08.09.2009
Le musée de l’avenir
Hervé Gaymard lance un nouveau concept : un Musée Savoisien qui parlerait de… l’avenir. Aurait-il honte de notre passé ?
Quel monde vivons nous ! De quoi voulez-vous parler avec quiconque ? La religion n'intéresse plus grand monde (encore faudrait-il qu'"ils" y comprennent quelque chose, ou même qu'"ils" pensent à quelque chose, ce qui n'est guère évident vu le poids des medias qui vous disent tout ce qu'il faut penser). La politique ? Il est de bon ton de ne pas en parler ouvertement. Les autres ? On ne va s'ennuyer à en dire du bien et on en a déjà tellement dit du mal. Le passé ? Mais il est irrémédiablement mort ! Le présent ? Ne nous attachons pas à la conjoncture trop fragile et éphémère... Alors, une seule solution : l'avenir. Du moins, c'est l'avis de Monsieur Gaymard qui nous prévoit un Musée Savoisien ouvert sur l'avenir, alors que, manifestement, on n'a jamais bien présenté le passé de cette pauvre Savoie (voir http://www.ledauphine.com/savoie-150-anniversaire-cela-se...). Voilà qui nous promet bien des perspectives sur le Musée Savoisien, qui, paraît-il, va changer de patron en passant de la ville de Chambéry au Conseil Général. Notons d’ailleurs, une fois de plus, que la discrétion l'a emporté, puisque aucun media n'en a parlé jusqu’ici...
Il y aurait tant à faire sur le passé que l'on comprend très bien que l'on préfère parler d'avenir, ou plutôt on a tellement peu réussi à parler du passé que l'on est maintenant tenté par l'inverse. Cela ne fera pas l'affaire des touristes mais, bien sûr, plutôt celle de nos conseillers généraux autrement plus intéressés, surtout qu'ils pourront alors passer par le biais de leurs techniciens d'autant plus spécialisés qu'ils ne sont en rien liés au pays et, de ce fait, garantis contre toute partialité ou même contre tout intérêt profond.
Qui, au conseil général, est allé visiter le nouveau musée des Alpes au fort de Bard en vallée d'Aoste, chef d'oeuvre de muséographie, de pluridisciplinarité et de pédagogie ? Nos amis valdotains ont mis le temps, mais quelle réussite ! Ne soyons pas jaloux, mais quand même, puisque, anti-racisme aidant, nous ne sommes pas plus bêtes qu'eux et, cependant, ils l'ont fait et pas nous ! Et sans orgueil nous ne pouvons pas nous plaindre ou même les envier, ce qui nous permet de continuer à dormir gentiment...
Il y a quelques mois, on parlait beaucoup au Conseil Général d'un musée de Savoie au château rénové et restauré. Mais avec le projet du Musée Savoisien, on n'en parle plus. Alors en effet que reste-t-il ? Rien ou presque, et dans l'ignorance générale, qui, au château, a connu et se rappelle l'exposition (bilingue) présentée l'an passé aux archives d'Etat de Turin sur le Saint Suaire et qui a laissé les rares Savoyards visiteurs dans une totale indifférence ? A défaut de grande histoire, parlons au moins de la "petite", mais encore faut-il trouver des volontaires.
Bref, on en arrive toujours la même conclusion. Les autorités nous disent qu'il n'y a aucun spécialiste local valable, d'où la nécessité d'en "importer". Et l'opinion de se plaindre en privé et toujours dans une totale ignorance de l'absence de toute référence culturelle locale valable... Alors que le vrai problème est celui d'une province qui a perdu le sens de ses origines et de ses particularités, faute d'une politique culturelle "bien tournée". On le voit avec l'indifférence de l'opinion vis-à-vis de l'anniversaire de 1860. On n'est pas prêt d'y renoncer avec les perspectives muséographiques actuelles.
André Palluel Guillard
07:03 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : musée, savoie, gaymard, palluel guillard
25.03.2009
Ça ne sert à rien d’en parler ?

« Y a-t-il une observation ? Une abstention ? Une opposition ? Il en est ainsi décidé. » Dans la bouche d’Hervé Gaymard, la formule revient comme un leitmotiv, sans qu’il ait besoin d’attendre, ne serait-ce qu’une seconde, une éventuelle réserve à la longue liste de décisions prises lors de ce conseil d’administration de l’Assemblée des pays de Savoie, qualifié par le Dauphiné Libéré de « séance consensuelle ». C’est le moins que l’on puisse dire, le budget et l’attribution de nombreuses subventions données par l’APS ayant systématiquement été adoptés à l’unanimité, que cela concerne le secteur touristique, la culture - avec notamment 225 000 euros consacrés aux cérémonies d’anniversaire d’une annexion devenue pour ses 150 ans un « rattachement » -, l’agriculture ou l’université de Savoie.
Si l’on se trouve au château de Chambéry en ce vendredi 20 mars, ce n’est pas pour vous faire le détail des subventions accordées par l’APS ou pour vous informer que ses comptes sont bien tenus – sachez quand même qu’il y a eu un solde positif de 1,2 million d’euros en 2008. En fait, on espère assister à un nouvel épisode de ce feuilleton de l’année 2009 qui, même s’il indiffère sans doute une grande partie des habitants des pays de Savoie, nous intéresse car il concerne tout simplement la façon dont s’exercera la démocratie sur le territoire savoyard. On parle évidemment du projet de réforme des collectivités locales qui était à l’ordre du jour de la dernière réunion de l’APS où les conseillers généraux savoyards avaient été incapables d’adopter une position commune, tout le monde attendant le verdict de la commission Balladur. Celui-ci est tombé début mars, préconisant notamment ce que tous nos élus craignaient : la suppression de la clause de compétence générale pour les départements. On pouvait donc penser que cela serait évoqué lors de ce conseil d’administration. Ben non, ce fut au contraire une nouvelle fois la loi du silence qui s’imposa.
Le seul sujet hors budget 2009 évoqué lors de cette réunion fut la victoire d’Annecy dans la course française à la candidature aux J.O. d’hiver de 2018. Un projet qui pourrait bien sûr symboliser l’entente inter-départementale qu’est censée rendre effective l’APS. Une véritable vision savoyarde permettrait d'ailleurs aux promoteurs de ces Jeux de tenir une de leurs principales promesses de campagne, jusqu’ici totalement fallacieuse, celle qui dit que 70 à 80% des infrastructures nécessaires à ces Jeux sont déjà existantes. Pour que cesse ce mensonge, il faudrait en effet envisager une répartition des sites olympiques entre nos deux départements, car, en fait, les infrastructures existantes susceptibles d’accueillir des épreuves olympiques sont situées dans le 73, qu’il s’agisse du tremplin de Courchevel ou du Phare de Chambéry. Or seule la piste de bob de la Plagne fait partie du projet annecien (elle était d’ailleurs aussi dans celui de Grenoble) et constitue en réalité l’unique infrastructure conséquente déjà existante dont l'utilisation est prévue selon les plans actuels du team olympique haut-savoyard, qui envisage de construire trois patinoires et un tremplin de saut. Il aurait donc été logique de voir l’APS proposer à Christian Monteil d’utiliser ces infrastructures savoyardes, mais on s’est cantonné à féliciter le président de la Yaute pour sa victoire. « Vous savez, ce sont les jeux de la Haute-Savoie, pas de la Savoie, me glissera à la fin de la réunion Pierre Losserand, conseiller général de Faverges. Et puis pour les infrastructures, on a quand même les routes qui existent déjà. » C’est sûr, et y a également les montagnes, et puis aussi la neige. Du moins on en a eu cet hiver…
Continuant la causette avec le sympathique Pierre Losserand, j’aborde le sujet qui nous a conduit ici, la réforme des collectivités territoriales et ce fameux rapport Balladur dont on n’a pas parlé aujourd’hui. « Je regrette que les deux départements ne trouvent pas une voix commune sur ce sujet, confie le conseiller général. J’aurais bien vu quelque chose qui rassemble les deux Savoie, voire en y rajoutant l’Isère. Mais là, avec la suppression de la compétence générale, c’est en fait la fin de nos compétences dont il s’agit. Car si l’action du département se limite à distribuer le RMI, on peut confier ça à des administratifs, pas besoin d’élus. Mon choix, c’était la région Savoie, mais aujourd’hui je suis assez perplexe, car cela n’a pas été discuté au niveau de la commission Balladur. Pourtant, depuis Faverges, je ne vois vraiment pas de différence entre nos deux départements. Alors j’espère qu’on en reparlera. Et pour la grande Savoie, je compte sur nos grands élus ! »
Des élus, grands ou petits, je serais bien aller discuter avec d’autres que celui de Faverges. Mais alors que la réunion est à peine terminée depuis cinq minutes, tout le monde est déjà loin, sauf Hervé Gaymard qui finit de répondre aux questions de quelques journalistes devant la caméra de 8 Mont Blanc. Je me dirige donc vers le président de l’APS, qu’on peut assurément qualifier de grand élu savoyard, pour recueillir son point de vue. Un point de vue express car Gaymard est lui aussi sur le départ. « En fait, on ne peut rien en dire de ce projet de réforme des collectivités, car il n’y a pas de projet. » Mais monsieur le président, et le rapport Balladur, c’est quoi ? « C’est un projet très intéressant, et l’idée des conseillers territoriaux qui siègent à la fois au département et à la région me plait beaucoup. Mais il y a deux choses qui ne vont pas : l’élection à la proportionnelle et la suppression de la clause générale de compétence. » Justement, la suppression de la compétence générale semblait pour la plupart des conseillers généraux un motif qui justifierait le rassemblement des deux départements savoyards, afin de se battre ensemble pour garder cette compétence. Ce rassemblement ne doit-il donc pas être aujourd’hui à l’ordre du jour ? « En ce qui concerne ce rassemblement, soit on arrive à garder la compétence générale et l’on pourra se contenter d’une APS qui va plus loin, soit le département devient une simple circonscription régionale et il faudra alors créer une institution nouvelle. Maintenant, ça ne sert à rien d’en parler, tant qu’on n’a pas le résultat des courses. Il faut attendre le projet de loi. »
Alors que Michel Bouvard appelait ici même la semaine dernière les Savoyards à s’approprier le rapport Balladur afin de devenir de véritables acteurs d’un processus qui leur permettrait de conserver voire d’accroître leur capacité à agir sur leur territoire, Hervé Gaymard nous dit donc pour sa part qu’il est inutile d’en parler et qu’il faut attendre que le verdict tombe d’en haut pour éventuellement réagir. Bien que tous deux favorables à une espèce de région Savoie, même si elle ne dit pas forcément son nom, ces grands élus du 73 ne semblent pas vraiment sur la même longueur d’onde. Quant à ceux de la Yaute, ils sont aujourd’hui emportés par une fièvre olympique qui suscite surtout une gloriole haut-savoyarde. Alors pour le rassemblement de tous les élus savoyards menacés de perdre leurs moyens d’action, faudra encore patienter. Le couteau qui se rapproche de plus en plus de la gorge des départements ne suffit pas à les faire converger vers un autre consensus que celui de l’immobilisme. Attendent-ils la saignée pour enfin se bouger ?
Brice Perrier
11:40 Publié dans Enquêtes et reportages | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : assemblée des pays de savoie, gaymard, rapport balladur
29.01.2009
L'APS reste dans le flou

Dans le cadre de la réforme des institutions, les deux départements se sont retrouvés le 23 janvier au sein de l’Assemblée des pays de Savoie (APS) pour débattre de leur avenir. Quels sont les scénarios envisageables ?
- ne rien changer (quitte à renforcer l’APS)
- laisser les départements disparaître et se retrouver dans Rhône-Alpes
- fusionner les deux départements au sein de Rhône-Alpes
- fusionner les deux départements et créer une région Savoie
- fusionner les deux départements et créer une instance infra-régionale au sein de Rhône-Alpes
- créer une région avec le département de l’Isère ou pourquoi pas avec celui de l’Ain
- etc.
En fait, un scénario semble faire l’unanimité : ne rien changer. Cela ne surprendra pas grand monde. Sauf que ça va changer. Comment ? Personne n’en sait rien, ce qui rendait d’ailleurs le débat un peu surréaliste. On doit bouger, mais on ne sait pas dans quel sens. De fait, c’est donc parti un peu dans tous les sens, avec notamment la gauche savoyarde qui réclame une région Isère-Savoie, alors que l’Isère ne réclame rien.
Une autre solution, présentée par Hervé Gaymard, consisterait à fusionner les deux départements, à créer une instance infra-régionale, le Conseil des pays de Savoie, qui aurait toutes les compétences de la région, sauf celles qui, du fait de la surface de ces départements, n’auraient guère de sens, comme les transports, notamment ferroviaires. Pourquoi pas ? C’est mieux que rien. Et dans le cas où "ne rien changer" ne serait pas tenable, ce serait le scénario que préfèreraient nos conseillers généraux. Mais est-ce seulement réalisable ? Là on n’en sait rien.
Deux ou trois interventions ont été remarquées : celle de Michel Bouvard. Egal à lui-même. Il a rappelé les enjeux, les risques pour nos territoires de l’évaporation des « départements », la « kreissisation » des départements comme il le dit, instance infra-régionale allemande, dotée de peu de ressources propres. Hervé Gaymard, qui ne croit plus à la République une et indivisible, est favorable pour que les choses bougent, mais il semble emprunté et ne sait trop comment s’y prendre. D’autre comme Giroud, maire d’Albens, ou Amoudry, conseiller général de Thônes, ont pu tenir des propos intéressants. Mais comme à la fin du débat il n’était pas prévu de vote, ils sont tous repartis bons amis, sans qu’on soit plus éclairé sur la suite.
On reste donc dans le flou en attendant les réponses du comité Balladur. Bref, on n’a pas avancé.
Un Savoyard anonyme
12:32 Publié dans Tribune libre | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : pays de savoie, gaymard, bouvard



