18.06.2009
Dernière tournée aux Halles
« Ils auraient mieux fait de raser le Palais de Justice ! » À l’image, l’homme, un verre à la main, se tient tout fier de sa saillie, au milieu de ses compagnons de comptoir occupés à s’esclaffer sur ce bon mot. Cette scène est l’une des nombreuses séquences drôles ou cocasses qui émaillent le documentaire de Christophe Colonel sur la rénovation des Halles de Chambéry, Mémoire des Halles.
Grâce à une technique que l’on pourrait qualifier de sous-marine, ce jeune réalisateur, Chambérien lui-même, a su prendre son temps afin d’amadouer l’autochtone. Pendant un an, de mars 2007 à mars 2008 - date qui coïncide à l’ouverture des halles provisoires place du Palais de Justice -, Christophe a fait du bar « Chez Christiane » son QG du samedi matin, jour de marché. Dans ce lieu mythique du coin des Halles, à la patronne haute en couleur, il a su enchaîner les tournées et se mêler subrepticement aux conversations en cours. « Il fallait absolument gagner la confiance des clients du bar qui sont des habitués et éviter au maximum le coté voyeur. Alors, on était bien obligés de tourner au blanc, comme tout le monde », raconte Christophe Colonel. Mais en sachant astucieusement porter le verre au bord des lèvres, quitte à balancer en catimini son contenu dans le bac à fleurs le plus proche, il a gardé les idées claires en se focalisant sur l’objectif initial : dégainer sa micro caméra (pour plus de discrétion) et prendre le pouls de cette populace occupée à diluer dans l’alcool son émoi de voir disparaître ses Halles.
Mais réduire ce film aux seules scènes de bar serait une erreur, même si elles en constituent les moments les plus croustillants. Car c’est avec la même dextérité que Christophe Colonel, Philippe Bard (à l’origine du projet) et Jean-Paul Collomb-Gris (conseiller technique) ont traîné leurs mocassins et leur pellicules à hauteur des étales du marché et jusque dans les ruelles avoisinantes. L’aspect historique des lieux est également traité de manière intéressante par Monique Dacquin, des Amis du vieux Chambéry. Les fans d’architecture n’ont pas non plus été oubliés avec l’intervention de Robert Dussud. Il nous éclaire sur les étonnantes utilisations passées du bâtiment, avant malheureusement de se perdre un peu dans des passages un poil technique sur les différences de béton, qui ont tendance à nous laisser de marbre.
Au final, ce sont les témoignages de ce que représentaient les Halles pour les Chambériens que l’on retient. Et si la nostalgie ou même une certaine fatalité face à ce que l’on nomme le progrès semble s’imposer à mesure que le film défile, c’est que l’attachement des Chambériens pour ce lieu emblématique, où toutes les classes sociales se brassent, est réel. Ce document a en tout cas le mérite de nous montrer la vie des Halles par le coté humain de la lorgnette, loin des agitations politico-économiques qui ont accompagné ce projet de rénovation depuis plus de 40 ans… (voir La Voix des Allobroges n° 10). Juste un mot pour finir à l’intention du pilier de chez Christiane. Le Palais de Justice, au cas où vous ne le sauriez pas, c’est l’ancien Sénat de Savoie. Et ça ne rase pas !
Frédéric Delville
Visionner ce documentaire :
http://www.dailymotion.com/user/chatboite/video/x68ajb_me...
01:08 Publié dans L'Eléphantino | Lien permanent | Commentaires (6) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : chambéry, les halles, documentaire, christophe colonel
14.02.2009
Retour en résistance

Si vous êtes attentifs à la programmation des salles art et essai de Savoie et Haute-Savoie, vous aurez peut-être remarqué que le film de Gilles Perret, Walter : Retour en résistance, est actuellement projeté en avant-première dans plusieurs cinémas… Ne le manquez pas ! D’abord parce qu’il risque ne pas voir le jour sous sa forme actuelle si des poursuites sont engagées contre le réalisateur, notamment par Bernard Accoyer, député maire d’Annecy le Vieux et président de l’Assemblée Nationale. Une séquence du film nous montre une lettre menaçante de ce dernier, enjoignant Gilles Perret de ne pas utiliser l’interview qui lui a été donnée. Ensuite parce que ce film appelle nécessairement au débat. On peut être pour ou contre, mais il ne laisse pas indifférent. J’en veux pour preuve cette projection à laquelle j’ai assistée, en présence de Gilles Perret et Walter Bassan, à Seynod, le 13 février dernier. Elle a bien failli dégénérer en pugilat. D’un côté ceux qui trouvent que Perret est trop partial et qu’il fait un amalgame douteux entre la situation politique et sociale de notre pays aujourd’hui et celle de la deuxième guerre mondiale (le général Bachelet, président de l’association des Glières, est de ceux là). De l’autre, ceux qui trouvent au contraire le film très pertinent, émouvant, et qui sont encore bouleversés par les larmes de Walter à Dachau.
La question qui transparaît en filigrane tout au long du film est la suivant : où est l’esprit de Résistance aujourd’hui ?
Gilles Perret part souvent de ce qu’il connaît, de ce qui lui est proche (Cluses et le décolletage pour Ma mondialisation, quelques anciens de Passy pour Ça chauffe sur les Alpes) pour ensuite étendre son propos à une situation plus globale, en ne dissimulant jamais le caractère subjectif de sa démarche, pleinement assumé. C’est sa force, et c’est encore de cette manière qu’il procède dans de film. Walter Bassan, jeune résistant annecien de 17 ans, arrêté par la milice en 1944 sur dénonciation (un mot récemment remis au goût du jour par Eric Besson) puis déporté à Dachau, est un voisin de Gilles Perret. Walter, à plus de 80 ans, intervient inlassablement auprès des scolaires pour témoigner. Et il a gardé totalement cet esprit de combattant et de résistant qui force le respect. Perret le suit donc dans ses pérégrinations de gardien de la mémoire (notamment dans un voyage à Dachau avec des lycéens), mais aussi chez lui, lisant le Dauphiné ou bavardant avec sa femme. Walter est un homme simple, dans le meilleur sens du terme. De fil en aiguille, Perret s’interroge sur l’utilisation (la récupération) politicienne du plateau des Glières, dont Sarkozy a fait son Solutré (il y vient 3 jours avant le deuxième tour des présidentielles en 2007), met les pieds dans le plat (d’où la gêne d’Accoyer), et donne la parole aux grands humanistes que sont Stéphane Hessel ou John Berger.
Pour finir, s’il y avait un ultime argument pour vous inciter à voir ce film et à le faire exister, ce serait ces quelques images de Nicolas Sarkozy sur le plateau des Glières : il en train de plaisanter allègrement avec un groupe du troisième âge alors qu’on lui présente deux anciens résistants républicains espagnols. « Ah mais j’aime beaucoup l’Espagne, j’aime bien aussi l’Italie, je suis marié avec une italienne, vous savez ? » Et il rigole nerveusement… A pleurer, vraiment.
Xavier Depraz
19:13 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : gilles perret, documentaire, résistance
21.12.2008
Nos enfants nous accuseront
Enfin, il sera possible de voir à Chambéry le film plaidoyer en faveur de la Bio.
Nos enfants nous accuseront, de Jean-Paul Jaud, sera programmé du 24 décembre 2008 au 6 janvier 2009 au Cinéma Le Forum. Des conférences débats qui se tiendront à l'issue du film sont en préparation.
A voir seul ou en famille...
Allons soutenir un cinéma indépendant qui n'a pas peur de déranger.
Laurent Silvin

16:41 Publié dans Culture | Lien permanent | Commentaires (5) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : documentaire, bio, agriculture



