oui ! Des buts, c’est des buts qu’il faudra marquer en conclusion d’une campagne qui offre une opportunité unique de porter haut la vision d’une région ouverte sur l’Europe et en pleine adéquation avec ce monde entrant dans une nouvelle ère. Alors qui pour s’y frotter ? « Il faut choisir des élus teigneux, solides, ce qui ne veut pas dire guerrier, mais tenace », confie Gérard Leras. « Des gens disponibles et vigilants, enchaîne Renée Poussard, la conseillère régionale verte haut-savoyarde. Et n’oublions pas que le temps est au pragmatisme. Alors à nous de tous nous rassembler et de convaincre, car ce sont les petits ruisseaux qui font de grandes rivières. » Compris Renée, le canal allobroge rejoindra donc la vague savoyarde de 2010 pour promouvoir une Europe écologique riche de la diversité de ses territoires.
Brice Perrier
17:52 Publié dans Enquêtes et reportages | Lien permanent | Commentaires (5) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : mrs, élections, régionalisme, europe écologie
04.09.2009
Mettre ses actes en accord avec ses pensées
Jean-Jack Queyranne, président de la région Rhône-Alpes, expose dans la Voix sa politique savoyarde à six mois des régionales. Aux Savoyards de s'y mettre !
Après être revenue sur quelques fondamentaux culinaires, la Voix fait sa rentrée politique dans une saison 2009-2010 qui s’annonce passionnante. Car les élections européennes et la percée d’Europe Ecologie ont de par chez nous changé la donne. La circonscription Sud-Est a ainsi envoyé à Bruxelles deux euro-députés décidés à s’engager pour la création d’une région Savoie, le Corse François Alfonsi et la Chambérienne Malika Benarab Attou. C’est du jamais vu. Dans la ligne de mire de tout le monde, désormais, il y a les élections régionales, dont la campagne va se dérouler alors que sera débattue au Parlement la réforme des collectivités locales et qu’on s’apprêtera à commémorer en Savoie les 150 ans de l’annexion à la France. Un contexte exceptionnel, qui pourrait permettre de complètement chambouler le paysage politique régional et de donner enfin à la Savoie un nouveau statut. Mais on peut aussi craindre qu’elle ne se dissolve dans Rhône-Alpes, dans le cas où la réforme conduirait à une petite mort des départements phagocytés par des régions de tailles soi-disant européennes.
Le président de la région Rhône-Alpes semble pour sa part vouloir la chérir cette Savoie, en lui offrant une place de choix au sein d’une entité rhônalpine où notre histoire et notre identité particulières seraient mises d’avantage en avant, avec même, si les Savoyards en font la demande, quelques privilèges en matière de délégation de compétences. Selon le socialiste Jean-Jack Queyranne, un premier signe concret a d’ailleurs été donné cet été avec la reconnaissance du francoprovençal (connu aussi sous le nom d’arpitan ou tout simplement de langue savoyarde) et de l’occitan par la région Rhône-Alpes (voir http://lavoixdesallobroges.hautetfort.com/archive/2009/08...). On a donc saisi cette occasion pour aller tâter le terrain du côté de Charbonière et lancer une année politique appelée à être placée sous le signe de la région.
Jean-Jack Queyranne, que représente pour vous la reconnaissance par Rhône-Alpes des langues régionales qui a eu lieu cet été ?
C’est un acte vraiment important pour la région. Une reconnaissance, mais aussi l’engagement de lancer un certain nombre d’actions dans les domaines du patrimoine et de la création artistique. Le pire danger qui guette la culture, c’est celui de l’uniformité. Le problème se pose dans notre région, en particulier au niveau linguistique. Or les langues sont porteuses de visions du monde originales et participent à la définition de notre identité. Certaines langues sont menacées et, s’il faut défendre la place du français dans le monde, il faut aussi défendre le plurilinguisme en France. Une évolution est apparue depuis que Lionel Jospin a ratifié la charte de reconnaissance des langues régionales. Aujourd’hui, il est important de dire que les langues régionales appartiennent au patrimoine de la France.
Le jour du vote de cette reconnaissance, vous avez dit que le francoprovençal et l’occitan donnaient un sens à une région qui en était dépourvue. N’est-ce pas un aveu terrible de dire que Rhône-Alpes n’avait pas de sens ?
Ces langues donnent un sens à Rhône-Alpes dans la mesure où notre région est le reflet de son pluralisme. Notre force, c’est la diversité de nos territoires. Et si l’on a pu parler de région dépourvue de sens, c’est d’abord parce que nous sommes dépourvus d’identité historique. Rhône-Alpes n’est pas la Bretagne ou la Bourgogne.
Ou la Savoie…
La Savoie a toute sa place en Rhône-Alpes. Je ne suis pas favorable à une région Savoie, mais l’identité de la Savoie doit être reconnue dans la région Rhône-Alpes. Alors je ne sais pas si les deux départements savoyards seront amenés à se réunir, mais je suis favorable à ce que l’Assemblée des Pays de Savoie puisse avoir d’avantage de responsabilités. La région pourrait même déléguer certaines compétences.
Pourquoi ne l’a-t-elle pas fait jusqu’à présent ?
L’APS n’en a pas exprimé la volonté. Mais je suis ouvert à cette possibilité.
Les Savoyards ne veulent rien ?
Je n’irai pas jusque-là, mais l’APS s’est montrée très timorée. Elle aurait pu faire beaucoup plus.
Les Verts se sont pour leur part prononcés pour une région Savoie…
Les Verts ont ici deux structures. Une sur les deux départements savoyards et une sur les six autres départements de Rhône-Alpes. Mais je n’ai pas eu de demande particulière chez eux par rapport à la région Savoie. C’est peut-être une question d’organisation interne.
Cécile Duflot a demandé clairement cette région Savoie lors de son audition devant le comité Balladur pour la réforme des collectivités territoriales…
Je ne savais pas. Mais là, d’après l’avant-projet issu des travaux de ce comité Balladur, on est plus dans une logique de grande région que de séparation.
Vous avez déclaré que la taille ne devait pas être un élément décisif pour définir une région…
Je l’ai dit quand on parlait de lier Rhône-Alpes et l’Auvergne. Rhône-Alpes est déjà grand comme la Suisse, pas besoin de l’agrandir.
Et la Savoie ? A-t-elle la taille nécessaire pour être reconnue comme une région française ?
Je souhaite que la Savoie soit reconnue en Rhône-Alpes. Cela passe par la reconnaissance de la langue et par celle de l’histoire, notamment à l’occasion des 150 ans de l’annexion.
Les Verts vont plus loin et veulent faire de la Savoie un exemple particulièrement représentatif de ce que devrait être un régionalisme différencié. Or c’est votre principal partenaire au conseil régional et, lors des élections européennes, Europe Ecologie a fait en Rhône-Alpes de meilleurs scores que le PS, particulièrement en Savoie. Comment allez-vous vous positionner lors des régionales de 2010 avec Europe Ecologie qui devrait défendre l’idée de région Savoie ?
Il ne faut pas jouer le repli sur la Savoie, ce n’est pas ce qui fait la force de Rhône-Alpes. C’est sa diversité qui lui donne son dynamisme et sa compétitivité. Je crois que c’est aussi l’intérêt de la Savoie d’avancer dans Rhône-Alpes. Les Verts peuvent penser différemment, mais je souhaiterais plutôt des régions plus fortes.
La campagne des régionales, qui va se dérouler en pleine réforme des collectivités, sera-t-elle l’occasion de discuter de ce que doit être une région ?
Bien sûr, il faudra en parler, car le développement des régions serait une très bonne chose. Cela doit être porté par les élus et les citoyens. Et quant à savoir ce qu’il convient de faire pour la Savoie, c’est d’abord aux Savoyards et à leurs élus de le dire.
Cela vous arrangerait que la Savoie quitte Rhône-Alpes, vu qu’elle vote à droite…
Je ne fais pas ce genre de calcul. Et puis les élus de droite savoyards, ils font des grandes déclarations pour la région Savoie, mais il n’y a pas beaucoup de réalisations, à part l’orchestre des pays de Savoie. Ils en restent à des positions de principe. Le Faucigny a par exemple rapporté les déclarations de Gaymard, quasi indépendantistes, mais cela n’est pas du tout cohérent avec ce qu’il dit à Paris ou avec ce qu’il fait. Il faut mettre les actes en rapport avec ses pensées.
Et à vous, Hervé Gaymard a-t-il fait part de ses propositions pour une Savoie réunifiée ?
Pas du tout. Mais il y a quelques jours, dans le Dauphiné Libéré, il a mis beaucoup d’eau dans son vin.
Christian Monteil vous a-t-il de son côté parlé de la façon dont il envisage l’avenir des pays de Savoie ?
Non, je ne l’ai jamais entendu s’exprimer là-dessus.
Il n’y a finalement qu’Europe Ecologie qui risque de vous poser un casse-tête sur ce sujet en réclamant une région Savoie lors des régionales de 2010…
Si c’est le cas, ça ne sera pas un soucis, même si je pense que la Savoie est mieux dans Rhône-Alpes. En 1998, dans des circonstances exceptionnelles, le représentant de la Ligue savoisienne a bien voté pour moi. D’abord pour des valeurs démocratiques, en raison de la menace du Front National, mais aussi car j’avais pris des engagements pour la reconnaissance de l’identité et de l’histoire de la Savoie. Je n’ai pas eu les moyens de les mettre en application à l’époque, mais on vient de le faire avec la reconnaissance des langues régionales.
Seriez-vous en fait tout disposé à défendre l’identité savoyarde alors que nos élus ne revendiquent rien ?
Des élus de gauche portent cette identité savoyarde et la revendiquent.
Ah bon ?
Oui, notamment Bernadette Laclais à Chambéry. Elle est dans cette démarche et je pense qu’il faut la favoriser pour les festivités des 150 ans. Nous sommes d’ailleurs à ce sujet en dialogue avec de grandes collectivités.
Rhône-Alpes va-t-elle organiser un événement pour l’anniversaire de l’annexion ?
Ce n’est pas à la région de faire des projets à la place des territoires. Mais des projets vont nous être soumis, pour lesquels on prévoit une enveloppe spécifique.
Les deux départements ont-il proposé quelque chose ?
Non, pas à ce jour. Je ne sais pas s’ils ont un projet, et s’il est commun. Mais si l’APS n’avait pas un projet pour le printemps prochain, ça serait un peu décevant.
Les conseils généraux savoyards préfèrent en tout cas éviter de se pencher sur l’histoire en tenant à l’écart les sociétés savantes. C’est un peu comme si l’annexion de 1860 était un sujet tabou. On ne parle d’ailleurs que de rattachement…
Il ne faut pas de tabou. L’histoire, et surtout l’histoire récente, peut faire l’objet de débat, car il n’y a pas de pensée unique dans ce domaine. Et personne n’est jamais mort d’avoir fait un débat.
Entretien : Brice Perrier
07:00 Publié dans Interviews | Lien permanent | Commentaires (12) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : queyranne, région savoie, rhône-alpes, élections
23.05.2009
Le citoyen européen parlera-t-il esperanto ?
L’Europe, aujourd’hui, c’est quoi ? Que représente-t-elle pour l'Européen moyen qui n'ira sans doute pas voter le 7 juin prochain ? Pas grand-chose. Mais quand même au moins une monnaie, l'euro. Peut-être aussi une Commission très lointaine cherchant à concilier les exigences des Etats et celles de différents lobbies. Ou alors l’Eurovision, cette vision d’un continent où à peu près tout le monde s’exprime en anglais et où les femmes - qu’elle viennent d’Ukraine, d’Albanie ou d’Espagne - briguent la palme de la plus chaudasse en s'affairant à devenir des clones de Beyoncé. Une vision que notre invité, Kristian Garino, s’est bien gardé de regarder. Le modèle anglo-saxon dominant l’Europe comme il domine le monde, c’est le véritable fléau pour ce Savoyard qui voit la langue anglaise comme un outil utilisé par ceux qui gouvernent, principalement en coulisse, pour nous asservir. Et oui, Garino, il y va franco. Pour les dernières présidentielles (Voir Voix des allobroges n°12), la lettre qu’il a envoyée à tous les maires de France pour réclamer leur parrainage les invitait ainsi à prendre acte du « coup d’état du 11 septembre ». « Personne ne s’en est plaint dans les 150 courriers que j’ai reçus en réponse, précise-t-il. Les gens prennent de plus en plus conscience de ce genre de manipulation. » Aujourd’hui, Kristian se présente aux élections européennes dans la circonscription du Sud Est à la tête de la liste Europe Démocratie Esperanto (EDE), un parti qui sera présent dans toutes les circonscriptions françaises. Tarin installé à Chambéry enseignant l’histoire-géo - « et la citoyenneté », précise-t-il – au collège de Novalaise, il a pour ambition de faire comprendre que la pratique de l’esperanto est l’unique moyen d’arriver à une communication saine et constructive entre des Terriens, et d’abord des Européens, appelés à prendre en mains leur destin de citoyen. Et si c’était vrai ?
Kristian Garino, pourquoi se présenter aux élections européennes pour prôner l’esperanto ?
Depuis des années, on a fait pas mal de tentatives pour interpeller les députés sur le sujet, notamment à propos de l’option esperanto au bac. Mais on n’a rien obtenu et ils ont joué de notre crédulité. Alors en restant dans l’optique de toucher le public, le plus évident était d’aller aux élections européennes. Les gens de l’esperanto n’étaient pas vraiment murs pour faire ça, mais, à une poignée, on s’est quand même lancé en 2004. Aujourd’hui, EDE est largement reconnu par le mouvement esperanto. Et on peut retourner à ces élections européennes en étant plus rodé.
Des listes EDE seront-elles présentes dans plusieurs pays ?
On sera en France et en Allemagne. Normalement, on aura du être présent dans quatre ou cinq pays, mais il y a des endroits où les élections sont complètement verrouillées. En Allemagne, on demande 4000 signatures pour pouvoir présenter une liste, mais, dans certains pays, il en faut 100 000 ou alors il y a un véritable barrage financier.
Ce n’est pas le cas en France ?
Non, il n’y a pas de ticket d’entrée. Tu réunis ce que tu veux comme pognon et si tu présentes des comptes validés par un expert comptable à la commission nationale des comptes de campagne, ça ouvre le droit à une défiscalisation à 66%.
Reste à payer les bulletins…
Oui, et si jusqu’en 2007 il n’y avait pas de taille prescrite, depuis un décret passé par Sarkozy, un format A5 est exigé. C’est un peu grand. On aurait préféré faire des trucs plus petits pour économiser de l’argent et du papier. Mais les grands partis, eux, s’en moquent, car ils sont sûrs d’être remboursés en faisant au moins 3%. Ils peuvent donc se permettre d’imprimer, rien que pour la circonscription du sud est, sept millions de circulaires envoyées avec sept millions de bulletins de vote, plus sept autres millions de bulletin destinés aux mairies. Un vrai gachis écologique. Nous, avec 50 à 60 000 euros, on va quand même pouvoir mettre des bulletins partout, même si on n’en distribuera que les mairies un nombre correspondant à 10% des électeurs inscrits. Et pour la Savoie et la Drome, on a cassé notre tirelire : une profession de foi y sera envoyée dans tous les foyers inscrits. On verra si y a un impact. Mais de toute façon, la première chose qu’on veut décrocher, c’est une certaine médiatisation. Car les élections, c’est le seul moment où on peut exister. Et bien qu’on soit vu comme des utopistes, au moins, ça brasse un peu.
Pour donner un avant-goût aux Savoyards qui vont donc recevoir votre profession de foi, quel est le programme proposé par EDE ?
On prétend refonder la démocratie, même si c’est un peu emphatique. Le débat citoyen n’existe pas du tout au niveau européen. Et on pense que le préalable à ce débat, c’est une langue commune. C’est le ciment d’un état d’esprit. Mais jusque-là, l’Europe reste une étrangeté. Quand je demande à mes élèves s’ils se sentent européens, à peine deux ou trois lèvent la main. Déjà, au niveau national, les gens sont un peu débordés par la démocratie, mais, à l’échelon européen, c’est encore pire. Sans doute parce que c’est une démocratie très indirecte, court-circuitée par près de 5000 bureaux de lobbies installés à Bruxelles pour influencer le travail de la commission. Ça ne poserait pas de problème si le Parlement était un vrai contre-pouvoir, mais ce n’est pas le cas. Cette structure européenne permet à une sorte de gouvernement parallèle de faire la loi en Europe. Et depuis 1961, ils ont décrété que la langue européenne serait l’anglais. Cela permet de renforcer l’Empire américain, et même si la France joue parfois au canard noir, on arrive quand même à la tenir en laisse.
Pour vous, l’esperanto serait le seul moyen de contrer cet empire ?
C’est à mon avis le seul moyen pacifique, et je ne vois pas d’autres options que pacifiques. La violence, c’est leur méthode à eux. Mais à terme, il ne peut y avoir d’émancipation que par la culture et la démocratie. Alors la France a bien réussi l’unité linguistique par la force, en tuant les langues régionales. Et c’est cette unité linguistique qui a permis l’unité de la République. Mais on ne veut pas faire ça avec l’esperanto. Il faut accepter la diversité et toutes les langues.
Vous êtes dans une approche fédéraliste ?
Personne ne veut aujourd’hui prononcer ce mot, mais il n’y a pas d’autre solution. Au début, on voulait parler de langue fédérale, mais cela n’a pas été accepté car certains pensaient que ça ne serait pas compris et deviendrait contre-productif. Pourtant, un véritable fédéralisme est le moyen de s’opposer à des groupes de pressions multinationaux très puissants. S’il y avait une véritable répartition démocratique des compétences entre les différents échelons régionaux, nationaux et européens, ce serait beaucoup plus difficile pour les sphères de pouvoir qui se cachent derrière les Etats d’exercer leur contrôle, notamment par leur pouvoir sur la monnaie.
Et vous pensez arriver à lutter contre ses sphères de pouvoirs à l’aide d’une langue aujourd’hui ultra-marginale ?
On nous dit toujours qu’on est utopiste, mais, dans l’histoire, des utopies sont devenues des réalités, même si d’autres problèmes ont pu survenir après coup. Ne serait-ce que la pensée écologique. Ceux qui défendaient cela étaient vus il n’y a pas longtemps comme des utopistes. Et aujourd’hui, même si ça peut être récupéré, la parole écologique est sur toutes les lèvres. L’esperanto est un moyen pour le citoyen européen aujourd’hui affaibli de commencer par établir une communication. Alors l’idée est de prendre à témoin les Européens et de leur dire qu’ils doivent faire des choses eux-même. Car s’il est certain qu’on entre dans une mondialisation, le problème, c’est laquelle. Il faut donc déjà en parler et construire l’unité européenne comme une étape. Sauf que, jusqu’alors, il n’y a pas de cohésion, car il n’y a pas de langue commune.
Il y a bien l’anglais qui sert de langue internationale. Et il a peut-être l’avantage d’être une langue relativement simple…
Elle reste sélective et les locuteurs d’Angleterre auront toujours un avantage indéniable. Rien que le fait d’admettre qu’une langue nationale devienne commune, pour moi, c’est non. D’ailleurs, jamais un homme n’a vanté cela, d’où le principe du multilinguisme appliqué à l’échelon internationale, qui dit que toutes les langues se valent, même si certaines plus que d’autres. L’anglais a ainsi pu être imposé à la Banque centrale européenne, mais c’est parce que l’Empire anglo-américain a triomphé et qu’une aristocratie moderne a décidé que l’anglais devait s’imposer. Après, quand on dit que l’anglais est facile à bien parler, c’est faux, à part pour ceux qui le pratiquent de manière très courante. L’esperanto est infiniment plus facile à apprendre que l’anglais, mais c’est un discours que personne n’entend car le sujet est tabou dans les médias. L’apprentissage de l’esperanto est sept à dix fois plus rapide que celui de n’importe quelle langue. Après une heure de cour à des élèves de 6ème, je peux leur faire faire une dictée avec les correspondances phonétiques sans la moindre faute. C’est une langue d’une souplesse incroyable qui permet une communication simple et efficace. Et ce qu’on veut, c’est donner aux gens la communication universelle comme principe de base.
Combien d’hommes parlent l’esperanto dans le monde ?
Entre un… et dix millions ! En fait, c’est inchiffrable. Mais c’est une des langues les plus utilisées sur internet, car les gens qui parlent l’esperanto recherchent la communication.
Quel pourrait être le déclic qui ferait que cette langue déjà assez ancienne s’impose finalement aujourd’hui pour transformer les relations internationales ?
Je n’en sais rien. Il faudrait déjà que les gens comprennent que l’anglo-américain va nous foutre dans la merde jusqu’au coup. Car le projet anglo-américain est morbide pour la planète et Obama n’y changera rien. D’énormes défis se posent à nous qui ne pourront être résolus qu’avec une reprise en main citoyenne et une véritable prise en compte de l’environnement, de la démographie et des relations internationales. On sait qu’il va y avoir des pots cassés, mais les Européens se disent sans doute encore, dans cette crise fabriquée par d’autres, qu’ils ne s’en sortent pas trop mal. Alors le déclic arrivera peut-être quand ça fera encore un peu plus mal. Mais nous, au moins, on aura posé des jalons et dit que certaines choses existent.
Le mot de la fin en esperanto ?
Esperanto staras kiel trezoro kiu kreskas kiam disigita. (L'esperanto est un trésor qui grandit quand on le partage)
Entretien : Brice Perrier
12:45 Publié dans Interviews | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : esperanto, europe, élections, kristian garino



