03.06.2009

Vers un contrat de co-habitation ?

le loup et l agneau.jpgA l'invitation du comité local d'Europe Écologie, une rencontre organisée par Pierre Viguié, secrétaire des Verts-Région Savoie, a eu lieu à Annecy, quai des Clarisses, le 27 mai à 11 heures,  entre les chasseurs, les éleveurs et les régionalistes savoyards avec la participation de Michèle Rivasi, tête de la liste sud-est d'Europe Écologie et de Noël Mamère, député Vert de la Gironde.

Les chasseurs étaient représentés par M. François Mugnier, vice-président de la Fédération départementale des chasseurs de Haute-Savoie; les éleveurs par Christian Convert (FNSEA) et Georges Vuillet (Confédération Paysanne) associés dans une plateforme commune sur le loup; les régionalistes étaient représentés par Thierry Dupassieux et Pierre Ottin Pecchio du Mouvement Région Savoie-RPS.

Les chasseurs sont complètement exaspérés par la montée des périls pour la faune sauvage et, au delà, ses conséquences sur la perturbation des équilibres naturels, causés par le loup. Les mesures mises en place sont inefficaces et le mécontentement grandit : « on nous a menés en bateau depuis 15 ans », dit M. Mugnier.

Les éleveurs, eux, semblent désespérés. Ils constatent l'échec de leurs efforts d'adaptation et de leur politique de reconquête des alpages. Ils déplorent amèrement la faillite prévisible de leur profession, déjà avérée pour de nombreux double-actifs, qui ne peut plus s'exercer sur le terrain si particulier de la montagne ouverte au tourisme. Enfin, et surtout, ils ne croient plus aux « parlottes » et veulent des mesures efficaces tout de suite ! Sinon, ils craignent, comme les chasseurs, la généralisation d'actions incontrôlées, un pétage de plomb général avec violences inappropriées et condamnables.

Pour les régionalistes, Thierry Dupassieux déplore que le pouvoir central parisien accorde si peu d'intérêt aux drames qui déchirent les pays de Savoie où la conjonction de l'exaspération et du désespoir se sont traduits encore par des situations conflictuelles divisant des populations aux détriment de la quiétude du monde rurale si appréciable.

Michèle Rivasi, forte de son expérience du loup dans la Drôme et l'Ardèche, se dit convaincue qu'il faut passer au niveau supérieur, celui de l'Europe. Elle introduit la notion d'écologie humaine, qui n'est pas suffisamment prise en compte, y compris par les écologistes : les éleveurs, les randonneurs et les chasseurs font partie de la biodiversité du milieu montagnard. L'Union Européenne doit répondre aux menaces qu'ils subissent. Michèle Rivasi s'engage à activer, dès son élection, avec le groupe des Verts au parlement européen, la lourde mais puissante machine législative de l'U.E. afin d'adapter la convention de Berne aux réalités actuelles. Mais cela prendra du temps... et il y a urgence !

En raison de cette urgence, Noël Mamère s'engage à poser, dès ce mois de juin, une question écrite au gouvernement. Il y soulignera le problème de la co-habitation des éleveurs et de la faune sauvage avec le loup, particulièrement aigu dans les départements savoyards. Il préconisera que soit privilégiée la gestion locale, avec une délégation de pouvoir importante à des comités de gestion formés entre les parties prenantes : éleveurs, chasseurs, associations et administration.

Il reste du chemin à faire, avec Europe Écologie, avant d'arriver au contrat de co-habitation avec le loup qui rendra leur sérénité aux acteurs de la biodiversité montagnarde! Cependant, grâce à leur volonté d'écoute, à leur souci de rigueur et à leur comportement responsable, à leur attention permanente aux réalités locales, grâce aussi à Europe Écologie... les protagonistes de cette table ronde devraient sortir gagnants de cette confrontation difficile avec le loup.

Pierre Ottin Pecchio

 

01.04.2009

Qui doit être protégé ?

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Tandis que la destinée d'un monde mis en faillite par les requins de la finance se joue à deux pas de la City et que celle de notre région se décide entre politiciens à Paris sans qu'on daigne demander son avis au troupeau savoyard, dans nos montagnes, les éleveurs de brebis se mobilisent encore pour faire face à un autre type de prédateur. Car le loup demeure le cauchemar du berger. Mais à une époque où la duperie se pare de plus en plus souvent de vert, il sert aussi d’alibi écolo, bien qu’il puisse en fait devenir nuisible à la biodiversité montagnarde.

Faut-il aujourd’hui continuer à protéger le loup ou plutôt s’attacher à sauvegarder les espèces en voie de disparition que sont nos petits éleveurs et leurs brebis savoyardes Thônes et Marthod ?

Alors que la venue des beaux jours annonce pour bientôt une montée aux alpages devenue angoissante, découvrez ci-dessous le communiqué de la Confédération paysanne de Haute-Savoie qui réclame du changement dans la gestion publique du problème du loup.

 

La Confédération paysanne défend les éleveurs et la biodiversité des alpages





 

Dès le retour du loup en France, la Confédération paysanne a participé aux actions de soutien aux éleveurs qui ont défendu leur troupeau en légitime défense (en 96 dans le Var, en 2006 en Savoie) ou poursuivis pour les troubles occasionnés par la présence des patous. En Haute-Savoie, nous avons organisé en 2008 une formation regroupant une vingtaine de paysans, chasseurs et citoyens pour mieux connaître la biologie du loup, comment s'en protéger et communiquer sur les conséquences de son retour.



Actuellement, l'impact de la présence de loups sur l'activité agricole et pastorale est peu étudié par les scientifiques, pas connu par le grand public, sous-estimé par l'administration. Les alpages sont d'incontestables réserves de biodiversité, que les éleveurs gèrent, utilisent et préservent depuis 1000 ans. Les pratiques ancestrales ont permis d'élaborer un véritable équilibre écologique et paysager.



La diminution avérée du nombre de ruminants inalpés met en danger cet équilibre. La protection intégrale du loup pourrait aussi contribuer à la disparition de la race Thônes et Marthod (qui a le statut de race ovine menacée au niveau européen) et des nombreux doubles actifs qui occupent des espaces agricoles difficiles. Les rapports conflictuels entre chiens de protection et promeneurs mettent les bergers en situation d'accusés, alors qu'ils ont les pratiques les plus en conformité avec la demande sociétale.



Nous ne voulons pas en arriver à une situation à l'italienne où de nombreux loups sont braconnés et empoisonnés, été comme hiver.



C'est pourquoi nous soutenons la demande de déclassement du loup dans les textes internationaux, la révision des modalités concernant le gardiennage et les indemnisations, et la mise en place de mesures de gestion active de la population de loup.



Il ne nous apparait pas approprié de demander une zone d'exclusion départementale, car il est urgent d'obtenir rapidement un arrêté circonscrit aux secteurs Bornes-Aravis.



Le loup ne doit pas servir d'alibi à une politique agricole et territoriale qui soutiendrait une agriculture industrielle en échange de concessions aux associations environnementales sur des enjeux secondaires et dont l'intérêt écologique est controversé.



Jean VULLIET