28.10.2009
Les Francs arrivent en force
De la venue des Francs au règne de Charlemagne, la terre des Allobroges connaît une période de grande turbulence. Mais se dessine un pays nommé Savoie.
Alors qu’ils epeuffent la Gallia, mettant un terme à l’histoire des Gaulois, les Francs deviennent maîtres de la Burgondie, et donc de la Savoie, en 534, lors de leur victoire à Autun. Connus pour punir leurs femmes en les attachant par les pieds à la queue des chevaux, à poil qui plus est, ils furent, en terre allobroge comme ailleurs, atroces et féroces tant par leurs mœurs que par leurs institutions. Ils sont les précurseurs de la cavalerie jacobine, imposant avec autorité les prémices de la centralisation. Ils vont commencer par se partager l’Allobrogie avec les Ostrogoths qui occupent la zone sud de la Savoie actuelle. Mais en 536, le roi des Ostrogoths cède ses conquêtes à Clotaire et toute la Savoie devient franque. Dans le règne franc, il y a trois classes : les Leudes, les hommes libres et enfin les colons. Les Leudes sont les chefs francs. Ils asservissent les hommes libres que sont en fait les Burgondes. On ne parlera même pas du sort des colons, en réalité les colonisés qui sont les descendants des Allobroges. Lors de la période franque, la notion d’Allobroge va d’ailleurs disparaître. La faute à la mainmise franque, mais aussi à celle de l’Eglise qui se sert une bonne part du gâteau, débordant largement le spirituel pour s’occuper du domaine économique et accaparer les richesses. Cette attitude provoquera une réaction de résistance et conduira à la naissance du féodalisme. Un mouvement à l’origine populaire puisqu’il permet aux faibles de se défendre face aux rois Francs, qui allaient devenir de plus en plus fainéants, ainsi que face à l’Eglise.
Charlemagne délimite nos provinces
Après la prise de pouvoir de Charles Martel, les rois francs changent de dynastie, et voici venu le temps des Carolingiens. En 747, c’est Pépin, l’un des fils de Charles Martel qui devient roi des Francs après que son frère Carloman lui eut offert les Etats qu’il avait hérités de son père. Il traverse alors la Savoie pour aller combattre les Lombards qui, avec à leur tête le très costaud roi Didier, repoussent l’offensive tout comme leurs ancêtres l’avaient déjà fait près de deux cents ans auparavant.
Le successeur de Pépin est son fils Charlemagne. Avec toujours en tête de combattre les Lombards pour agrandir son pré carré –, cette fois l’opération sera un succès – Charlemagne passe à Genève en 782. A cette occasion, il délimite les cinq provinces de Savoie qui aujourd’hui encore portent le nom de Genevois, Chablais, Faucigny, Tarentaise et Maurienne. Il fait cela pour le compte de l’Eglise qui va désormais s’organiser chez nous avec cette division géographique et administrative. Toujours au service du pape, Charlemagne peut être considéré comme un bon pépé, mais dans le genre de Staline comme en témoignent ses crimes contre les paiens de Saxe. Deux ans après sa mort, en 816, on va trouver le nom de Saboia, pour la première fois écrit, dans l’acte de partage de Thionville entre les fils de Charlemagne. Une Saboia qui allait se retrouver trente ans plus tard attribuée à Lothaire, petit-fils de Charlemagne et fils de Louis le Débonnaire, qui hérita lors du traité dit des Quatre Rivières d’une partie de l’Empire allant de l’Alsace à Rome en passant par la Provence et la Lotharingie. Un traité qui laissait entrevoir les limites de ce qui allait devenir le Saint Empire romain germanique. Mais ça, c’est une autre histoire…
Henri Dénarié
11:29 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : henri dénarié, histoire, savoie, francs, charlemagne
25.09.2009
Une occupation tout en douceur
Une fois n’est pas coutume, Henri se réjouit d'une occupation. Et il nous rappelle que les Burgondes ont laissé sur la terre des sapins des traces indélébiles.

L’épisode burgonde dura peu de temps, mais il marqua profondément la Savoie. Les Burgondes étaient une ethnie qui descendait du sud de l’actuelle Suède. Au terme de différentes migrations, à Nöel de l’an 405, ils traversent le Rhin gelé avant de débarquer, entre 413 et 417, dans la province Viennoise. En 422, le préfet Honorius leur abandonne l’Allobrogie. Le roi Gondicaire fait alors de Vienne sa capitale. Cette époque est mouvementée et les Burgondes se retrouvent pris en sandwich entre les Huns et les Romains. Gondicaire sera d’ailleurs tué par Attila en 436, un an après que son peuple se soit incliné face au général romain Aetius. Celui-ci les ‘‘cantonnera’’ dans certaines terres allobroges, en Yverdon et autour du lac de Neuchâtel. Les Burgondes deviennent en somme des ‘‘réfugiés’’, des personnes déplacées. Mais en 443, la Sapaudia (ou Sabaudia), la terre des sapins, leur est attribuée par les Romains. Et en 460, le royaume Burgonde se place sur les pourtours de la Savoie d’aujourd’hui. Trois ans plus tard, l’empereur Sévère fait une dernière grâce aux Burgondes en leur confiant officiellement la gestion de ce territoire. C’est à cette période que Clovis devient, en assassinant tous les autres chefs de son peuple, le roi des Francs, mais pas de la Sabaudia. Il va épouser Clotilde, la nièce du roi burgonde Gondebaud, quelques années après avoir battu ses troupes en 486 lors du célèbre épisode du vase de Soisson. Cela prouve au moins que les Allobrogo-Burgondiens n’étaient pas dans le coup !
Sidoine Apollinaire, poète latin et chrétien qui fut préfet de Rome puis évêque de Clermont, disait que bien qu’amoureux du Léman, il n’aimait pas les Burgondes qui s’y étaient installés. Il écrivait ainsi à un ami : ‘‘Que veux-tu que je t’écrive ? Placé parmi ces bandes chevelues, obligé d’affronter des mots germaniques, de louer d’un visage souriant ce que chante le Burgonde vorace qui répand sur sa chevelure un beurre aigri… Heureux tes yeux, ton nez et tes oreilles, loin de ces géants auquel suffirait à peine la cuisine Antinoüs ! ’’ Ils avaient la santé ! C’est pourtant une forte fièvre de leur roi qui va conduire les Burgondes à devenir chrétiens. Guéri par saint Avit, Gondebaud se convertit et christianise son royaume. Et en 505, cinq ans après avoir établi sa capitale à Genève, il promulgue à Ambérieu les ‘‘lois Gombettes’’, applicables à tous ses sujets. Ces lois offrent l’équité et l’égalité des droits entre les nouveaux et les anciens habitants. Elles vont devenir la base de notre droit. En s’installant en Allobrogie, les Burgondes ne sont pas venus prendre, mais ont donné à la Savoie une paix féconde et nous ont délivrés de l’abusive fiscalité romaine. Jusqu’à leur défaite contre les Francs en 534, ce peuple aux mœurs douces exerça une occupation pacifique qui modifia profondément les Allobroges sur lesquels l’élément romain n’avait eu que peu ou point d’influence, en dehors des villes. Ils défrichèrent les forêts et amenèrent leur race bovine ainsi que le ramequin - la crème de fromage. Les Burgondes ont aussi marqué l’Allobrogie par des patronymes aujourd’hui encore familiers (Chabert, Challamel, Baud…) et tous les toponymes avec des suffixes en ‘‘inge’’ et ‘‘ens’’ (Tanninges, Bohringe, Brens, Marlens…). Pour tout cela, nous leur sommes définitivement redevables.
Henri Dénarié
08:35 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : henri dénarié, histoire, savoie, burgondes
19.02.2009
En souvenir d'Henri

Cela fait maintenant deux hivers qu'il nous a quitté. Et en ce 19 février, alors que dans chacune des provinces on ressort les drapeaux, on ne peut s'empêcher de penser à lui. Car c'est Henri Dénarié qui décida, il y a trente-sept ans, que la Saint Gabin serait jour de fête nationale en Savoie. Non pas pour célébrer le fameux acteur français, mais pour rappeler aux Savoyards que le 19 février 1416, la Savoie fut érigée en duché, sous le règne du grand Amédée VIII. Elle entrait ainsi dans la cour des grands d'Europe. Pour Henri, cet événement majeur de l'histoire de Savoie avait tout pour constituer l'origine d'une fête nationale. Et afin que vous compreniez mieux le pourquoi du comment, nous republions aujourd'hui une chronique de La Savoie selon Henri parue dans le numéro 6 de la Voix. En souvenir du fondateur de Savoie Libre qui revient pour nous ici sur le jour de gloire d'Amédée. Un événement qui vaut bien le 14 juillet.
Te voici duc, Amédée
Le 19 février 1416, quatre siècles de fidélité au Saint Empire romain germanique sont récompensés. Comme la Bavière ou l’Autriche, la Savoie, en devenant duché, devient un Etat souverain au sein de l’empire. Elle aura désormais droit de vote à la diète, comme les nations ont aujourd’hui droit de vote à l’ONU. Un événement énorme, mais méconnu. A l’époque, les factions commencent à déchirer la Françie. La guerre civile bat son plein dans un royaume à moitié conquis par les Anglais. La confusion règne au sein de la papauté car trois papes portent la tiare. Coté Saint Empire, Sigismond de Luxembourg et Josse de Moravie sont candidats au titre d’empereur. Et en Savoie, le compte Amédée VIII profite de la tranquillité qu’il retire de tout ça. Il accroît son domaine tout en perfectionnant l’administration du pays. Sa noblesse ne manque pas une occasion de briser des lances pour mieux acquérir renommée. Amédée soutient le roi de Hongrie contre les Turcs, puis les Franciens contre les Anglais. Et il supporte Sigismond, déjà reconnu comme roi des Romains.

Les conseils d’Amédée VIII sont toujours suivis. On le nomme le Salomon de son époque. Il appuie de son autorité l’université de Paris dans son désir de terminer le schisme de l’Eglise. Sigismond, lui, parcourt l’Europe afin de convaincre chacun d’élire un pape ayant l’agrément de tous. Il entreprend ainsi de rendre visite en Aragon à Benoit XIII, qui refuse de se démettre. Amédée l’accompagne et lui facilite le voyage en mettant à sa disposition à Seyssel huit barques superbement parées pour descendre le Rhône. Le futur empereur envisage alors de procéder à l’élévation d’Amédée au rang de duc à Lyon, comme pour rappeler les anciens droits de l’empire sur cette ville. Mais il se rabat sur Montuel où, sur un territoire qui la veille encore était francien, il fait acte d’autorité et élève la Savoie en duché à la fin juillet de l’an 1415. Quelques mois plus tard, il devient empereur et va vite se rendre en Savoie pour officialiser la création du duché. Mais aussi pour se « prévaloir des lumières d’Amédée VIII » en vue de ses futurs voyages à Londres et à Paris, destinés à réconcilier deux rois.
A Chambéry, un théâtre est construit pour la cérémonie. Des tournois sont organisés durant plusieurs jours. En faisant d’Amédée un duc héréditaire, Sigismond élève aussi la Savoie qu’il décrit comme un être vivant dont il énumère les villes, les châteaux, les villages, les montagnes et les collines, les forêts et les taillis, les lacs et les fleuves, les barons et les vassaux, les paysans et cultivateurs, mais aussi nos bestiaux qui, tous, contribuent à la vaillance et à la loyauté de la grande patrie de Savoie. Une terre qui s’étend de Mâcon aux limites du Piémont et des confins de l’Helvétie allemande à la Méditerranée. L’équivalent d’au moins huit départements français, beaucoup plus que n’ont jamais compté les duchés de Bretagne, de Lorraine ou même de Bourgogne. Ceci explique que, en ce 19 février 1416, la Savoie soit haussée au rang de grande puissance. En 1972, j’ai considéré que cet événement, sans doute le plus considérable de toute notre histoire, pouvait constituer notre fête nationale, plaçant la Savoie sous la prédominance du pouvoir civil. Cette invention, faite par le titulaire d’un CAP d’ajusteur, personne parmi l’élite n’y avait songé depuis 1416. Elle a fait depuis son chemin.
Henri Dénarié
Pour mieux comprendre qui était Henri Dénarié, retrouvez dans les numéros 12 et 13 de la Voix (rubrique anciens numéros) deux articles qui retracent sa vie.
12:02 Publié dans Actu | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : 19 février, henri dénarié, amédée 8



