08.11.2009
« On ne doit pas éviter la question savoyarde »
Pour Philippe Meirieu, tête de liste d’Europe Ecologie en Rhône-Alpes, la région Savoie serait-elle une évidence ?

La désignation de Philippe Meirieu comme tête de liste d’Europe Ecologie en Rhône-Alpes est apparue comme une évidence. Le célèbre pédagogue a ainsi presque fait l’unanimité autour de son nom ce samedi 7 novembre à Lyon. Promouvoir la région Savoie sera-t-il aussi évident pour Europe Ecologie dans les mois qui viennent ? Mis à part Malika, notre députée bien aimée qui a une fois de plus bien parlé, personne n’a abordé le sujet à la tribune lors des assises d’Europe Ecologie. Alors au terme d’une journée durant laquelle Cécile Duflot a posé comme objectif de gagner la région afin que Rhône-Alpes devienne un territoire écologiquement exemplaire, nous avons voulu savoir si Phillippe Meirieu envisageait d’en faire aussi un terrain d’expérimentation privilégié pour le régionalisme différencié.
Philippe Meirieu, comment percevez-vous la spécificité savoyarde exprimée par Région et Peuples Solidaire et le Mouvement Région Savoie ?
Les deux départements savoyards sont animés par une réflexion très ancienne autour de l’idée régionaliste. Il faut entendre et écouter les revendications qui en découlent, car elles sont porteuses de valeurs de proximité. Elles conduisent à un moyen de rapprocher le citoyen des lieux de pouvoir tout en articulant le pays selon les particularités du territoire. Ce sont donc de vraies valeurs.
Le but du MRS, c’est la création d’une région Savoie et donc la division de Rhône-Alpes. Etes-vous prêt à cela ?
Il faut réfléchir très sérieusement à cette hypothèse.
Le respect de la revendication savoyarde passe-t-il par la présence de représentants du MRS à des places importantes sur les listes des régionales ?
Oui, et il y aura des gens de Région et peuple Solidaire, donc du Mouvement Région Savoie, sur les listes en Savoie. C’est évident.
Mais la question du régionalisme différencié, qui doit se traduire en Rhône-Alpes par la création d’une région Savoie, aura-t-elle une place centrale lors de la campagne ?
Aujourd’hui, je ne sais pas si ce sera central. Il faut d’abord que les Savoyards précisent leur position là-dessus. Mais on ne doit pas éviter de traiter la question savoyarde.
Dans l’appel aux écologistes en Rhône-Alpes qui a été lancé dernièrement, on ne parle pourtant pas de régionalisme différencié et de l’aspiration à une région Savoie. Pourquoi ?
Si cela n’a pas été notifié dans l’appel, c’est qu’il y a une forme d’évidence.
Propos recueillis par Brice Perrier
17:34 Publié dans Interviews | Lien permanent | Commentaires (12) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : europe écologie, philippe meirieu, élections, région savoie
13.10.2009
La Savoie droit au but
Le rassemblement régionaliste de St Félix a démontré que, en entrant dans le jeu politique, la Savoie peut l’emporter en mars prochain. Alors tous droit au but !

Il y a un an, quand on évoquait 2010, l’année des 150 ans de l’annexion, on ressentait ici ou là la crainte que cet anniversaire aille de paire avec l’enterrement de la Savoie. Faut dire que cette région que nous avons tenté de faire vivre avec La Voix des Allobroges se dirigeait apparemment sans moufeter vers une dissolution rhônalpine avec un Sarkozy qui envisageait la fin des départements. Aujourd’hui, la donne a changé. En nous rendant ce 10 octobre à St Félix, on l’a constaté de visu lors du rassemblement organisé par le Mouvement Région Savoie. Dans son style corse usant de la métaphore sportive, François Alfonsi y résumera ainsi le nouvel état des lieux politique : « La Savoie peut mettre un but en mars prochain. » Soit en savoyard : y a une occasion inespérée d’envoyer des élus régionalistes à Lyon. Des hommes ou des femmes qui figureront sur une liste, celle d’Europe Ecologie, susceptible de remporter la présidence à Charbonière tout en représentant des régions et des peuples solidaires. On pourrait ainsi bientôt voir Rhône-Alpes devenir favorable à sa scission afin de permettre à la Savoie de devenir officiellement une région. Comme pour en témoigner, Gérard Leras, président du groupe des Verts à Charbonière et candidat potentiel à la présidence de la région Rhône-Alpes, est d’ailleurs présent à St Félix.
Le MRS a donc su retourner la situation. En attirant à sa tribune deux députés européens (Malika Benarab Attou et François Alfonsi), les responsables des Verts savoyards et rhonalpins ainsi que des élus valdotains qui, tous, se positionnent clairement pour une région Savoie, il réussi même aujourd’hui un tour de force. Deux hommes en sont à l’origine, Pierre Ottin-Pecchio et Thierry Dupassieux. Ils ont pris l’initiative de rejoindre la mouvance d’Europe Ecologie en mars dernier en créant un comité thématique dédiée à la région Savoie. Cela leur a donné l’opportunité de participer activement à la campagne des Européennes avec Malika Benarab Attou et François Alfonsi pour la porter sur le terrain de la région Savoie européenne, avec le succès que l’on sait. Alors ce matin, à la tribune, Ottin-Pecchio et Dupassieux reviennent sur un printemps qui a marqué un tournant décisif de par chez nous. Un printemps qui s’est prolongé pour eux lors des journées d’été d’Europe Ecologie à Nîmes. « Il faisait très chaud, quarante degrés, se rappelle Pierre Ottin-Pecchio. Mais on a passé des moments extraordinaires. De 15 à 85 ans, tout le monde se parlait. Il y avait d’ailleurs beaucoup de femmes… et pas que des moches ! Cela m’a rappelé l’ambiance de la Sorbonne en 68. » Le sexe à tout va en moins, avouera quand même le septuagénaire…
A midi, Alain Favre, président du MRS, présente une motion exposant le nouveau positionnement de son mouvement au sein d’Europe Ecologie. Après quelques amendements réclamés par l’assistance, elle est adoptée à l’unanimité moins trois abstentions, notamment celle d’un certain Patrice Abeille, visiblement mécontent de voir le régionalisme savoyard échappé au moule savoisien qui est le sien. Mais en s’intégrant pleinement au sein d’Europe Ecologie, le MRS a choisi de changer d’optique en revenant vers les fondamentaux écologistes que défendaient déjà les régionalistes savoyards dans les années 70 et 80 (trouvez ici la motion dans son intégralité: http://www.m-r-s.fr/post/2009/10/11/Convention-du-MRS-à-...). Allez, ça s’arrose, et voici donc venu le moment de trinquer et de casser la croûte alors que s’achève cette matinée où seuls étaient conviés les membres du MRS.
Les invités sont maintenant arrivés et l’après-midi démarre avec un exposé sur le fédéralisme de Peire Costa, un Occitan de la Fédération Régions et Peuples solidaires. Il rappelle que « l’objectif du fédéralisme est de rechercher un équilibre local/universel ». Malika Attou enchaîne en affirmant que « si l’avenir se joue au niveau européen, les régions sont l’avenir de l’Europe. » Bref, vive l’Europe fédérale des régions ! Reste qu’il y a encore du pain sur la planche pour y arriver, car, selon François Alfonsi, « la Savoie connaît aujourd’hui une situation coloniale. Ce territoire devenu français dans l’histoire récente n’a même pas une instance qui permette à son peuple de faire vivre sa démocratie. C’est typique d’une domination coloniale. La Savoie doit donc exister à travers une entité administrative propre. Et les Verts peuvent le comprendre, car, chez eux, il n’y a pas beaucoup d’énarques ou de généraux à la retraite, ces piliers du système centraliste régalien. » « Un des principes coloniaux est d’ailleurs l’utilisation du territoire par la puissance coloniale, renchérit Gérard Leras. En Savoie, il n’y a pas une pratique destinée durablement à l’intérêt local. Regardez la gestion des tunnels du Mont Blanc ou du Frejus. Qu’est-ce que c’est ? De la prédation alpine ! »
En guise d’alternative à la prédation, Robert Louvain, ancien président de la région autonome du Val d'Aoste, appelle à une logique de coopération alpine qui ne soit pas qu’économique. « Le 150ème anniversaire d’une division non naturelle entre la Savoie et le Val d’Aoste doit être l’occasion de repenser nos relations. Il y a une pensée commune aux gens de montagne qui doit redevenir une source d’inspiration. Il ne faut plus de frontières fermées, mais quelque chose de très vivant. » Une région qui dépasse les frontières, voilà l’avenir d’une pensée globale combinée à une action locale. Et cela en transcendant aussi les clivages politiques ? « Droite ou gauche ? L’écologie politique, c’est autre chose. On est ailleurs, dans une troisième voie, martèle Malika Attou. L’étiquette n’est pas importante. Ce qui compte aujourd’hui, c’est d’avantage de voir que la commission Balladur envisage une recentralisation du pouvoir, alors qu’on assiste en même temps à une décentralisation du pouvoir de bitumisation avec la DTA refusée par nos élus locaux. (voir cet article sur la DTA : http://www.enviscope.com/18102-dta-alpes-nord-analyse.html) » La vie est faite de paradoxes. Maintenant, les choses peuvent aussi bouger dans le bon sens. « On est encore loin de l’Europe des régions, constate Jean Blanc, berger à Bonneval sur Arc. Mais de St Félix émerge peut-être un avenir nouveau. »
Cet avenir nouveau, il passe par quoi ? Par des élus nouveaux pardi ! « Pour changer la société, il faut aller à la bataille afin de prendre les manettes, rappelle Malika Attou. La période actuelle est très stimulante, mais il ne faut pas louper le coche. Je serai donc présente dans la campagne des régionales. » « Ces élections doivent permettre aux régionalistes de saisir des opportunités, précise François Alfonsi. Parce qu’on peut passer sa vie à avoir raison tout seul, mais à quoi ça sert ? La région Savoie passera donc par le soutien des candidats qui la demandent. Et n’oublions pas qu’en politique, le pire, c’est les points qu’on pourrait marquer et qu’on laisse filer. »
Et oui ! Des buts, c’est des buts qu’il faudra marquer en conclusion d’une campagne qui offre une opportunité unique de porter haut la vision d’une région ouverte sur l’Europe et en pleine adéquation avec ce monde entrant dans une nouvelle ère. Alors qui pour s’y frotter ? « Il faut choisir des élus teigneux, solides, ce qui ne veut pas dire guerrier, mais tenace », confie Gérard Leras. « Des gens disponibles et vigilants, enchaîne Renée Poussard, la conseillère régionale verte haut-savoyarde. Et n’oublions pas que le temps est au pragmatisme. Alors à nous de tous nous rassembler et de convaincre, car ce sont les petits ruisseaux qui font de grandes rivières. » Compris Renée, le canal allobroge rejoindra donc la vague savoyarde de 2010 pour promouvoir une Europe écologique riche de la diversité de ses territoires.
Brice Perrier
17:52 Publié dans Enquêtes et reportages | Lien permanent | Commentaires (5) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : mrs, élections, régionalisme, europe écologie
07.10.2009
Le réveil savoyard passe par Saint-Félix
Rendez-vous samedi 10 octobre à Saint-Felix pour un rassemblement régionaliste. Avec Europe Ecologie, l'heure du réveil savoyard a sonné !
Depuis ce printemps et la campagne des élections européennes qui a conduit à l'élection de notre députée Malika Benarab-Attou, le régionalisme savoyard renaît en revenant vers ses origines écologistes.
A la veille d'une année 2010 où le 150ème anniversaire de l'annexion pourrait coincider avec une véritable reconnaissance administrative de l'entité savoyarde, le Mouvement Région Savoie organise un rassemblement régionaliste ouvert à tous. Vous pourrez y rencontrer Malika ainsi que François Alfonsi, lui aussi élu député européen dans la circonscription Sud Est sur la liste Europe Ecologie. Seront également présent des représentants des Verts et du monde associatif. Tous seront là pour échanger avec vous, répondre à vos questions et recueillir vos doléances et aspirations.
L'enjeu est simple : la Savoie pourrait dès l'année prochaine devenir une région exemplaire en expérimentant ce régionalisme différencié mis en avant par les Verts et Europe Ecologie. Aux Savoyards donc de s'y mettre et d'agir pour faire de leur région un symbole de cette diversité culturel et géographique qui doit faire la force et la richesse de la France comme de l'Europe. Dans le respect de la nature, bien sûr.
Découvrez ci-dessous le programme qui vous attends samedi et rendez-vous à l'ancienne mairie de Saint-Félix (200 route d'Aix-les-Bains) pour construire ensemble dès aujourd'hui la Savoie de demain.
RASSEMBLEMENT REGIONALISTE
Samedi 10 octobre 2009, une après-midi de rencontre et de discussion, en introduction à la campagne électorale d'Europe Ecologie pour les élections régionales de mars 2010. Accès libre.
14H00 Le régionalisme, ses réalités, ses complémentarités et ses enjeux pour l'Europe, pour Rhône-Alpes, pour la Savoie.
Avec la participation de :
Pèire Costa, Chargé de mission à la Fédération RPS,
Malika Benarab Attou, Députée européenne (Chambéry),
François Alfonsi, Député européen (Corse),
Pierre Viguié, secrétaire des Verts-Région Savoie,
Khaled Deghane, responsable associatif,
Alain Favre, Président du MRS.
16H30 Table-ronde : Que peut-on attendre d'un conseiller régional/territorial ?
Avec la participation de :
François Alfonsi, ex-Conseiller territorial à l'Assemblée régionale corse,
Gérard Leras, responsable du groupe Verts au Conseil régional Rhône-Alpes.
Renée Alice Poussard, conseillère régionale Rhône-Alpes,
Alain Favre.
Autres participations prévues: une délégation du Congrès mondial Amazigh, une délégation de la Vallée d'Aoste, des représentants de l'association La région Savoie j'y crois.
Au moment où toutes les lignes bougent, faisons aussi bouger la Savoie !
12:52 Publié dans Actu | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : mouvement région savoie, europe écologie, régionalisme
05.10.2009
Le fédéralisme différencié
La vision de la région d'Europe Ecologie est un fédéralisme différencié. Donnons vie en Savoie dès 2010 à cette région nouvelle que présente ici Tudi Kernaleggen.

La philosophie écologiste sur la question des institutions territoriales peut être résumée en trois concepts, porteurs de trois valeurs : subsidiarité (proximité), péréquation (solidarité), régionalisme (humanité). L’horizon, le sens, de ces trois valeurs est la démocratie, et elles s’inscrivent dans une vision ascendante du pouvoir.
- Le premier concept est celui de subsidiarité, porteur de la valeur de proximité.
Le principe de subsidiarité est une maxime politique et sociale selon laquelle la responsabilité d’une action publique doit être allouée à la plus petite entité capable de résoudre le problème d’elle-même. C’est une forme poussée de décentralisation. L’idée est de rapprocher au maximum le pouvoir, et donc la prise de décision mais aussi le débat politique, du citoyen.
- Le deuxième concept est celui de péréquation, porteur de la valeur de solidarité.
La péréquation est le système de transfert d’impôts entre les entités fédérées d’un État fédéral (comme dans les systèmes allemand et canadien par exemple). C’est un principe de solidarité entre les régions riches et pauvres.
- Le troisième concept est celui d’identité, porteur de la valeur d’humanité.
L’idée suggérée avec ce troisième concept est que les institutions territoriales doivent être faites avant tout pour les personnes qui y habitent. C’est-à-dire qu’il faut des institutions à taille humaine dans lesquelles les habitants se reconnaissent. Ce qui compte ce sont l’histoire, la culture, les réseaux socio-économiques, la complémentarité, la volonté de vivre ensemble, et non pas les ciseaux d’un technocrate.
L’horizon, le sens, des ces trois valeurs est la démocratie et elles s’inscrivent dans une vision ascendante et polycentrique du pouvoir.C’est-à-dire d’une part que la légitimité du pouvoir provient du citoyen, et d’autre part que chaque pouvoir doit disposer de ses contre-pouvoirs par une séparation respectée des trois pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire ; mais aussi, et on voit là l’héritage fédéraliste du mouvement écologiste, par une séparation territoriale des pouvoirs. Les régions doivent obtenir les moyens de fonctionner comme des contre-pouvoirs.
Le système politique prôné par les Verts pour mettre en application ces principes et valeurs est celui du fédéralisme différencié.
Le fédéralisme différencié prend le contre-pied radical du système centralisé jacobin. Il souhaite remplacer la pyramide des pouvoirs descendants du centre vers la périphérie et le local par une pyramide des pouvoirs ascendants de l’échelon géographiquement le plus petit à l’échelon géographiquement le plus grand, selon un principe de subsidiarité et non de hiérarchie. Ce système donnerait naissance enfin aux contre-pouvoirs territoriaux qui manquent tellement en France.
Rejetant l’unitarisme uniformisant qui prévaut en France, le fédéralisme différencié suggère au contraire l’idée, suivant le modèle espagnol ou canadien, que chaque région pourrait avoir un statut différent, des compétences différentes, en fonction de ses revendications.
Enfin, pour les écologistes, la région doit être avant tout un espace politique de débats démocratiques et de prise de décisions, et non une entreprise en concurrence avec les autres régions.
Tudi Kernalegenn : Responsable de la commission régions et fédéralisme d'Europe Ecologie
10:09 Publié dans Tribune libre | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : fédéralisme, europe écologie, démocratie
25.06.2009
Kabyle, donc têtue comme une Mauriennaise !
Elle sera notre représentante au Parlement européen (1). Et voilà une élue qui nous plait bien. Pourvu que ça dure ! Après avoir rencontré Malika Benarab-Attou, on se dit en tout cas que l’élection de cette Chambérienne qui revendique sa culture berbère est une vraie chance pour la Savoie. Car si nos conseillers généraux s’illustrent toujours par leur silence alors que se mitonne la réforme des collectivités locales, la représentante d’Europe Ecologie sera désormais l'avocate du régionalisme savoyard de Chambéry à Bruxelles. Un régionalisme qui revient vers ses fondamentaux écolos et humanistes développés dans les années 1970 pour répondre aux exigences du monde d’aujourd’hui. Tout ça grâce à cette députée verte à la chevelure violette qui a redonné des couleurs vives à la politique savoyarde, à force d’obstination. Car la Kabyle est têtue comme une Mauriennaise !
Malika Benarab-Attou, ça fait quoi de devenir députée européenne ?
Vous savez, j’ai un itinéraire de militante qui a débuté dans le monde associatif à Lyon au début des années 1980. C’était un moment où des gens se faisaient tirer dessus, simplement parce qu’ils étaient maghrébins. Et quand les coupables se retrouvaient devant la justice, ils recevaient une peine ridicule. On trouvait que la société française était globalement raciste, alors on a créé les JALB, les Jeunes Arabes de Lyon et Banlieue. On ne voulait surtout pas du mot beur, qui ne représentait pas une réalité violente. On ne voulait pas non plus de la politique d’assimilation d’une société française post-coloniale. Nous avions fédéré un mouvement politique plutôt radical avec les autres grandes villes de France et nous arrivions à nous faire entendre. Nous commencions à être assez craint par le pouvoir, car nous étions autonomes. Mais tout ça a été balayé par Mitterrand qui a créé de toutes pièces SOS racisme pour véhiculer le discours édifiant du « on s’aime tous ». Du jour au lendemain, les médias se sont mis à nous ignorer. Et sans les médias, qu’est-ce que tu peux faire en politique ?
C’est très intéressant, mais cela ne nous dit pas ce que ça vous fait d’être élue au Parlement de Strasbourg...
C’est juste pour vous dire pourquoi je reviens en politique. Car après cette époque lyonnaise, j’en suis arrivé au constat que la société française ne voulait pas de nous. Alors j’ai voulu aller voir ailleurs si l’herbe n’était pas plus verte et je suis partie aux Etats-Unis. J’étais encore Algérienne et ne souhaitais pas devenir Française. Mais aux Etats-Unis, tout le monde m’appelait la Française. Cela m’a questionné sur mon identité. Je me suis rendu compte que j’étais en fait plus française que ce que les Français m’avaient laissé croire. J’ai revu mon positionnement et je suis revenue. A la même époque, j’ai aussi eu un questionnement sur mes origines kabyles, et ma mère m’a enseigné la culture et la langue berbère.
Bien, maintenant, au moins, on vous connaît mieux. Mais, sinon, cette élection, ça ne vous a pas marqué plus que ça ?
Si, bien sûr, c’est très enthousiasmant. Car avec une troisième place sur la liste, c’était vraiment la candidature du pari. D’habitude, les Verts font dans les 10%, mais, là, il en fallait au moins 15. Alors je suis bien contente d’avoir gagné mon pari !
Même 10%, pour les Verts, c’était réservé aux grands millésimes électoraux. Mais vous pensiez quand même pouvoir être élue ?
Oui, je sentais que c’était possible. Les copains rigolaient et ne comprenaient pas pourquoi je me battais pour avoir cette troisième place sur la liste, car cela n’a pas été facile de l’obtenir. On me disait que ça ne servait à rien, qu’il n’y aurait pas plus de deux élus. Mais je suis Kabyle, donc assez têtue. En arrivant en Savoie, je me suis d’ailleurs rendue compte que les gens d’ici étaient pareils, surtout les Mauriennais. Je vois ça comme une qualité, celle de ceux qui s’accrochent, car ils sont montagnards. Les Kabyles et les Savoyards ont vraiment ça en commun. Après, cette élection, elle m’enthousiasme aussi car elle arrive à un moment important et décisif. Et je crois que l’Union Européenne est le bon niveau pour faire bouger les choses et prendre un vrai tournant. Le niveau national est un peu obsolète et l’Europe, si l’outil est bien utilisé, peut apporter des solutions dans le monde multipolaire qui est en train de se dessiner sous nos yeux. Alors au-delà de l’enthousiasme, il y a le sentiment d’une grande responsabilité. L’envie de ne pas décevoir.
Les politiques ont souvent donné l’impression qu’une place de député européen, c’est surtout une bonne planque assez bien payée où l’on peut se la couler douce car on n’a pas vraiment de comptes à rendre aux électeurs…
Le résultat de ça, c’est 60% d’abstention. Mais là, nous allons rendre des comptes aux citoyens. Je veux garder les pieds dans la glaise des territoires, même si la tête est dans les étoiles européennes. On retournera voir le peuple et on s’est engagé à faire des allers retours tous les quinze jours. Et puis j’aurais une assistante parlementaire à plein temps à Chambéry.
Vous considérez-vous comme une élue savoyarde ?
Oui, car le territoire est important. Et il y a le projet de création d’une région Savoie que les Verts ont présenté au comité Balladur pour la réforme des collectivités locales. C’est quelque chose qui me concerne aujourd’hui en tant que député, car la politique doit prendre en compte les réalités territoriales. On doit aussi favoriser une territorialisation de la production, notamment agricole, ce qui permettrait de diminuer le fret routier et les transports de marchandises. En Savoie, ce sont évidemment des problématiques qui se posent et une région permettrait de mieux prendre en compte les particularités de notre territoire.
Les Verts ont exposé à Balladur le concept de régionalisme différencié. De quoi s’agit-il ?
On ne doit pas se demander si une région doit couvrir deux ou dix départements. Ce n’est pas le problème. Il faut aussi évacuer ce comportement jacobin qui a conduit à créer des départements qui ne correspondent pas à grand-chose. La région doit avoir un fondement historique, culturel ou linguistique. La Savoie a ainsi été citée par Cécile Duflot (ndlr : secrétaire nationale des Verts) comme le cas typique de région différenciée que l’on souhaiterait avoir, car elle a une vraie cohérence qu’elle tire d’abord de son histoire.
On comprend pourquoi vous avez eu le soutien du Mouvement Région Savoie, dont certains membres ont créé un comité pour faire campagne à vos côtés, ce qui n’a pas manqué de faire grincer quelques dents au sein des Verts savoyards…
Le MRS était avec nous car il fait partie de Régions et Peuples Solidaires, avec qui les Verts ont passé un accord national. Mais il peut y avoir une méconnaissance mutuelle et le régionalisme est parfois vu comme un enfermement sur soi, alors que cela doit être un moyen d’aller vers les autres en étant bien dans ses baskets. SOS racisme, c’était de l’interculturel reposant sur du vent. Or l’interculturel est intéressant si chacun a travaillé sur sa culture, ce qui permet ensuite d’aller vers l’universel. L’idée n’est pas de se dire qu’on est le plus beau ou le meilleur, mais de faire vivre à travers les régions des cultures différentes, comme on doit préserver la biodiversité.
La région pourrait aussi être un moyen de transcender les frontières actuelles, notamment en Savoie où une région naturelle et historique nous unie au bassin lémanique et aux versants suisses et italiens du pays du Mont-Blanc. Pensez-vous que l’Europe pourrait permettre la création d’un nouveau type de structure transfrontalière ?
Beaucoup de choses bougent actuellement et je crois que l’Europe a vocation à être plus intégrée. Les Verts sont pour un vrai fédéralisme qui implique un vrai regard transfrontalier. Mais je ne crois pas à des régions transfrontalières pour tout de suite. L’Europe est encore un cumul d’Etats qui sont trop puissants. Il y a une exigence d’arriver à dépasser l’Etat-Nation, mais cela va être difficile à mettre en œuvre.
Avant d’avoir en Savoie une région transfrontalière, il faudrait de toute façon commencer par être reconnue comme une région française suite à la réforme des collectivités locales…
Oui, et chez les Verts, on estime qu’il faut véritablement simplifier le mille-feuille administratif en le réduisant à trois échelons : la communauté de communes, la région et l’Etat. On pense que le département ne sert plus à grand-chose. Alors c’est sûr que quand on dit ça, les conseillers généraux ne sont pas d’accord…
Ils ne veulent pas perdre leur poste ! On pourrait d’ailleurs penser que les Verts adoptent une telle position parce qu’ils ont très peu de conseillers généraux…
On ne doit pas faire de la politique pour avoir des postes, mais pour changer ce monde et le rendre plus vivable pour tous.
Sur quoi allez-vous travailler en tant que députée européenne ?
Je veux défendre le programme d’Europe Ecologie pour rendre la société et l’économie plus écologique. Il faut lancer de grands travaux pour arriver à une décroissance de notre empreinte écologique. On va également préparer le sommet de Copenhague sur le climat. Et puis il y a le renouvellement de la PAC qui doit aller vers de moins en moins de pesticides et de plus en plus de bio, avec une agriculture qui crée d’avantage de travail. Personnellement, je suis aussi très intéressée par les relations nord-sud et le projet d’Union pour la Méditerranée. Mais je ne vois pas cela comme Sarkozy qui souhaite d’abord permettre aux pays du Nord d’obtenir de nouveaux marchés au Sud. On doit plutôt agir pour améliorer la coopération afin de rendre les pays du sud plus vivables. Finalement, le but est surtout que l’Europe retrouve ses valeurs et notamment la fraternité qu’elle a trop souvent oubliée. L’économie, c’est bien, mais cela doit rester un moyen. Or en privilégiant l’économie et la finance, on a surtout contribué à augmenter les écarts de revenus. L’Europe doit donc redonner un espoir et une vision alors que nous vivons un tournant civilisationnel. Il faut aller vers une société où la culture ait une place importante et les peuples un vrai rôle à jouer. Y compris en Savoie !
(1) La Savoie a désormais un deuxième député européen avec l’UMP Michel Dantin qui récupère la place de Norra Berra entrée au gouvernement.
Entretien : Brice Perrier
16:19 Publié dans Interviews | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : malika benarab-attou, europe écologie, région savoie, députée
05.06.2009
Le vote utile pour une région Savoie
La Savoie a sa propre histoire ; elle doit donc bénéficier sur son territoire d'une véritable assemblée démocratique, l'Assemblée de Savoie, organe élu d'une Région Savoie, légitime revendication de simple bon sens. Pourquoi faire disparaître les siècles et les siècles d'Histoire de la Savoie qui ont précédé 1860 ? Dans un an on commémorera le 150ème anniversaire du rattachement. Les avis divergent sans doute parmi les savoyards sur le bilan de cette période récente, finalement assez courte au regard de l'Histoire. Mais, à tous, une évidence s'impose : l'Histoire de la Savoie est bien antérieure à cette date, et elle s'inscrit au cœur des Alpes.
La Savoie n'a jamais été partie prenante du « sillon rhodanien » que commande Lyon. Elle est bien plus une composante de la « République des Alpes » dont le dirigeant résistant valdotain Emile Chanoux avait, avant d'être assassiné par l'Etat italien, dessiné les contours politiques en unissant contre le fascisme les résistants alpins par delà leurs vallées. La Savoie doit valoriser son identité alpine dans le cadre de la construction européenne, et comment y parvenir sans s'appuyer sur une institution propre à la Savoie? Le rattachement à Rhône-Alpes étouffe l'identité savoyarde. Les Savoyards en ressentent une réelle frustration.
Mais, à ce jour, aucun mouvement politique n'a fait sienne cette revendication d'une Région Savoie, à l'exception des régionalistes et des écologistes. La liste Europe Ecologie réunit en effet les régionalistes de RPS (Régions et Peuples Solidaires) et l'ensemble des organisations du mouvement écologiste, et ils portent ensemble la revendication d'une Région Savoie. Les Verts l'ont fait savoir très officiellement lors des auditions menées par la « Commission Balladur » de l'Assemblée Nationale à propos de la future réforme administrative de la France. Et, dans le cadre du Rassemblement Europe Ecologie, ils réaffirment leur position en désignant un réginaliste corse en seconde position sur la liste de la Région Sud-Est, place que j'occupe derrière Michèle Rivasi, avec notamment le soutien du Mouvement Région Savoie.
Pour mieux assurer l'avenir de la Savoie, la création d'une Région peut intervenir dans le cadre de la Constitution française, et cela dès les prochaines réformes qui sont programmées suite aux travaux de la Commission Balladur. Encore faut-il en faire monter la revendication de façon explicite et forte. En donnant à Europe Ecologie un score important le 7 juin prochain, les électeurs savoyards peuvent y contribuer. Elus députés européens, nous serons avec Michèle Rivasi mobilisés pour soutenir cette démarche qui seule peut définir un avenir européen à une Région Savoie forte de son identité propre.
François ALFONSI
porte parole de Régions et Peuples Solidaires
n°2 de la liste Europe Ecologie conduite par Michèle Rivasi
09:48 Publié dans Tribune libre | Lien permanent | Commentaires (10) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : élection européenne, région savoie, europe écologie, françois alfonsi



