03.06.2009

Vers un contrat de co-habitation ?

le loup et l agneau.jpgA l'invitation du comité local d'Europe Écologie, une rencontre organisée par Pierre Viguié, secrétaire des Verts-Région Savoie, a eu lieu à Annecy, quai des Clarisses, le 27 mai à 11 heures,  entre les chasseurs, les éleveurs et les régionalistes savoyards avec la participation de Michèle Rivasi, tête de la liste sud-est d'Europe Écologie et de Noël Mamère, député Vert de la Gironde.

Les chasseurs étaient représentés par M. François Mugnier, vice-président de la Fédération départementale des chasseurs de Haute-Savoie; les éleveurs par Christian Convert (FNSEA) et Georges Vuillet (Confédération Paysanne) associés dans une plateforme commune sur le loup; les régionalistes étaient représentés par Thierry Dupassieux et Pierre Ottin Pecchio du Mouvement Région Savoie-RPS.

Les chasseurs sont complètement exaspérés par la montée des périls pour la faune sauvage et, au delà, ses conséquences sur la perturbation des équilibres naturels, causés par le loup. Les mesures mises en place sont inefficaces et le mécontentement grandit : « on nous a menés en bateau depuis 15 ans », dit M. Mugnier.

Les éleveurs, eux, semblent désespérés. Ils constatent l'échec de leurs efforts d'adaptation et de leur politique de reconquête des alpages. Ils déplorent amèrement la faillite prévisible de leur profession, déjà avérée pour de nombreux double-actifs, qui ne peut plus s'exercer sur le terrain si particulier de la montagne ouverte au tourisme. Enfin, et surtout, ils ne croient plus aux « parlottes » et veulent des mesures efficaces tout de suite ! Sinon, ils craignent, comme les chasseurs, la généralisation d'actions incontrôlées, un pétage de plomb général avec violences inappropriées et condamnables.

Pour les régionalistes, Thierry Dupassieux déplore que le pouvoir central parisien accorde si peu d'intérêt aux drames qui déchirent les pays de Savoie où la conjonction de l'exaspération et du désespoir se sont traduits encore par des situations conflictuelles divisant des populations aux détriment de la quiétude du monde rurale si appréciable.

Michèle Rivasi, forte de son expérience du loup dans la Drôme et l'Ardèche, se dit convaincue qu'il faut passer au niveau supérieur, celui de l'Europe. Elle introduit la notion d'écologie humaine, qui n'est pas suffisamment prise en compte, y compris par les écologistes : les éleveurs, les randonneurs et les chasseurs font partie de la biodiversité du milieu montagnard. L'Union Européenne doit répondre aux menaces qu'ils subissent. Michèle Rivasi s'engage à activer, dès son élection, avec le groupe des Verts au parlement européen, la lourde mais puissante machine législative de l'U.E. afin d'adapter la convention de Berne aux réalités actuelles. Mais cela prendra du temps... et il y a urgence !

En raison de cette urgence, Noël Mamère s'engage à poser, dès ce mois de juin, une question écrite au gouvernement. Il y soulignera le problème de la co-habitation des éleveurs et de la faune sauvage avec le loup, particulièrement aigu dans les départements savoyards. Il préconisera que soit privilégiée la gestion locale, avec une délégation de pouvoir importante à des comités de gestion formés entre les parties prenantes : éleveurs, chasseurs, associations et administration.

Il reste du chemin à faire, avec Europe Écologie, avant d'arriver au contrat de co-habitation avec le loup qui rendra leur sérénité aux acteurs de la biodiversité montagnarde! Cependant, grâce à leur volonté d'écoute, à leur souci de rigueur et à leur comportement responsable, à leur attention permanente aux réalités locales, grâce aussi à Europe Écologie... les protagonistes de cette table ronde devraient sortir gagnants de cette confrontation difficile avec le loup.

Pierre Ottin Pecchio

 

30.05.2009

La tentation négationniste

6a00d83452ba1569e201156f8460ad970c.jpgIl y a cinquante ans, quand le monde avait encore des certitudes forgées dans les camps de concentration et la haine totalitaire, on nous a appris, à l’école, à la maison, dans la rue, à savoir dire oui... Il y avait bien ceux qui traînaient les pieds comme les gaullistes et les communistes. Ceux-là avaient fait capoter la Communauté Européenne de Défense, mais, malgré ces accrocs, nous, les jeunes de l'époque, nous savions que dire oui c’était mieux que de ronchonner dans son coin. Même les manifs et les grèves avaient quelque chose de constructif : on savait pourquoi on bougeait, on obtenait gain de cause, un ministre tombait et on retournait au boulot content... 68 est passé par là, les slogans les plus drôles ont fait florès comme « l'interdit d'interdire », « sous les pavés la plage »... Les communistes étaient accusés d’être « fachos », de même que les gaullistes. La lutte anti-nucléaire et le Larzac donnaient le ton des grands rassemblements contestataires. Pendant ce temps, l’Europe, celle des six, puis neuf, puis douze, puis quinze, jusqu'à vingt-sept, se construisait, à l’abri du tumulte hexagonal.

En 1979, la France, qui en était toujours à cet affrontement droite gauche (souvenez-vous Giscard contre Mitterrand) se réveilla un jour avec le devoir de voter pour des... députés européens. Ni une ni deux, la vieille pratique du cumul fut appliquée par notre classe politique complètement sclérosée. Fallait aller à Strasbourg, déjà pour montrer que ce n'était pas Bruxelles le centre de tout. Les autres Européens ont honoré alors une grande dame de la politique en élisant Simone Veil au perchoir de ce premier Parlement élu au suffrage universel. Mais depuis, les Français se sont installés dans l’indicible, quand un ministre se cramponne à son siège, quand un président se défile devant la justice ou, pire, quand il reprend sans honte le contrôle des médias à son profit personnel.

Oui, les choses ont bien changé : les Français ont montré leur détestable goût du dénigrement et de la division pour amener à Strasbourg des gus qui n’avaient pas grand-chose à y faire car ils n’avaient pas de « projet européen ». Ces mêmes gus qui ne faisaient pas pour autant avancer la démocratie chez eux. Mais comment en sommes-nous arrivés à léguer aux générations montantes la méfiance vis-à-vis de notre avenir ? Les scandales qui ont agité Bruxelles ne sont rien en comparaison avec ceux qui se déroulent tous les jours sous nos yeux et la monarchisation toujours plus forte du pouvoir en France. Et pourtant c'est Bruxelles et ses lobbies qui sont montrés du doigt comme si au Palais Bourbon et au sénat français, il n'y avait pas de forces occultes qui gangrènent notre vie politique nationale de façon bien plus grave. Nous avons été montrés du doigt, en son temps, quand on a vu que la France était derrière la Grèce pour la place faite aux femmes en politique. L’Europe nous a poussé à faire le ménage chez nous dans bien des domaines. Et aujourd'hui, on accuse cette même Europe de manque de clarté, car il y a des gens de gauche et de droite qui mènent ensemble les affaires. Les Suisses, qui regardent d’assez près nos convulsions, sont amusés car, chez eux, c’est une obligation que tous les partis présents au Parlement participent aux décisions et à l’autorité fédérale. On n’a jamais vu ça en France depuis 50 ans, hormis l’horrible débauchage de tel ou tel, à droite comme à gauche, que l’on oblige à renier l'appartenance pour accéder à des responsabilités souvent légitimes. C'est bien notre système stupide qui est en cause et non celui qui, comme en Allemagne aujourd'hui, réuni la droite et la gauche (CDU et SPD) dans un gouvernement mieux à même de lutter contre la crise. 

Même les socialistes français, pourtant fervents défenseurs de l’Europe dans le passé, sont pris dans le tournis et veulent « déboulonner » la commission Baroso dans laquelle il y a pourtant des socialistes ! Heureusement, les Espagnols (aussi socialistes qu’en France !) et les Britanniques n’ont pas la même attitude bravache ! 

Autre aberration franco-française : le découpage électoral pour ce scrutin. C’est bien Paris qui a décidé de ces huit régions qui ne ressemblent à rien par peur de donner trop de sièges aux dissidents de tout poil, extrême droite et extrême gauche confondues. L'Europe demandait un scrutin de liste pour que toutes les tendances soient représentées. Et comme notre système politique est franchement réducteur, on n'a pas hésité à faire un découpage sans queue ni tête. Personne n’a véritablement moufeté ! L’Europe mérite mieux que cela tout de même ! 

1_EuroVoting.gifOn est surpris du peu d'intérêt des électeurs pour ce scrutin, mais les Français envoyés à Strasbourg font deux à trois fois moins de travail que leurs homologues des autres pays ! Ils passent leur temps dans leur circonscription, nous dit-on, mais, en fait, le vrai travail du Parlement européen se fait sans eux ! Quel gâchis ! Cette attitude « négationniste » de l’esprit français d’aujourd'hui est une plaie. Il y a un peu plus de 30 ans, quand je suis venu en Savoie, j’avais trouvé ici un comportement plus positif, moins dans le dénigrement qu’ailleurs dans l'hexagone... Malgré une certaine résistance à l’ambiance franco-française, les Savoyards sont soumis à cette dictature du « non par principe » instituée aujourd’hui en dogme. Nous devons y résister, c’est pourquoi, il faut aller voter le 7 juin prochain pour des gens, quelque soit la liste, qui ont montré leur intérêt pour les affaires intracommunautaires, pour qui l’harmonisation des normes ne correspond pas forcément à un renoncement aux valeurs. Chez les Verts, au Modem et ailleurs, ces gens-là existent. Ne croyons pas que tous sont pourris... En affirmant cela, c’est notre propre identité que nous salirions davantage. Un Savoyard, Michel Barnier, bien impliqué dans l'Europe, est en lice. Hélas, son chef lui a ordonné d’aller se battre en Ile de France. Il est obligé de se livrer à ce dernier hara kiri dans un parti totalement autoritaire. Ailleurs, c’est Vincent Peillon qui se demande quelle est la logique de son parachutage dans le Sud-est. Nos grands partis dominants sont pris de vertige antidémocratique.  Ce n’est pas une raison pour bouder les urnes, bien au contraire !

Gérard Menachemoff 

 

23.05.2009

Le citoyen européen parlera-t-il esperanto ?

garino.JPGL’Europe, aujourd’hui, c’est quoi ? Que représente-t-elle pour l'Européen moyen qui n'ira sans doute pas voter le 7 juin prochain ? Pas grand-chose. Mais quand même au moins une monnaie, l'euro. Peut-être aussi une Commission très lointaine cherchant à concilier les exigences des Etats et celles de différents lobbies. Ou alors l’Eurovision, cette vision d’un continent où à peu près tout le monde s’exprime en anglais et où les femmes - qu’elle viennent d’Ukraine, d’Albanie ou d’Espagne - briguent la palme de la plus chaudasse en s'affairant à devenir des clones de Beyoncé. Une vision que notre invité, Kristian Garino, s’est bien gardé de regarder. Le modèle anglo-saxon dominant l’Europe comme il domine le monde, c’est le véritable fléau pour ce Savoyard qui voit la langue anglaise comme un outil utilisé par ceux qui gouvernent, principalement en coulisse, pour nous asservir. Et oui, Garino, il y va franco. Pour les dernières présidentielles (Voir Voix des allobroges n°12), la lettre qu’il a envoyée à tous les maires de France pour réclamer leur parrainage les invitait ainsi à prendre acte du « coup d’état du 11 septembre ». « Personne ne s’en est plaint dans les 150 courriers que j’ai reçus en réponse, précise-t-il. Les gens prennent de plus en plus conscience de ce genre de manipulation. » Aujourd’hui, Kristian se présente aux élections européennes dans la circonscription du Sud Est à la tête de la liste Europe Démocratie Esperanto (EDE), un parti qui sera présent dans toutes les circonscriptions françaises. Tarin installé à Chambéry enseignant l’histoire-géo - « et la citoyenneté », précise-t-il – au collège de Novalaise, il a pour ambition de faire comprendre que la pratique de l’esperanto est l’unique moyen d’arriver à une communication saine et constructive entre des Terriens, et d’abord des Européens, appelés à prendre en mains leur destin de citoyen. Et si c’était vrai ?

Kristian Garino, pourquoi se présenter aux élections européennes pour prôner l’esperanto ?

Depuis des années, on a fait pas mal de tentatives pour interpeller les députés sur le sujet, notamment à propos de l’option esperanto au bac. Mais on n’a rien obtenu et ils ont joué de notre crédulité. Alors en restant dans l’optique de toucher le public, le plus évident était d’aller aux élections européennes. Les gens de l’esperanto n’étaient pas vraiment murs pour faire ça, mais, à une poignée, on s’est quand même lancé en 2004. Aujourd’hui, EDE est largement reconnu par le mouvement esperanto. Et on peut retourner à ces élections européennes en étant plus rodé.

Des listes EDE seront-elles présentes dans plusieurs pays ?

On sera en France et en Allemagne. Normalement, on aura du être présent dans quatre ou cinq pays, mais il y a des endroits où les élections sont complètement verrouillées. En Allemagne, on demande 4000 signatures pour pouvoir présenter une liste, mais, dans certains pays, il en faut 100 000 ou alors il y a un véritable barrage financier.

Ce n’est pas le cas en France ?

Non, il n’y a pas de ticket d’entrée. Tu réunis ce que tu veux comme pognon et si tu présentes des comptes validés par un expert comptable à la commission nationale des comptes de campagne, ça ouvre le droit à une défiscalisation à 66%.

Reste à payer les bulletins…

Oui, et si jusqu’en 2007 il n’y avait pas de taille prescrite, depuis un décret passé par Sarkozy, un format A5 est exigé. C’est un peu grand. On aurait préféré faire des trucs plus petits pour économiser de l’argent et du papier. Mais les grands partis, eux, s’en moquent, car ils sont sûrs d’être remboursés en faisant au moins 3%. Ils peuvent donc se permettre d’imprimer, rien que pour la circonscription du sud est, sept millions de circulaires envoyées avec sept millions de bulletins de vote, plus sept autres millions de bulletin destinés aux mairies. Un vrai gachis écologique. Nous, avec 50 à 60 000 euros, on va quand même pouvoir mettre des bulletins partout, même si on n’en distribuera que les mairies un nombre correspondant à 10% des électeurs inscrits. Et pour la Savoie et la Drome, on a cassé notre tirelire : une profession de foi y sera envoyée dans tous les foyers inscrits. On verra si y a un impact. Mais de toute façon, la première chose qu’on veut décrocher, c’est une certaine médiatisation. Car les élections, c’est le seul moment où on peut exister. Et bien qu’on soit vu comme des utopistes, au moins, ça brasse un peu.

Pour donner un avant-goût aux Savoyards qui vont donc recevoir votre profession de foi, quel est le programme proposé par EDE ?

On prétend refonder la démocratie, même si c’est un peu emphatique. Le débat citoyen n’existe pas du tout au niveau européen. Et on pense que le préalable à ce débat, c’est une langue commune. C’est le ciment d’un état d’esprit. Mais jusque-là, l’Europe reste une étrangeté. Quand je demande à mes élèves s’ils se sentent européens, à peine deux ou trois lèvent la main. Déjà, au niveau national, les gens sont un peu débordés par la démocratie, mais, à l’échelon européen, c’est encore pire. Sans doute parce que c’est une démocratie très indirecte, court-circuitée par près de 5000 bureaux de lobbies installés à Bruxelles pour influencer le travail de la commission. Ça ne poserait pas de problème si le Parlement était un vrai contre-pouvoir, mais ce n’est pas le cas. Cette structure européenne permet à une sorte de gouvernement parallèle de faire la loi en Europe. Et depuis 1961, ils ont décrété que la langue européenne serait l’anglais. Cela permet de renforcer l’Empire américain, et même si la France joue parfois au canard noir, on arrive quand même à la tenir en laisse.

Pour vous, l’esperanto serait le seul moyen de contrer cet empire ?

C’est à mon avis le seul moyen pacifique, et je ne vois pas d’autres options que pacifiques. La violence, c’est leur méthode à eux. Mais à terme, il ne peut y avoir d’émancipation que par la culture et la démocratie. Alors la France a bien réussi l’unité linguistique par la force, en tuant les langues régionales. Et c’est cette unité linguistique qui a permis l’unité de la République. Mais on ne veut pas faire ça avec l’esperanto. Il faut accepter la diversité et toutes les langues.

Vous êtes dans une approche fédéraliste ?

Personne ne veut aujourd’hui prononcer ce mot, mais il n’y a pas d’autre solution. Au début, on voulait parler de langue fédérale, mais cela n’a pas été accepté car certains pensaient que ça ne serait pas compris et deviendrait contre-productif. Pourtant, un véritable fédéralisme est le moyen de s’opposer à des groupes de pressions multinationaux très puissants. S’il y avait une véritable répartition démocratique des compétences entre les différents échelons régionaux, nationaux et européens, ce serait beaucoup plus difficile pour les sphères de pouvoir qui se cachent derrière les Etats d’exercer leur contrôle, notamment par leur pouvoir sur la monnaie.

Et vous pensez arriver à lutter contre ses sphères de pouvoirs à l’aide d’une langue aujourd’hui ultra-marginale ?

On nous dit toujours qu’on est utopiste, mais, dans l’histoire, des utopies sont devenues des réalités, même si d’autres problèmes ont pu survenir après coup. Ne serait-ce que la pensée écologique. Ceux qui défendaient cela étaient vus il n’y a pas longtemps comme des utopistes. Et aujourd’hui, même si ça peut être récupéré, la parole écologique est sur toutes les lèvres. L’esperanto est un moyen pour le citoyen européen aujourd’hui affaibli de commencer par établir une communication. Alors l’idée est de prendre à témoin les Européens et de leur dire qu’ils doivent faire des choses eux-même. Car s’il est certain qu’on entre dans une mondialisation, le problème, c’est laquelle. Il faut donc déjà en parler et construire l’unité européenne comme une étape. Sauf que, jusqu’alors, il n’y a pas de cohésion, car il n’y a pas de langue commune.

Il y a bien l’anglais qui sert de langue internationale. Et il a peut-être l’avantage d’être une langue relativement simple…

Elle reste sélective et les locuteurs d’Angleterre auront toujours un avantage indéniable. Rien que le fait d’admettre qu’une langue nationale devienne commune, pour moi, c’est non. D’ailleurs, jamais un homme n’a vanté cela, d’où le principe du multilinguisme appliqué à l’échelon internationale, qui dit que toutes les langues se valent, même si certaines plus que d’autres. L’anglais a ainsi pu être imposé à la Banque centrale européenne, mais c’est parce que l’Empire anglo-américain a triomphé et qu’une aristocratie moderne a décidé que l’anglais devait s’imposer. Après, quand on dit que l’anglais est facile à bien parler, c’est faux, à part pour ceux qui le pratiquent de manière très courante. L’esperanto est infiniment plus facile à apprendre que l’anglais, mais c’est un discours que personne n’entend car le sujet est tabou dans les médias. L’apprentissage de l’esperanto est sept à dix fois plus rapide que celui de n’importe quelle langue. Après une heure de cour à des élèves de 6ème, je peux leur faire faire une dictée avec les correspondances phonétiques sans la moindre faute. C’est une langue d’une souplesse incroyable qui permet une communication simple et efficace. Et ce qu’on veut, c’est donner aux gens la communication universelle comme principe de base.

Combien d’hommes parlent l’esperanto dans le monde ?

Entre un… et dix millions ! En fait, c’est inchiffrable. Mais c’est une des langues les plus utilisées sur internet, car les gens qui parlent l’esperanto recherchent la communication.

Quel pourrait être le déclic qui ferait que cette langue déjà assez ancienne s’impose finalement aujourd’hui pour transformer les relations internationales ?

Je n’en sais rien. Il faudrait déjà que les gens comprennent que l’anglo-américain va nous foutre dans la merde jusqu’au coup. Car le projet anglo-américain est morbide pour la planète et Obama n’y changera rien. D’énormes défis se posent à nous qui ne pourront être résolus qu’avec une reprise en main citoyenne et une véritable prise en compte de l’environnement, de la démographie et des relations internationales. On sait qu’il va y avoir des pots cassés, mais les Européens se disent sans doute encore, dans cette crise fabriquée par d’autres, qu’ils ne s’en sortent pas trop mal. Alors le déclic arrivera peut-être quand ça fera encore un peu plus mal. Mais nous, au moins, on aura posé des jalons et dit que certaines choses existent.

Le mot de la fin en esperanto ?

Esperanto staras kiel trezoro kiu kreskas kiam disigita. (L'esperanto est un trésor qui grandit quand on le partage)

Entretien : Brice Perrier

01.05.2009

« Développer le fédéralisme dans la fraternité »

dupassieux.jpgMembre du Mouvement Région Savoie et très proche de la Ligue Savoisienne, Thierry Dupassieux votera écologiste aux élections européennes de juin prochain. Cet homme qui cultive son jardin et son goût pour la politique a même créé, avec son ami Pierre Ottin Pecchio, un groupe de soutien à la liste Europe Ecologie axé sur la thématique de la région Savoie (http://www.europeecologie.fr/reseau/les-groupes/europe-ec...). Après avoir rempli les urnes dauphinoises, la Ligue serait-elle en train de s’incruster chez les écolos ?

Thierry Dupassieux, c’est quoi ce groupe Europe Ecologie Région Savoie ?

Au Mouvement Région Savoie et à la Ligue savoisienne, certains affichent leur positionnement écolo. C’est notre cas à Pierre Ottin Pecchio et à moi. Et là, deux choses nous ont incité à soutenir Europe-Ecologie à travers ce groupe : la position de Cécile Dufflot qui s’est prononcée pour une région Savoie (voir http://lavoixdesallobroges.hautetfort.com/archive/2009/02...) et le fait que, sur la liste du Sud Est pour les européennes, François Alfonsi, le trésorier de Régions et peuples solidaires, se trouve en seconde position.

La décision de créer ce groupe a-t-elle été prise avec les dirigeants de la Ligue et du MRS ?

On a décidé cela avec Pierre à l’occasion de l’assemblée du Mouvement Région Savoie, soutenu par Alain Favre, le président. Mais il faut savoir que des membres du MRS sont aussi à la ligue, et vice-versa. Cette fois, il a été décidé que c’était le MRS qui allait porté ça, pour rester très discret sur le côté indépendantiste, mais aussi parce que le MRS est membre de Régions et peuples solidaires qui a passé un accord au niveau national avec les Verts. Quand on a appris qu’Europe Ecologie avait mis en place un nouveau dispositif qui permet à chacun de monter un comité d’expression et de soutien axé sur la thématique de son choix, on s’est dit qu’il fallait en faire un de nature territoriale, comme d’autre en font sur les pesticides ou les problèmes de transport. On veut profiter de ce comité pour parler de fédéralisme et de Région Savoie, en mettant en avant l’article 72 de la constitution qui permet à la Savoie d’exister en tant que territoire disposant de compétences aujourd’hui exercées par Rhône-Alpes.

On pourrait penser que la Ligue cherche ici à faire de l’entrisme à Europe-ecologie, comme elle en a fait au MRS jusqu’à en prendre le contrôle…

C’est vrai que la ligue a pris le contrôle du MRS, mais, personnellement, même si je soutiens la Ligue, je n’en suis pas membre, à la différence de Pierre Ottin Pecchio. Et je ne souhaiterais rien avoir à faire avec la Ligue si elle n’acceptait pas d’adopter une position intermédiaire en prônant une région Savoie. J’ai d’ailleurs toujours dit que, sur le fond, je suis contre l’indépendance. Je suis par ailleurs membre des Verts avec qui j’ai aussi toujours été très clair. Et là, avec ce groupe, il ne s’agit pas du tout de faire de l’entrisme, mais de tenter d’arriver à une conjugaison de moyens.

Votre comité a-t-il un lien avec la liste qui va se présenter dans la circonscription du Sud Est aux européennes de juin ?

Non, les comités de soutien sont complètement indépendants des listes. Ils permettent juste d’utiliser l’outil informatique mis à disposition par Europe Ecologie.

Mais avez-vous besoin d’un agrément quelconque ?

Non.

Et que pense Europe-Ecologie de votre démarche ?

On est convié à participer au comité d’action régional et on vient d’être solliciter pour un déjeuner de travail à la Roche sur Foron le 15 mai, à l’occasion de la venue de Michèle Rivasi (ndlr : tête de liste pour le Sud Est) et François Alfonsi. Sinon, chez les Verts savoyards, environ une moitié des adhérents est pour la région Savoie, tandis que l’autre moitié y est opposée. Mais bon, je n’ai reçu aucune remarque négative jusqu’à présent. Et Malika Attou (ndlr : militante verte savoyarde qui figurera en troisième place sur la liste Europe Ecologie pour le Sud Est) ne voit aucun problème dans ce que l’on peut dire. En tant que Berbère, elle a très bien compris les enjeux du fédéralisme.

Même s’ils peuvent être divisés, les Verts se sont prononcés pour une région Savoie, tant au niveau national que savoyard. Europe-Ecologie va-t-elle porter ce sujet dans la campagne des européennes ?

Je crois que, comme dans tous les partis, ils vont éviter d’aborder la question de la réforme territoriale pendant ces élections. Car cela peut devenir un terrain électoralement glissant et à double tranchant. Alors ils ne vont pas mettre en avant la Région Savoie, mais peut-être que, dans les réunions publiques qui vont se tenir ici, le sujet pourra être abordé lors de  discussions. Avec Pierre, ce que l’on souhaite surtout, c’est arriver à conjuguer le principe de la fraternité avec celui de la diversité. Car chaque territoire doit exister avec ses spécificités. Le but n’est pas de revenir à une indépendance, mais de développer le fédéralisme dans un esprit de fraternité, et cela avec n’importe qui. Dans l’absolu, cela pourrait même se faire avec des Martiens ou des Atlantes ! Ce comité est donc un outil qu’on a saisi pour promouvoir ça, car on n’a très peu de moyens de s’exprimer et de défendre la fraternité dans la diversité.

Mais aujourd’hui, vous n’êtes que cinq dans votre comité…

Je voudrais bien que 300 ou 400 personnes s’inscrivent, mais tout le monde se méfie de tout le monde et se regarde en chien de faïence. Les Verts pensent déjà aux places sur les listes des futures régionales. Et les régionalistes disent que les Verts ne savent pas ce qu’ils veulent. Ils pensent que les Verts sont comme ci ou comme ça, tandis que les Verts voient les indépendantistes comme des gens d’extrême droite. Tout ça, c’est tout faux, mais les gens s’arrêtent là-dessus. Malgré cela, on essaie quand même d’agir positivement.

Pourquoi, selon vous, le régionalisme savoyard doit-il aller de pair avec l’écologie ?

Parce qu’on a un territoire totalement atypique dont les spécificités imposent de prendre particulièrement en compte les problématiques environnementales. Notre agriculture est très spécifique, essentiellement laitière et avec un peu de maraîchage. Elle doit tenir compte de la géographie qui a également des conséquences sur les modes de transports, sachant que la Savoie est un territoire de passage. C’est aussi un territoire très urbanisé, car, une fois qu’on enlève les alpages, les forêts, la haute montagne et les lacs, on est face à une urbanisation dix fois plus forte que dans la plupart des autres départements français. Cela pose donc un problème de gestion de l’espace. Nous avons aussi à préserver une très grande biodiversité. Il faut savoir que, si la France compte 4 000 sortes de plantes recensées, la Savoie en compte 2 000. Tout cela fait que la défense de la région Savoie passe par la défense de l’écologie. Ce n’est pas qu’un problème institutionnel, même si c’est l’article 72 qui devrait permettre aux territoires d’exister avec leur particularité.

Des particularités, il y en a aussi pas mal au sein d’Europe-Ecologie, qui veut rassembler bien au delà des Verts.  Mais avec notamment Cohn-Bendit faisant équipe avec Bové, alors qu’ils sont connus pour leurs positions opposées sur l’Europe, cette liste pour les européennes a des allures d'auberge espagnole...

Un peu, mais Cohn-Bendit et Bové peuvent évoluer. Et puis il faut arrêter avec les modes de fonctionnement technocratiques jacobins. On peut occuper des espaces différents sans avoir besoin de se confronter. Il est plus intéressant de se concentrer sur les points communs que sur les points de divergence. Et c’est tellement facile de tout détruire en quelques mots. En revanche, pour construire, il faut travailler dur.

Entretien : Brice Perrier

03.03.2009

Absurde taille européenne

Après celle des Verts, voici une nouvelle prise de position d'une formation politique encore plus minoritaire, mais qui porte des idées qu'on ferait bien de suivre en cas de réforme des collectivités territoriales, car sa philosophie, le fédéralisme, est la seule qui vaille en la matière. Découvrez donc ci-dessous un communiqué du Parti fédéraliste qui, trente cinq ans après Denis de Rougemont, fustige à nouveau l'absurde taille européenne - « qui ne veut strictement rien dire hors du jargon de la guerre commerciale » - ressortie par la commission Balladur pour inciter à des mariages contre nature.logo.gif


Régions «de taille européenne», le Parti Fédéraliste dénonce la tentation jacobine du recours aux mariages forcés

La création de 8 circonscriptions électorales européennes a déjà prouvé que les énarques étaient capables du pire. Avec l'avènement de la région « de taille européenne », ils ont récidivé. En proposant des régions regroupant 8 à 10 départements, sans aucune base historique ni humaine, les technocrates parisiens s'apprêtent à découper la France en une quinzaine de grandes régions artificielles.

Des propositions poudre aux yeux
Mariage de la Franche-Comté avec la Bourgogne, fusion de l'Auvergne et de Rhône-Alpes ou réunion de la Lorraine avec l'Alsace, les fédéralistes s'érigent contre la tentation de ce comité uniformisateur de mettre en oeuvre des redécoupages arbitraires sans fondement. D'autant que ces projets poudre aux yeux se gardent bien d'aborder les problèmes réels des collectivités territoriales.
Les questions d'organisation, de gouvernance et de financement ne se résoudront certainement pas à coup de redécoupages territoriaux mais bien par des propositions politiques courageuses : réforme fiscale, suppression du département, renforcement de la démocratie et du pouvoir local.

Absurde "taille européenne"
De plus, pour vendre leur ineptie, les tenants de ces redécoupages n'ont rien trouvé de mieux que de prétexter une absurde "taille européenne" régionale.
Absurde, parce c'est évident, la puissance d'une région européenne se mesure davantage à une cohérence économique et humaine et non pas, comme voudraient nous le faire croire les jacobins français, à quelques paramètres arithmétiques liés à la superficie ou au nombre d'habitants.

Ainsi, seule l'ignorance ou la mauvaise foi pourrait faire dire que la région de Hambourg - qui ne s'étend pas plus loin que les limites de la ville - n'enregistre aucun succès économique. Même chose pour Malte ou Luxembourg - qui ne comptent pas plus d'habitants qu'un département médian français - mais qui peuvent se targuer d'un dynamisme et d'une attractivité à toute épreuve.

Les Fédéralistes proposent des solutions simples et courageuses
Dans ses propositions au Comité Balladur, le Parti Fédéraliste a préconisé des redécoupages régionaux à la marge, basés sur une légitimité géographique, humaine et économique : réunification des deux Normandie, rattachement de la Loire-Atlantique à la Bretagne, création de la région Savoie.
Dans un même temps, les fédéralistes ont exposé que les problèmes des collectivités territoriales ne se résoudront que par une simplification des échelons politiques, une réforme budgétaire et fiscale devenue incontournable et par le renforcement de la démocratie locale et du pouvoir local.

Les propositions des fédéralistes sont consultables ici :
http://www.lesfederalistes.eu/fr/images/ComiteBalladur.pd...