22.09.2009

A la con, c’est si bon

Fred est parti en virée à Thônes où il a gravi les marches du Festival international du film à la con. Là où la connerie dégage une lueur d’espoir.

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Jamais le titre honorifique de terre hospitalière n’aura aussi bien collé à une ville qu’à celle de Thônes, qui accueillait en cette fin d’été la cinquième édition du Festival International du Film à la Con. Pendant deux jours, les vendredi 11 et samedi 12 septembre, une bande de doux-dingues, tous encartés à l’asso Label Vie d’Ange, a investi la salle des fêtes de la capitale du reblochon et ses proches alentours. Objectif annoncé : mettre à l’honneur le film court amateur et surtout une certaine idée de la déconne et de la convivialité.

Samedi 12 en fin d’aprèm, on a enfilé notre plus beau costard pour assister, sapés tels des premiers communiants, à la soirée de clôture du festival. Sur le tapis rouge, ouvert à  tous et foulé aux pieds par un public transgénérationel, des serveurs aux noeuds papes XXL1-festival du film a la con 002.jpg nous accueillent, plateaux de verres de blanc et de toasts au tarama à la main. Comme ça. Simplement pour nous remercier d’être venus. Au même moment, sur scène, des groupes régionaux accompagnent notre déglutition de leur mélopées déglinguées et braillardes, soutenus par deux pom-pom girls en tenue rose et noire.

Florent, le big boss de l’événement, débarque fringué en veste mauve à paillettes, chemise blanche et noeud pape rouge vif  (définitivement l’accessoire indispensable de  la soirée). Il apostrophe un gars dans la foule : « T’as vu, j’me suis fait la moustache d’Adolf Hitler en négatif… ». Les deux comparses se marrent sur ce bout de rectangle éclairci au-dessus des lèvres. Puis, d’un bond, Flo se téléporte sur scène pour balancer au micro la suite du programme. Une annonce approximative dans laquelle on croit comprendre que, dans la salle principale, seront diffusés et récompensés les films sélectionnés pour les prestigieux… Connards d’or, pendant que les amateurs de blanc et de tarama pourront continuer à se baffrer en visionnant les quelques trente vidéos recalées et projetées en boucle au rez-de-chaussée.

Avant la grande transhumance vers la cérémonie officielle, plusieurs personnages haut en couleur font leur apparition près du bar. Un type, aux lunettes énormes, engoncé dans un costume gris trop étroit, fourre son micro sous le nez des badauds pour recueillir leurs impressions. Il est accompagné d’un grand gars en salopette, flanqué d’une caméra surdimensionnée. Ils portent un badge (com)presse. Des gamins aux cheveux gominés et lunettes de soleil jouent les producteurs blindés et arrogants entre les jambes1-1-1-1-festival du film a la con 036.jpg des gens…

Quelques instants plus tard, à l’étage, dans une salle de cinq cents places pleine à craquer, on retrouve Florent, maître de cérémonie à la décontraction déconcertante et aux déhanchés impeccables. Il lance la cérémonie. Jusqu’à minuit se succèdent ainsi vingt-sept courts métrages de six minutes maxi, mais aussi de fausses pubs pour véritables partenaires financiers du festival, défilé de mode décalé intitulé Chair de poules en cages et autres lectures de poèmes bidons vantant la vallée de Thônes. Tout ça dans une ambiance survoltée où se mêlent sifflets, cris et éclats de rires collectifs.  

Dans un coin, nommé un peu pompeusement VIP, un jury de cinq membres oeuvre dans l’ombre afin de décerner le Connard du meilleur scénario, celui du meilleur acteur (remis finalement à une actrice…) et le Grand Connard d’or. Un jury à la partialité toute relative, du propre aveu du plus barré d’entre eux, Anselme, charismatique ambassadeur de la fondue savoyarde croisé alors que nous étions sur le point d’engloutir une bonne ration de chili con carne à cinq euros l’assiette. « On est un jury corruptible, ouvert à toute proposition. » A la découverte de notre identité, il ajoutera un petit message perso pour le rédac chef : « La Voix des Allobroges ?... Vous ferez un gros bisou de ma part à Brice Perrier... ». 1-1-1-1-festival du film a la con 057.jpg

Quant aux films, ils sont autant de défis lancés au septième art. Derrière des titres tels que Les Ricains 2, Nespresso what else ou le très inspiré Controverse enfantine sur la relativité générale, on découvre des histoires aux scénarii pour le moins alambiqués. Il s’y mêle histoires d’amour à l’eau de rose, faux documentaires ou encore satires du cinéma d’auteur à la française. Les effets spéciaux à deux balles cinquante sont dignes des années 70-80, les montages foireux et les BO réunissent Sardou et Ferrat. Alors que certaines œuvres flirtent avec le génie surréaliste, d’autres sentent drôlement le fromage ou sont tout simplement nulles, mais, après tout, on s’en fout. Car de toute évidence, tout ce festival, plus proche de l’humour grolandais que des paillettes cannoises, n’est qu’un prétexte. Un prétexte à la déconne, à la libération par l’humour et l’autodérision.

1-1-1-festival du film a la con 016.jpgEn ces temps de crise, dans une société parano et surfliquée qui s’enfonce chaque jour un peu plus dans une morosité poisseuse, ces crétineries sont salvatrices. Elles agissent comme une soupape de décompression et semblent nous indiquer une autre voie, un ailleurs refuge de nos illusions perdues. L’idée qu’il existe quelque part un espoir.

Frédéric Delville

 

En exclusivité, la Voix vous offre maintenant le visionnage d’un des films présentés à Thônes cette année. Intitulé Abboie !, il est réalisé par Christophe Colonel, jeune réalisateur chambérien dont nous avons déjà présenté le film Mémoire des Halles.

http://www.dailymotion.com/user/chatboite/video/x1dxaw_ab...

11.09.2009

« Nous sommes entrés dans les temps fondus »

Depuis le Festival du film à la con de la vallée du fromage rond, l'ambassadeur Anselme nous souhaite la bienvenue dans les Années Fondues.

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Membre indéboulonable du jury du splendide Festival du film à la con qui débute ce soir à Thônes (http://www.festival-film-ala-con.com/), il évolue dans l’astral illuminé de la vallée du fromage rond où il savoure les Années Fondues. Anselme les attendait depuis la publication, au milieu des années huitante, d’un manifeste intitulé Vive la fondue !, ouvrage sans précédent qui allait lui permettre de rencontrer les producteurs de la société Musique et Fromage. « Ces suppôts de l’infâme, de l’ignoble, de la perfide raclette nous dirent amicalement bonjour et au revoir. » Malgré cela, le premier ambassadeur de la fondue entreprend de développer une nouvelle discipline, les Beaux-Arts-Ménagers. Il va alors mêler chanson et fromage dans ses spectacles comme dans sa vie. Il entreprend de réaliser la plus grande fondue du monde, mais aussi la plus petite. Il invente l’attaché-case-fondue, muni de son réchaud et de tous les ingrédients nécessaires, afin de faire partager son plat fétiche à tout moment et en tout lieu, rendant au passage sa femme jalouse de l’omniprésence de cette maîtresse fromagère.

En jouant son propre rôle dans le film des grolandais Benoît Delépine et Gustave de Kervern Avida, en 1997, notre ambassadeur trouve enfin une reconnaissance digne de son immense talent. Il en donnera une nouvelle démonstration ce week-end à Thônes, où son fils Gaston, qui retirera pour l'occasion le caquelon qu'il aime tant se mettre sur le tête, tiendra par ailleurs les platines. En attendant, on vous laisse avec cette sublime comptine pour rejoindre les temps fondus. « Nous voici dans les temps fondus et mélangés, de par le monde cuisiniers et vacanciers s’accordent à dire et à penser : Allons-nous-fondre !? Sous un soleil de plomb, dans un gros caquelon. Allons-nous-fondre ?! Dans les flammes de l’enfer, sous les radiations nucléaires. Allons-nous-fondre !? Et devenir la fondue, mangé par Père Ubu. Allons-nous-fondre ?! Avec toi ma belle F. dans l’orgasme universel. Etre ou ne pas être de… La Fondue, telle est la digestion. »

Anselme, comment es-tu devenu l’ambassadeur de la fondue ?

Comme nous devenons des adultes, je suis devenu l’ambassadeur de la fondue. Au départ, je l’accompagnais, j’en mangeais depuis l’âge de sept ans. Et puis elle s’est imposée. Des copains me demandaient d’en faire pour trente personnes, cinquante, puis six cents, mille. A une époque, j’étais très sollicité et je ne pouvais pas refuser. Je mangeais de la fondue tous les jours. Mais je n’ai pas voulu m’autoproclamer roi de la fondue. Devenir ambassadeur m’a permis d’en parler en étant moins présomptueux.

Selon toi, la fondue est à l’origine de l’humanité…

A l’ambassade académique, nous avons une hypothèse assez osée qui dit que, il y a deux cents millions d’années, sur la Pangée, le continent unique, il y avait la grande table de l’humanité où tout le monde était rassemblé pour déguster une immense fondue. Et puis les continents ont dérivé et les hommes furent séparés pour toujours.

La fondue reste quand même un plat communautaire…

C’est un des rares plats qui se partage collectivement, comme le couscous. Au contraire de la raclette qui est l’antifondue par excellence, avec les appareils d’aujourd’hui où chacun a sa petite assiette. Et puis une fondue se mange entre gens de confiance. D’ailleurs, je demande toujours dans les restaurants s’il leur arrive de servir de la fondue dans des repas d’affaire. Et bien non, la fondue se mange entre amis.

Pourquoi penses-tu que nous voici arrivés dans les Années Fondues ?

A l’aube du troisième millénaire, toutes les époques, toutes les idéologies, tous les courants artistiques sont mélangés. Nous sommes donc entrés dans les temps fondues. Ou dans l’étang fondue. Dans un orgasme universel. On sera d'ailleurs en plein dedans tout le week end lors du festival. Alors viendez tous à Thônes, dans la vallée du fromage rond !

Propos recueillis par Brice Perrier