11.06.2009

La Savoie super tendance

DepouillementUrne.jpgLes élections européennes ont démontré que les Savoyards étaient plus "tendance" que les autres citoyens de l'hexagone. Ils ont plutot plus boudé les urnes qu'ailleurs et ils ont plus sanctionné le PS qu'ailleurs (encore que la Haute-Savoie ne donne que 10, 90 % à Vincent Peillon alors que la Savoie le gratifie de 14, 48%). Outre le très bon score de l'UMP (32,09 et 29,20%), ils ont aussi plébicité les Verts avec un 22,19 % pour la Yaute et 19,86 % dans le 73 ! Le Modem et le FN qui avaient le vent en poupe dans nos deux départements se rangent cette fois-ci dans la moyenne nationale. Les partis à gauche du PS n'apparaissent pas au dessus des 5 % fatidiques en Haute-Savoie et font un timide 5,51 % en Savoie. C'est donc un constat de "modernité" ou en tous cas de mode, tandis que certains départements ont cédé à l'attraction du régional de l'étape - comme la Vendée avec De Villiers - ou encore ont continué à mettre en tête les socialistes - comme l'Aude et le Pas de Calais. Mais ceci relève plus du reflexe que de la volonté de marquer la crise sociale par un vote de défiance.

Concernant les élus, le seul savoyard historique de l'étape, c'est Michel Barnier qui a d'ailleurs des chances d'accéder à la présidence du parlement ou d'intégrer la commission. Mais "notre" ministre s'est fait élire à la tête de la liste UMP en Ile de France. Et dans sa courte biographie sur internet le nom de la Savoie n'apparaît même pas (http://www.euractiv.fr/priorites-de-lue-elections/article/biographies-parlement-europeen-deputes-francais-2009-2014-001702). Pas plus d'ailleurs que dans celle de la "vraie" savoyarde de l'étape envoyée à Strasbourg : Malika Benarab-Attou, militante Verte, cadre à la sécurité sociale et qui travaille effectivement en Savoie depuis quelques années aprés être arrivée du "neuf quatre" (lisez Val de Marne), comme on dit aujourd'hui.

Gérard Menachemoff

 

30.05.2009

La tentation négationniste

6a00d83452ba1569e201156f8460ad970c.jpgIl y a cinquante ans, quand le monde avait encore des certitudes forgées dans les camps de concentration et la haine totalitaire, on nous a appris, à l’école, à la maison, dans la rue, à savoir dire oui... Il y avait bien ceux qui traînaient les pieds comme les gaullistes et les communistes. Ceux-là avaient fait capoter la Communauté Européenne de Défense, mais, malgré ces accrocs, nous, les jeunes de l'époque, nous savions que dire oui c’était mieux que de ronchonner dans son coin. Même les manifs et les grèves avaient quelque chose de constructif : on savait pourquoi on bougeait, on obtenait gain de cause, un ministre tombait et on retournait au boulot content... 68 est passé par là, les slogans les plus drôles ont fait florès comme « l'interdit d'interdire », « sous les pavés la plage »... Les communistes étaient accusés d’être « fachos », de même que les gaullistes. La lutte anti-nucléaire et le Larzac donnaient le ton des grands rassemblements contestataires. Pendant ce temps, l’Europe, celle des six, puis neuf, puis douze, puis quinze, jusqu'à vingt-sept, se construisait, à l’abri du tumulte hexagonal.

En 1979, la France, qui en était toujours à cet affrontement droite gauche (souvenez-vous Giscard contre Mitterrand) se réveilla un jour avec le devoir de voter pour des... députés européens. Ni une ni deux, la vieille pratique du cumul fut appliquée par notre classe politique complètement sclérosée. Fallait aller à Strasbourg, déjà pour montrer que ce n'était pas Bruxelles le centre de tout. Les autres Européens ont honoré alors une grande dame de la politique en élisant Simone Veil au perchoir de ce premier Parlement élu au suffrage universel. Mais depuis, les Français se sont installés dans l’indicible, quand un ministre se cramponne à son siège, quand un président se défile devant la justice ou, pire, quand il reprend sans honte le contrôle des médias à son profit personnel.

Oui, les choses ont bien changé : les Français ont montré leur détestable goût du dénigrement et de la division pour amener à Strasbourg des gus qui n’avaient pas grand-chose à y faire car ils n’avaient pas de « projet européen ». Ces mêmes gus qui ne faisaient pas pour autant avancer la démocratie chez eux. Mais comment en sommes-nous arrivés à léguer aux générations montantes la méfiance vis-à-vis de notre avenir ? Les scandales qui ont agité Bruxelles ne sont rien en comparaison avec ceux qui se déroulent tous les jours sous nos yeux et la monarchisation toujours plus forte du pouvoir en France. Et pourtant c'est Bruxelles et ses lobbies qui sont montrés du doigt comme si au Palais Bourbon et au sénat français, il n'y avait pas de forces occultes qui gangrènent notre vie politique nationale de façon bien plus grave. Nous avons été montrés du doigt, en son temps, quand on a vu que la France était derrière la Grèce pour la place faite aux femmes en politique. L’Europe nous a poussé à faire le ménage chez nous dans bien des domaines. Et aujourd'hui, on accuse cette même Europe de manque de clarté, car il y a des gens de gauche et de droite qui mènent ensemble les affaires. Les Suisses, qui regardent d’assez près nos convulsions, sont amusés car, chez eux, c’est une obligation que tous les partis présents au Parlement participent aux décisions et à l’autorité fédérale. On n’a jamais vu ça en France depuis 50 ans, hormis l’horrible débauchage de tel ou tel, à droite comme à gauche, que l’on oblige à renier l'appartenance pour accéder à des responsabilités souvent légitimes. C'est bien notre système stupide qui est en cause et non celui qui, comme en Allemagne aujourd'hui, réuni la droite et la gauche (CDU et SPD) dans un gouvernement mieux à même de lutter contre la crise. 

Même les socialistes français, pourtant fervents défenseurs de l’Europe dans le passé, sont pris dans le tournis et veulent « déboulonner » la commission Baroso dans laquelle il y a pourtant des socialistes ! Heureusement, les Espagnols (aussi socialistes qu’en France !) et les Britanniques n’ont pas la même attitude bravache ! 

Autre aberration franco-française : le découpage électoral pour ce scrutin. C’est bien Paris qui a décidé de ces huit régions qui ne ressemblent à rien par peur de donner trop de sièges aux dissidents de tout poil, extrême droite et extrême gauche confondues. L'Europe demandait un scrutin de liste pour que toutes les tendances soient représentées. Et comme notre système politique est franchement réducteur, on n'a pas hésité à faire un découpage sans queue ni tête. Personne n’a véritablement moufeté ! L’Europe mérite mieux que cela tout de même ! 

1_EuroVoting.gifOn est surpris du peu d'intérêt des électeurs pour ce scrutin, mais les Français envoyés à Strasbourg font deux à trois fois moins de travail que leurs homologues des autres pays ! Ils passent leur temps dans leur circonscription, nous dit-on, mais, en fait, le vrai travail du Parlement européen se fait sans eux ! Quel gâchis ! Cette attitude « négationniste » de l’esprit français d’aujourd'hui est une plaie. Il y a un peu plus de 30 ans, quand je suis venu en Savoie, j’avais trouvé ici un comportement plus positif, moins dans le dénigrement qu’ailleurs dans l'hexagone... Malgré une certaine résistance à l’ambiance franco-française, les Savoyards sont soumis à cette dictature du « non par principe » instituée aujourd’hui en dogme. Nous devons y résister, c’est pourquoi, il faut aller voter le 7 juin prochain pour des gens, quelque soit la liste, qui ont montré leur intérêt pour les affaires intracommunautaires, pour qui l’harmonisation des normes ne correspond pas forcément à un renoncement aux valeurs. Chez les Verts, au Modem et ailleurs, ces gens-là existent. Ne croyons pas que tous sont pourris... En affirmant cela, c’est notre propre identité que nous salirions davantage. Un Savoyard, Michel Barnier, bien impliqué dans l'Europe, est en lice. Hélas, son chef lui a ordonné d’aller se battre en Ile de France. Il est obligé de se livrer à ce dernier hara kiri dans un parti totalement autoritaire. Ailleurs, c’est Vincent Peillon qui se demande quelle est la logique de son parachutage dans le Sud-est. Nos grands partis dominants sont pris de vertige antidémocratique.  Ce n’est pas une raison pour bouder les urnes, bien au contraire !

Gérard Menachemoff