18.11.2009
Donnons à la Savoie son musée
Alors que des « spécialistes » sont conviés au château pour plancher sur le Musée savoisien, André Palluel nous livre sa recette pour un vrai musée de Savoie.
La « cession du Musée savoisien » par la ville de Chambéry au conseil général du département de la Savoie et la réunion proche au château d’une assemblée de « spécialistes » (dont je crains l’impuissance si elle est trop grande) m’amène à écrire ce petit « état des lieux » que je communique à La Voix des Allobroges, le seul média savoyard susceptible de le publier en ces temps d’incertitude et de pauvreté intellectuelle.
La question est donc : Pourquoi et comment un musée d’histoire de Savoie ?
Les oppositions culturelles
Les touristes viennent ici pour chercher l’originalité d’une province forte d’un passé particulier (« cette province qui fut autrefois un état », disait le professeur Lovie). L’appétit est d’autant plus fort qu’il repose sur une ignorance absolue de l’opinion à ce sujet. Or les grands musées régionaux ne considèrent le plus souvent que l’aspect alpin. De ce fait, les autorités politiques ou culturelles (essentiellement muséographiques) ne veulent entendre parler que d’ethnographie, mais avec le principe très répandu parmi les muséographes de ne pas insister sur les « costumes folkloriques ». Un seul musée en présente aujourd’hui à Saint-Jean de Maurienne, puisque celui d’Hauteville a fermé et qu’aucun n’est présenté valablement au Musée savoisien. En fait, seuls quelques musées réputés secondaires peuvent se vanter de rappels historiques (Thonon, Thônes, Conflans, Saint-Jean de Maurienne, Moutiers), Chambéry se drapant orgueilleusement dans un esthétisme classique.
Les problèmes pratiques
Il y a d’abord la petitesse du Musée savoisien, qui a tout juste de quoi donner des « impressions » sur les collections entassés dans ses réserves face à de « modestes » salles de présentation. Le réaménagement du musée suppose dès maintenant le choix fondamental d’entrer en possession des locaux de la mission catholique italienne dont on envisage le déplacement. La ville de Chambéry, qui a déjà manqué l’acquisition du studio Dumont Mollard et qui a bloqué le musée par un prétendu musée de la résistance conçu uniquement dans le besoin de satisfaire les mouvements d’ancien combattants (loin de vouloir oublier la guerre, il importait aussi de savoir les conditions d’une quelconque commémoration), ne peut pas se permettre de rater cette nouvelle occasion.
On ne doit pas éluder le problème de la faiblesse des collections. En 1560 comme en 1860, les souverains ont vidé consciencieusement le château de leurs souvenirs de familles. Les révolutions, brutales ou non, n’ont rien arrangé. Seul la mairie de Montmélian dispose ainsi de l’unique buste connu de Charles-Albert et le Musée savoisien ne possède aucun tableau historique. Là encore, seuls quelques musées secondaires (les même que cité ci-dessus) peuvent permettre certains rappels historiques. Devant cette faiblesse fondamentale, les conservateurs du Musée savoisien ont préféré opté pour des choix non historiques (Monsieur Manoury vers un village ethnologique, monsieur Aubert vers une musée de peinture, monsieur Hamman vers un musée de sculpture), ce qui satisfait leurs goûts, leurs formations (plus artistique qu’historique) et leur prudence pour ne pas affronter les politiques ou les intellectuels et érudits locaux.
Les problèmes intellectuels
Il y a une véritable ambiguïté vis-à-vis de l’histoire générale. Parler du thermalisme, de l’alpinisme, de l’agriculture ou du baroque est intéressant, mais non essentiel car non caractéristique de la Savoie. On se perd dans la nécessité de relier l’aspect savoyard à la nécessaire histoire générale, ce qui exige aussi de dangereuses options fondamentales. Rappelons-nous ici l’échec des Amis des musées, qui ont tenté en 1980-85 de faire de Chambéry une capitale du baroque.
De leur côté, les érudits insistent plus sur la richesse de la province que sur la nécessité de la présenter à la fois scientifiquement et pédagogiquement. Et cela ne remonte pas à hier si l’on se remémore l’opposition des intellectuels savoyards au député Théodore Reinach qui, en 1910, prônait des expositions sur l’histoire de Savoie en prétextant que ce sujet était le monopole des « vrais Savoyards » qui, d’ailleurs, n’en avaient pas besoin puisqu’ils avaient assez de connaissances à ce sujet. Ceci explique que, en dehors de son appellation, le Musée savoisien est resté comme à ses origines dans une conception classique d’un mélange d’archéologie, d’ethnologie et d’histoire qui évitait l’accusation de « trop en dire », ou, à l’inverse, de « ne rien en dire ». Car il est difficile de concilier les exigences des érudits et de l’élite avec les besoins inconscients et mal formulés de l’opinion moyenne.
Il faut également faire face au refus officiel (lui aussi inconscient bien qu’obstiné) de trop parler de la Maison de Savoie. Soulignons une certaine tradition de nos élus savoyards hostiles à toute référence à la Maison de Savoie, lui reprochant ses abandons de la Savoie dans le passé et ses mauvaises fréquentations actuelles (pour ne pas dire plus). Cette opposition idéologique est très caractéristique des mentalités françaises en comparaison de l’opinion italienne, beaucoup plus souple pour ce qui est de la conservation des patrimoines. Alors on veut bien parler des princes de Savoie jusqu’au XVème siècle (quand ils étaient considérées comme français), à la rigueur jusqu’à la révolution de 1792, mais pas question de les envisager ensuite car devenus trop « italiens ». Le Musée savoisien a une seule collection de portraits (que l’on s’est empressé de mettre en réserve) et les tableaux de l’abbaye d’Hautecombe, jugés secondaire et sans valeur historiques (par les spécialistes lyonnais), restent invisibles, même à Hautecombe… D’ailleurs, pourquoi présenter des effigies sur des personnages totalement inconnus des visiteurs, puisqu’aucune indication n’est jamais donnée sur chacun d’eux ?
Nous devons aussi prendre conscience du danger du localisme. L’opposition entre les deux conseils généraux gène l’intérêt pourtant manifeste de parler de toute la Savoie, d’autant que les politiciens et notables, très sensibles à leur renoms et influences, n’accordent que du bout des lèvres leur accord pour des activités au chef lieu de leur département. Ils préfèrent, et de loin, concentrer sur leurs « vallées » les patrimoines et les souvenirs.
Il faut par ailleurs tenir compte de nos inévitables et nécessaires voisins suisses, valdotains et piémontais sur lesquels nos responsables manifestent une réserve de mauvais aloi. Qui connaît le Musée national romand de Prangins ? Qui a reconnu et étudié le succès du Musée de Bard ? Qui a jamais cherché à reproduire (ou au moins photographier) les grands tableaux historiques des châteaux piémontais ? Le Piémont, en particulier, jouit d’un patrimoine historique inestimable et d’une rare souplesse qui devrait permettre d’en tirer orgueilleusement profit. La région Piémont ne cesse en effet de rappeler qu’elle fut autrefois un royaume, même dit de Sardaigne, et cela surtout depuis le déclin industriel des années 1970 qui l’amène actuellement à se reconvertir dans le tourisme, d’où cette éclatante restauration des châteaux princiers de la couronne de Turin. L’accession de Gianni Oliva, grand historien de la Maison de Savoie, au poste d’assesseur régional à la culture est caractéristique de cette souplesse et de cette largeur de vue. Cependant, si le Piémont peut-être un modèle, il n’en est pas moins un partenaire difficile : toujours aimable, certes, mais fort exigeant sur ses indemnités, ses garanties et ses prétentions.
Rappelons enfin que l’opinion cherche en permanence la nouveauté, d’où la nécessité de chercher sans arrêt de nouvelles réalisations, d’où l’intérêt des expositions temporaires et des réalisations informatiques.
Alors à quel choix arriver ?
La perspective d’un musée savoyard exige, tout d’abord, de parler de l’ancien état savoyard, ce que semble redouter, en tout ou en partie, beaucoup de responsables aussi bien politiques que culturels, alors que, justement, c’est ce que veulent voir les touristes venus au Musée savoisien. Cela implique la nécessité de parler de la Maison de Savoie entre le XIème et le XIXème siècle (compris), et de montrer les signes de cet état (le cadastre, le tabellion, les rouleaux de chatellenies, les uniformes) et ses variations (ne serait-ce qu’un ensemble de cartes).
Il faudra parler de toutes les spécificités de cet état (d’autant que nos voisins et ex partenaires en parlent peu) et montrer les grandes particularités savoyardes (tout ce qui distingue la province de ses voisins), notamment les paysages transalpins et leur habitat. Il s’agira d’accompagner cet effort d’une politique culturelle de prise de conscience par l’opinion de l’héritage culturel local. C’est jusqu’alors toujours trop discret ou dispersé. Il faut renforcer les liens entre les autorités, les musées et les différents médias locaux. Il faut surtout s’appuyer de façon moderne sur l’informatique (à grande dimension) qui permet de palier la pauvreté des vestiges muséographiques et de doubler une « présentation statique d’un noyau central » par une politique systématique d’information (même numérique), à partir d’expositions temporaires dont l’ensemble peut former à moyenne échéance une formidable collection propre à être communiqués aux régions et états voisins. Les temps actuels nous permettent de franchir ce pas en conciliant les techniques modernes avec un intense et nécessaire besoin de communication pour donner à la Savoie ce qui lui manque le plus, la conscience d’elle-même (comparons la nullité du sentiment savoyard actuel avec l’importance de celui des Bretons ou des Alsaciens).
En conclusion
Je crains que tout ceci ne corresponde pas aux principes de l’école du patrimoine et aux principes de nos conservateurs de musée peu concernés par les besoins du public et par l’histoire, préférant l’art pour l’art et le seul plaisir des spécialistes, alors que, en même temps, ils ne cessent de proclamer leur volonté d’ouvrir le musée au « grand public ». Quant au département, il ne sent pas qu’un tel projet ne peut que décevoir, faute de faire les choix nécessaires sur le local, sur le but cherché, sur les moyens utilisés. Il est pourtant grand temps de donner à la Savoie son musée.
André Palluel-Guillard, professeur émérite de l’Université de Savoie
01:04 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (5) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : histoire, savoie, musée, palluel-guillard
28.10.2009
Les Francs arrivent en force
De la venue des Francs au règne de Charlemagne, la terre des Allobroges connaît une période de grande turbulence. Mais se dessine un pays nommé Savoie.
Alors qu’ils epeuffent la Gallia, mettant un terme à l’histoire des Gaulois, les Francs deviennent maîtres de la Burgondie, et donc de la Savoie, en 534, lors de leur victoire à Autun. Connus pour punir leurs femmes en les attachant par les pieds à la queue des chevaux, à poil qui plus est, ils furent, en terre allobroge comme ailleurs, atroces et féroces tant par leurs mœurs que par leurs institutions. Ils sont les précurseurs de la cavalerie jacobine, imposant avec autorité les prémices de la centralisation. Ils vont commencer par se partager l’Allobrogie avec les Ostrogoths qui occupent la zone sud de la Savoie actuelle. Mais en 536, le roi des Ostrogoths cède ses conquêtes à Clotaire et toute la Savoie devient franque. Dans le règne franc, il y a trois classes : les Leudes, les hommes libres et enfin les colons. Les Leudes sont les chefs francs. Ils asservissent les hommes libres que sont en fait les Burgondes. On ne parlera même pas du sort des colons, en réalité les colonisés qui sont les descendants des Allobroges. Lors de la période franque, la notion d’Allobroge va d’ailleurs disparaître. La faute à la mainmise franque, mais aussi à celle de l’Eglise qui se sert une bonne part du gâteau, débordant largement le spirituel pour s’occuper du domaine économique et accaparer les richesses. Cette attitude provoquera une réaction de résistance et conduira à la naissance du féodalisme. Un mouvement à l’origine populaire puisqu’il permet aux faibles de se défendre face aux rois Francs, qui allaient devenir de plus en plus fainéants, ainsi que face à l’Eglise.
Charlemagne délimite nos provinces
Après la prise de pouvoir de Charles Martel, les rois francs changent de dynastie, et voici venu le temps des Carolingiens. En 747, c’est Pépin, l’un des fils de Charles Martel qui devient roi des Francs après que son frère Carloman lui eut offert les Etats qu’il avait hérités de son père. Il traverse alors la Savoie pour aller combattre les Lombards qui, avec à leur tête le très costaud roi Didier, repoussent l’offensive tout comme leurs ancêtres l’avaient déjà fait près de deux cents ans auparavant.
Le successeur de Pépin est son fils Charlemagne. Avec toujours en tête de combattre les Lombards pour agrandir son pré carré –, cette fois l’opération sera un succès – Charlemagne passe à Genève en 782. A cette occasion, il délimite les cinq provinces de Savoie qui aujourd’hui encore portent le nom de Genevois, Chablais, Faucigny, Tarentaise et Maurienne. Il fait cela pour le compte de l’Eglise qui va désormais s’organiser chez nous avec cette division géographique et administrative. Toujours au service du pape, Charlemagne peut être considéré comme un bon pépé, mais dans le genre de Staline comme en témoignent ses crimes contre les paiens de Saxe. Deux ans après sa mort, en 816, on va trouver le nom de Saboia, pour la première fois écrit, dans l’acte de partage de Thionville entre les fils de Charlemagne. Une Saboia qui allait se retrouver trente ans plus tard attribuée à Lothaire, petit-fils de Charlemagne et fils de Louis le Débonnaire, qui hérita lors du traité dit des Quatre Rivières d’une partie de l’Empire allant de l’Alsace à Rome en passant par la Provence et la Lotharingie. Un traité qui laissait entrevoir les limites de ce qui allait devenir le Saint Empire romain germanique. Mais ça, c’est une autre histoire…
Henri Dénarié
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25.09.2009
Une occupation tout en douceur
Une fois n’est pas coutume, Henri se réjouit d'une occupation. Et il nous rappelle que les Burgondes ont laissé sur la terre des sapins des traces indélébiles.

L’épisode burgonde dura peu de temps, mais il marqua profondément la Savoie. Les Burgondes étaient une ethnie qui descendait du sud de l’actuelle Suède. Au terme de différentes migrations, à Nöel de l’an 405, ils traversent le Rhin gelé avant de débarquer, entre 413 et 417, dans la province Viennoise. En 422, le préfet Honorius leur abandonne l’Allobrogie. Le roi Gondicaire fait alors de Vienne sa capitale. Cette époque est mouvementée et les Burgondes se retrouvent pris en sandwich entre les Huns et les Romains. Gondicaire sera d’ailleurs tué par Attila en 436, un an après que son peuple se soit incliné face au général romain Aetius. Celui-ci les ‘‘cantonnera’’ dans certaines terres allobroges, en Yverdon et autour du lac de Neuchâtel. Les Burgondes deviennent en somme des ‘‘réfugiés’’, des personnes déplacées. Mais en 443, la Sapaudia (ou Sabaudia), la terre des sapins, leur est attribuée par les Romains. Et en 460, le royaume Burgonde se place sur les pourtours de la Savoie d’aujourd’hui. Trois ans plus tard, l’empereur Sévère fait une dernière grâce aux Burgondes en leur confiant officiellement la gestion de ce territoire. C’est à cette période que Clovis devient, en assassinant tous les autres chefs de son peuple, le roi des Francs, mais pas de la Sabaudia. Il va épouser Clotilde, la nièce du roi burgonde Gondebaud, quelques années après avoir battu ses troupes en 486 lors du célèbre épisode du vase de Soisson. Cela prouve au moins que les Allobrogo-Burgondiens n’étaient pas dans le coup !
Sidoine Apollinaire, poète latin et chrétien qui fut préfet de Rome puis évêque de Clermont, disait que bien qu’amoureux du Léman, il n’aimait pas les Burgondes qui s’y étaient installés. Il écrivait ainsi à un ami : ‘‘Que veux-tu que je t’écrive ? Placé parmi ces bandes chevelues, obligé d’affronter des mots germaniques, de louer d’un visage souriant ce que chante le Burgonde vorace qui répand sur sa chevelure un beurre aigri… Heureux tes yeux, ton nez et tes oreilles, loin de ces géants auquel suffirait à peine la cuisine Antinoüs ! ’’ Ils avaient la santé ! C’est pourtant une forte fièvre de leur roi qui va conduire les Burgondes à devenir chrétiens. Guéri par saint Avit, Gondebaud se convertit et christianise son royaume. Et en 505, cinq ans après avoir établi sa capitale à Genève, il promulgue à Ambérieu les ‘‘lois Gombettes’’, applicables à tous ses sujets. Ces lois offrent l’équité et l’égalité des droits entre les nouveaux et les anciens habitants. Elles vont devenir la base de notre droit. En s’installant en Allobrogie, les Burgondes ne sont pas venus prendre, mais ont donné à la Savoie une paix féconde et nous ont délivrés de l’abusive fiscalité romaine. Jusqu’à leur défaite contre les Francs en 534, ce peuple aux mœurs douces exerça une occupation pacifique qui modifia profondément les Allobroges sur lesquels l’élément romain n’avait eu que peu ou point d’influence, en dehors des villes. Ils défrichèrent les forêts et amenèrent leur race bovine ainsi que le ramequin - la crème de fromage. Les Burgondes ont aussi marqué l’Allobrogie par des patronymes aujourd’hui encore familiers (Chabert, Challamel, Baud…) et tous les toponymes avec des suffixes en ‘‘inge’’ et ‘‘ens’’ (Tanninges, Bohringe, Brens, Marlens…). Pour tout cela, nous leur sommes définitivement redevables.
Henri Dénarié
08:35 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (4) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : henri dénarié, histoire, savoie, burgondes
28.08.2009
Au commencement étaient les Allobroges
On se devait de vous rappeler que nos ancêtres étaient les Allobroges. Portrait de ce peuple vaillant par celui qui ne chantait pas avec le coq gaulois.
Tout d’abord une petite précision de langage : ab ruti signifie celui qui est en dehors de la route et ab usé celui qui est en dehors de l’usage. N’étant ni l’un ni l’autre, si je me retrouve en rébellion contre la mentalité françouillarde révérencielle vis à vis du "Jules-Ferrisme" ethnocideur, c’est pour être un Allobroge vaillant ! Et rappeler qu’il y a bien longtemps, alors que les marécages régnaient sur Lutèce, existait l’Allobrogie. Connus pour être ceux qui permirent à Hannibal de franchir les Alpes en 218 av JC, les Allobroges peuplaient les terres de ce qu’on appellera la Savoie. Ils ont pour origine d’avoir été, à l’Age du Fer, ceux qui auraient repoussé les Ceutrons, un peuple resté dans l’âge de bronze. Ils se divisent en trois classes : les chevaliers, les druides et le peuple d’en bas si cher à Raffarin. Le pouvoir dépend des chevaliers, mais ceux-ci sont assistés par les druides et consultent régulièrement le peuple. L’organisation politique est fédérale, la "Nation" étant divisée par Cantons ou par Tribus. Le roi est élu par les guerriers. Grâce aux écrivains grecs Strabon et Apollodore, on connaît les mœurs des Allobroges. On sait qu’avec eux, les Alpes, pourvues de richesses naturelles, sont bien cultivées. Et que s’ils partagent leur héritage entre les males, nos ancêtres respectent néanmoins énormément la famille. Les femmes sont ainsi protégées par la loi et maîtresses du foyer. Comme toujours.
Reconnus pour leur courage et leur mépris de la mort, les Allobroges sont de vaillants combattants. Mais malgré leur arme favorite, le javelot, ils vont s’incliner face aux légions romaines. En 121 av JC, quatre ans après que les Romains aient décidé de s’élargir en Allobrogie, bien qu’unis aux Arvernes, nous sommes battus sur les bords du Rhône. Commence alors la période allobrogeo-romaine qui va durer plus de 500 ans. Après une occupation initiale sévère, les Allobroges intègrent la Narbonnaise, établie en Province du Sénat Romain. Ils disposent des droits fondamentaux. L’Allobrogie est donc romaine avant Jules César, à la différence des peuples de l’ouest du Rhône qui vont devenir des "colonies" romaines. Au passage, on note que celles-ci appelleront à leur secours les Romains pour les défendre contre les invasions helvètes et teutonnes. Et lorsque Jules César les délivre, ils le "remercient" à Gergovie, avec à leur tête Vercingétorix. Suite à cette trahison, le scribe de César les dénomme "Gallias" dans les Commentaires de la guerre des Gaules, en souvenir de 390 av. JC, date à laquelle Rome fut envahit par des Gallias qui déféquèrent dans le Sénat. Les Gaulois deviennent ainsi pour César des "hommes de merde". Mais pour les romains, les Allobroges ne sont pas des Gaulois, comme on peut le voir dans l’Atlas historique Putzger où ils ne sont pas comptés avec les peuples celtes. Tout comme à nos frères africains, nous aurait-on menti sur nos ancêtres les Gaulois ? Désormais, vous savez que nos ancêtres étaient Allobroges.
Henri Dénarié
15:13 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (8) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : allobroges, savoie, histoire
La révision des 150 ans
2010, c'est demain ! Cela va donc bientôt faire 150 ans que la Savoie est annexée à la France. Et alors que l'on s'affaire ici où là à organiser - le plus discrètement possible ? - des festivités, la Voix tenait a placer la balle sur un terrain que souhaitent éviter nos conseils généraux : l'histoire.
On a ainsi proposé au sympathique fondateur du site 150ans.savoie.info, consacré à la Savoie du temps de l'annexion, de publier ici une fois par mois un de ses articles. Refus très poli, car cela nuirait au référencement sur google de voir dupliquer ses papiers sur différents sites. Certains ne se gènent pas pour le faire avec ceux de la Voix, mais, de notre côté, comme des naïfs du net, on se dit que c'est mieux que l'info circule, tant que les gens savent d'où elle vient. A chacun sa logique.
Donc pas d'échange de contenu en bonne et due forme, mais, de l'histoire, on va vous en donner quand même. Du moins vous en redonner, car, en guise de petite révision pour les 150 ans, on va poster sur ce blog les chroniques historiques publiées dans les treize premiers numéros de la Voix par le regretté Henri Dénarié. Des chroniques le plus souvent inspirées par le très exhaustif dâtier de l'histoire de Savoie qu'avait écrit notre historien autodidacte préféré. Avec toujours son point de vue bien tranché qui incitera peut-être certains à venir le commenter ou même le contester. C'est tout l'intérêt d'être sur un blog.
Apprêtez-vous donc à remonter bien plus loin que 1860, jusqu'aux Allobroges. Mais pour comprendre l'histoire de la Savoie, ce n'est pas plus mal d'aller à sa source. Après, que ceux qui souhaitent nous parler de l'époque de l'annexion sache que ces colonnes et cette nouvelle rubrique leurs sont bien évidemment ouvertes. Alors, André, si tu nous lis... Tes confrères aussi !
14:58 Publié dans Histoire | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : savoie, histoire, 150 ans
05.07.2009
Les notables, un mal nécessaire ? Et pourtant

Notable, un mot ancien sorti du vocabulaire courant ou réservé aux seuls spécialistes du XIX° siècle ? Pas du tout, la « race » existe encore, mais, intelligente, elle a su évoluer et surtout se dissimuler derrière d’autres appellations : élites, cadres, membres remarqués de la société civile, personnalités… De quoi faire croire que tout a été modifié ou liquidé, alors que tout subsiste. Donc appelons « chat » un chat et un notable « notable ».
Le notable est forcément connu, même si les moyens de cette célébrité varient. « Bonnes et grandes » familles ? Eclat de certaines positions ? Mais on peut aussi jouer sur les « hommes neufs » alibis pour vanter une soi-disant ouverture démocratique des élites. Cette célébrité est ainsi cause et conséquence de la notabilité (plus cause chez les incapables arrivés seulement par héritage ou pillage, plus conséquence chez les jeunes ou chez les « neufs »). En tous les cas, elle est nécessaire pour l’action et l’éclat du personnage dans une société démocratique fondée sur la communication.
Cette célébrité nécessaire et suffisante se nourrit d’une triple volonté de savoir, de vouloir et de pouvoir :
Le savoir est une possibilité et une évidence vantée par les démocrates, qui souvent ne précisent pas ce que cela induit pour les domaines concernés ou les niveaux utiles (être un grand spécialiste de l’ahmarique éthiopien est une satisfaction culturelle, mais ne mène en rien à une quelconque efficacité publique).
Le vouloir est une nécessité, liée à l’ambition de rayonnement individuel ou d’action. Un notable se doit de créer quelque chose de remarquable, donc digne d’être remarqué dans sa présentation, dans son caractère, dans sa composition ou dans son histoire et par-delà au moins (ou surtout) dans son auteur. A quoi bon faire un don à une communauté quelconque si rien ne vient rappeler ce geste ? Et finalement pourquoi faire un tel geste si justement il ne contribue pas à étayer un avenir précis de renommée et de souvenir…?
Le pouvoir, voilà le grand critère du notable. Il permet de « faire avancer » un dossier, un « ami » ou une créature (au détriment d’autres bien entendu). Il exige de savoir placer ses pions, saisir un monopole et éliminer ses concurrents pour rester seul « maître du jeu ». Exercer un pouvoir n’est pas forcément une partie de plaisir, mais quelle jouissance de savoir en profiter et d’y consacrer son intelligence, sa perspicacité et sa passion (même passer pour un martyr peut être efficace à la condition, bien sûr, que la peine ne soit pas trop longue). La pratique de ce jeu se fait dans tous les domaines et pas dans la seule politique, car aucune communauté humaine n’y échappe. Même les joueurs de boule ont leurs notables et que dire de l’industrie, de l’enseignement, du monde du droit, des arts, etc…
Attention, un notable est le produit du rassemblement et du brassage de ces trois éléments, dont un ou deux ne peuvent suffire (il y a des cultivés sans ambitions et sans pouvoir, des puissants sans intelligence et sans volonté, des ambitieux voués à l’échec car sans appui ni habileté).
Y a-t-il toujours eu des notables ? Certes, il y a toujours eu des puissants et des élites, mais la phase historique précédente a été en Occident la noblesse fondée sur la naissance et la science des armes. En un sens, le notable est un élément récent, au pire du Moyen-Age. Mais le problème est moins dans le passé que dans le présent et l’avenir… L’illusion est de croire à la variabilité des situations alors qu’en fait le notable déteste perdre et s’accroche à son pouvoir au moins pour le transmettre à un juste héritier ou, au pire, à tirer le plus possible de profits et le plus longtemps. D’où l’intérêt essentiel des « réseaux », portes d’entrée de ce pouvoir et de ce rang. La franc-maçonnerie est connue, mais qui parle jamais des élèves des grandes écoles ou même tout simplement des « anciens » de tel ou tel collège privé (bien sûr les jésuites, mais combien d’autres ?). Il y aussi les sociétés secrètes, les innombrables académies (qui font valoir l’intelligence et la culture de leurs membres), les clubs (plus ceux du Rotary que ceux des pêcheurs à la ligne) qui permettent de se retrouver entre gens du même – beau – monde, parlant le même « beau » langage dans les bons milieux socio-professionnels. Bien entendu, concilier deux ou trois critères fondamentaux est une chance inestimable. Un jeune noble sortant d’une école de commerce vaut mille fois mieux qu’un agrégé de sciences naturelles ou qu’un premier violon de l’orchestre de chambre de la sous-préfecture. Un jeune spécialiste de telle ou telle glande né dans une grande famille même désargentée a plus d’éclat qu’un « petit » médecin généraliste arrivé par la seule promotion sociale - à moins qu’il n’ait été « remarqué » par un mandarin. Rien de nouveau à cela ? En fait, si, mais toujours dans des conditions identiques. On a pu discuter de la variabilité des hommes et des situations, mais le pouvoir ne se prend, ne s’exerce et ne se perd que dans de strictes conditions qui sont justement celles de la croissance et de la mort des notables.
Comme l’histoire peut rendre intelligent, l’on sait évoluer et il est fini le temps (pas si ancien) des conservatismes obtus ou des conformismes absolus. Pour marquer sa capacité, chacun sait composer avec les nouveautés, aussi bien dans le domaine privé (du sexe, de la passion, du mariage) que dans le domaine social (avoir des relations en alibi dans tous les milieux différents du sien) ou culturel (porter un jean n’est pas mauvais, seule compte la manière dont il est porté et considéré ! Même critère pour le langage ou les considérations artistiques).
Finalement quoi de plus trompeur qu’un notable ? Il joue à la démocratie : je représente le peuple ou une partie de celui-ci, ou, à défaut, la conscience du peuple, alors que, à l’inverse, c’est moi qui pousse le peuple à prendre conscience de ma valeur et donc à me faire confiance. Il joue à la méritocratie : ne suis-je pas le meilleur (alors qu’en fait je tiens ma position de bien d’autres éléments que de ma propre valeur) ? Il joue la nouveauté : avant moi rien que des mauvais (même ceux de mon propre camp ou clan) ou au mieux rien que des incomplets, alors que moi-même ne cesse en fait de « repasser les plats » du passé, mais en me gardant bien de le dire en faussant les présentations tout en gardant le cœur même du gâteau.
Même la Révolution est une idée de notables : les grandes Révolutions, que ce soit celle de 1789, celle de 1917 ou celle d’Iran où les grandes familles persanes du régime du Shah ont été remplacées par les dynasties de mollahs shiites, n’ont été que la source d’établissements de notables qui, par la suite, n’ont jamais voulu renoncer à leur pouvoir, même au prix de la renonciation à leurs propres valeurs initiales. Donc il est inutile de se fatiguer à croire aux slogans révolutionnaires toujours kidnappés par les notables profiteurs, qu’ils soient nouveaux ou anciens.
Faut-il croire à la terreur ? Eliminer systématiquement et continuellement tous les profiteurs et traîtres qui, tels l’hydre de Lerne, ne cessent de faire apparaître de nouvelles têtes ? On y avait pensé déjà en 1793, certains imaginant Robespierre tuant le bourreau devenu trop puissant et enfin se guillotinant lui-même devant une France vidée de sa population. Les anarchistes de la fin du XIX° siècle ont tenté le même but, tuer tous les notables sans faire attention, ce qui n’a rien fait que d’amener les grandes catastrophes du XX° siècle. Les bolcheviks et les maoïstes ont cru les éliminer définitivement en laissant le pouvoir aux seules masses, alors que leurs partis étaient en soi des pépinières de notables. Et que dire des démocraties occidentales nées des régimes parlementaires qui offrent le pouvoir aux plus malins et aux plus bavards, qui deviennent vite les plus profiteurs.
Alors, rester sceptique ? Cela ne mène à rien. Se battre pour devenir soi-même un notable ? Ce n’est qu’élargir le problème. Se sauver par l’ironie ? Pas facile, d’autant que cette arme n’est pas également répartie. Voici quand même quelques solutions simples : la méfiance systématique devant ces jeux de puissance ; savoir et apprendre à respecter les uns et mépriser les autres (les héritiers, les menteurs, les affabulateurs, les mégalomanes, etc…) ; et bien sûr ne rien faire de susceptible à leur laisser croire qu’ils sont individuellement éternels. Bref, encourager les bons (il y en a) pour mieux démasquer et renvoyer les mauvais (il y en a aussi beaucoup).
Mais attention, le danger les rend méfiants et méchants. Chasser le notable, il revient au galop. Faites le partir par la porte, il revient pas la fenêtre. Alors débusquez le dans tous ses déguisements, dans toutes ses tanières et avec vigilance, car tout lui est bon pour sa conservation. Repoussez le avec acharnement, car il est partout, de toutes les tailles et ses formes sont infinies. Méfiez vous cependant de vous-même, car le mal est aussi contagieux que discret. A trop y penser, vous pouvez vous même être atteint.
Finalement, une arme essentielle : l’humour. « Le roi est nu », disait-on autrefois. Alors pourquoi pas un notable « tout nu » (psychologiquement) privé de tous son appareil de notabilité ? Le sérieux est forcément une défense et la caricature du notable. Alors c’est peut-être un service à lui rendre que de le convertir à l’humour. Il se peut que cela le rendre méchant dans un premier temps, mais, croyez-moi, il est assez intelligent pour savoir évoluer et, finalement, nous ne connaissons pas la fin de l’histoire. Pourquoi pas des notables spirituels et capables de se moquer d’eux-mêmes ? On en reparlera en temps utile, mais pensez-y… Ce n’est pas facile à trouver pour le moment, mais qui dit que la race ne va pas évoluer.
André Palluel-Guillard
PS : L’auteur fournit sur demande motivée toutes les fiches techniques et personnelles qui lui ont permis de dresser ce petit tableau.
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11.02.2009
Les chercheurs remettent leurs copies
« C’est pas un complot de gauchistes ! C’est l’ensemble de la communauté scientifique qui dit qu’on dépasse les limites. » Cette précision donnée par Laurent Ripart peut-être utile pour démarrer, vu que notre interlocuteur est d’abord connu pour être le premier homme élu sous la bannière LCR au conseil municipal de Chambéry. Mais ce qui nous intéresse aujourd’hui, c’est sa casquette d’enseignant chercheur spécialisé dans l’histoire médiévale de la Savoie, notamment du temps où elle était encore une terre du royaume de Bourgogne.
Car c’est en tant que tel que, lors d’une cérémonie publique et collective, il a envoyé cette semaine par la poste à Sarko ses derniers articles publiés afin que le président puisse juger de son travail. On a donc profité de l’occasion pour discuter avec lui de la réforme de la recherche entreprise par le gouvernement, mais aussi du rôle de l’université de Savoie dans l’étude de notre histoire.
Alors, Laurent Ripart, comme ça vous envoyez vos copies à Sarkozy ?
Oui, avec une trentaine d’enseignants chercheurs, nous lui avons fait parvenir les dernières recherches que nous avons publiées.
Et vous pensez qu’il va comprendre la valeur de ces travaux ? Je pense notamment à l’un de vos articles intitulé : La croisade du comte Amédée III : un potlatch sans intérêt. Pas facile de cerner le sujet… C’est quoi un potlatch ?
C’est un terme utilisé par les anthropologues. Il s’agit d’une cérémonie effectuée chez les Indiens où l’on détruit tous ses biens. Et on peut comparer le mode de vie des Indiens et celui des sociétés où il n’y a pas vraiment d’état, comme c’était le cas au Moyen Age. Dans le cas de cette croisade, cela signifie que l’on a dépensé des sommes énormes sans qu’on n’y trouve un grand intérêt. Alors je ne sais pas si Sarkozy va le comprendre, mais cet envoi est une réaction à ses déclarations du 22 janvier où il a dit qu’on avait une université d’une insigne médiocrité qui publie moins que les autres. Comme ce que l’on fait n’est pas connu, on a voulu lui rappeler qu’on travaille.
Sarkozy dit que votre travail devrait être mieux évalué, mais pas forcément par lui…
Nous sommes déjà en permanence évalués ! Lorsque nous soutenons notre thèse, notre HDR (ndlr : diplôme permettant de postuler aux fonctions de professeur des universités), lorsque nous faisons une demande de promotion ou de congé pour recherche. Nous sommes aussi évalués dans le cadre de nos laboratoires tous les quatre ans, ou chaque fois que nous soumettons un projet de recherche. Nous sommes évalués quand nous soumettons un article à une revue, par un comité qui fait un rapport sur nos travaux et décide ou non de les publier. Alors quand il dit que nous ne sommes pas évalués, c’est se moquer du monde ! Mais il veut rajouter à ce dispositif une évaluation supplémentaire qui serait faite par le Conseil National des Universités. Je suis membre du CNU et nous devons évaluer chaque année 350 dossiers de docteurs qui veulent être recrutés à l’université, ainsi qu’une vingtaine de dossiers de collègues qui demande un congé recherche et encore une cinquantaine de dossiers de demande de promotion. On y passe déjà 15 jours par an : quel est l'intérêt de rajouter encore une évaluation supplémentaire ? De plus, le projet est fou. Il faudrait classer les enseignants chercheurs en trois catégories (A, B, C) : ce n’est pas cela une évaluation scientifique d’un projet scientifique.
On dit que les universités françaises sont à la traîne dans les classements mondiaux…
On conteste les chiffres avancés par Sarkozy qui sont fantaisistes. Il nous parle du classement de Shanghai, mais cela mesure des choses qui n’ont rien à voir. Les universités y sont évaluées en fonction de leur taille. Ce n’est pas un gage de qualité. La qualité d’une recherche se mesure plus au nombre de prix Nobel. Et en France, il est exceptionnel au regard des moyens dont on dispose. Ensuite, au niveau de l’histoire, allez dans une librairie aux Etats-Unis et vous y trouverez un quart des livres qui sont des traductions d’ouvrages français. Pour un Américain, le plus prestigieux, c’est d’être publié en France.
L’histoire française serait au top mondial ?
On peut dire ça. Elle est très reconnue partout. Et pourtant, au niveau des moyens, on n’est vraiment pas au niveau. Je le vois quand je vais en Italie ou en Suisse. Et là, on prévoit 900 postes en moins dans l’université, le CNRS est littéralement démantelé et on autorise un président à diminuer notre temps de recherche pour augmenter celui consacré à l’enseignement et aux taches administratives.
Combien de votre temps consacrez-vous actuellement à la recherche ?
Environ deux jours par semaine.
C’est déjà pas mal, 40% du temps…
Non, un tiers, car je travaille six jours par semaine. Mais faudrait pouvoir y consacrer la moitié de mon temps. Car la recherche, c’est quoi ? Allez dans les archives. Cela demande du suivi. Mes collègues italiens ou suisses y consacrent, eux, quatre jours par semaine.
En quoi le travail que vous pouvez réaliser à l’université est important pour faire avancer la connaissance de l’histoire de Savoie ?
Pendant longtemps, il n’y a pas eu de travail universitaire sur l’histoire en Savoie. Jusqu’à la fin des années 1970 et la création de l’Université de Savoie, ici, il n’y avait que les sociétés savantes, mais elles ne produisent rien. Elles ne font que reproduire des anciens travaux. Les seuls travaux d’histoire sur la Savoie étaient donc italiens. Et si vous regardez les bibliographies de mes publications sur la Savoie médiévale du 11ème au 13ème siècle, tout est en italien. Mais dans les années 1980, a été montée une recherche en Savoie et on s’est mis à travailler les archives.
Un illustre historien savoyard m’a dit qu’on pouvait parfois s’interroger sur la pertinence de sujets présentés comme essentiels, alors qu’ils ne le sont pas…
Je peux comprendre des interrogations sur l’intérêt de certains points de l’histoire médiévale. Mais je pense personnellement que c’est fondamental de comprendre comment fonctionnait cette période. Et l’histoire contemporaine a aussi été beaucoup étudiée, notamment par Sylvain Milbach, qui renouvelle en profondeur la connaissance qu’on pouvait en avoir. Car l’intérêt de la recherche est qu’elle fait surgir d’autres documents, d’autres sources.
Il y un sujet central dans notre histoire contemporaine, c’est l’annexion de la Savoie à la France. Y a-t-il eu des travaux là-dessus qui permettent d’aller au-delà des visions manichéennes qu’on a pu observer ici ou là ?
Oui, il y a eu beaucoup de recherches sur cette période. Un chercheur de l’université est même spécialiste de cela.
Il faudrait en parler à Hervé Gaymard, lui qui ne cesse de parler de rattachement de la Savoie…
Le rattachement, ça fait beaucoup rire nos collègues italiens. Mais bon, l’histoire, encore faut-il la connaître. Cela n’intéresse pas les politiques.
Doit-on alors compter sur l’Université pour que les Savoyards connaissent mieux leur histoire ?
C’est une question de valorisation, à échelle de masse. La recherche a une fonction, mais il existe d’autres structures. Soit par l’enseignement secondaire, soit par d’autres moyens, comme votre journal…
Mais dans l’enseignement secondaire, la Savoie n’est pas au programme. Quant à notre journal, il est plutôt mal-en-point…
On essaie aussi d’assumer une mission de valorisation. On va donner des conférences, mais c’est vrai que cela n’est qu’une petite partie de notre rôle. Maintenant, la Savoie a la chance d’avoir un réseau de société savantes très présent et très rare.
Certes, mais à Chambéry, à peu près personne ne sait ce que représentent les drapeaux des provinces qui flottent pourtant un peu partout. Ni qui est Joseph de Maistre bien qu’il ait sa statue devant le château. Et combien des élèves du lycée savent qui est Vaugelas ?
Mais cela, c’est l’acculturation. Et c’est un peu partout comme ça.
C’est peut-être aussi dû au fait que personne ne nous l’a appris. On rencontre en revanche encore des gens à qui l’instituteur a enseigné que la Savoie était italienne…
C’est dû à une méconnaissance de l’histoire. Pas grand monde ne sait que l’Italie n’a pas toujours existé.
On pourrait s’attendre à ce qu’un instituteur le sache. Enfin, vous semblez plutôt satisfait de la connaissance de l’histoire savoyarde…
Les sociétés savantes peuvent faire un super boulot. Et quand on donne des conférences, on voit que l’histoire intéresse en Savoie. Mais on pourrait bien sûr faire plus et mieux. L’université est malheureusement sous employée. Elle a, par exemple, plein de données sur le château, mais alors même qu’il y a un gros projet pour en ouvrir une partie au public et qu’il y a des recherches à faire, on ne nous les donne pas. On préfère les confier aux sociétés savantes. Mais quand on parle de science, c’est aux scientifiques de faire le travail. Et d’autres gros travaux patrimoniaux ne sont pas utilisés dans une logique scientifique, comme les peintures du château de Cruet qui se trouvent au Musée savoisien. Il y a aussi l’Eglise de Lémenc, qui est le seul bâtiment carolingien connu entre Grenoble et Genève. Il n’a jamais fait l’objet du moindre travail sérieux.
Alors qu’on parle d’autonomie des universités, une université de Savoie autonome ne serait-elle pas incitée à se tourner encore d’avantage vers l’histoire, mais aussi d’accroître ses partenariats avec les collectivités locales ?
Une université de Savoie autonome ne ferait plus d’histoire.
Pourquoi ?
Vu l’évolution des financements, si cela dépendait du conseil général ou de fondations privées, l’histoire ne serait pas financée, car ce qui intéresse, c’est les projets industriels. On aurait alors des spécialités comme le solaire, la montagne ou la mécatronique. Des grands pôles autour desquels tout tomberait en ruine.
On pourrait penser qu’une région marquée historiquement comme la nôtre souhaiterait promouvoir son département d’histoire…
Mais on ne peut pas non plus soutenir que l’histoire. L’université, c’est un tout. Et déjà, sur le site de Jacob, nous sommes passés de 3 000 à 2 000 élèves en quelques années. Si on continue sur cette logique, il n’y aura plus d’école doctorale. Et on ne peut pas imaginer d’avoir un département d’histoire qui serait tout seul.
Entretien : Brice Perrier
13:58 Publié dans Interviews | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : recherche, histoire, savoie
23.01.2009
L'histoire à la trappe en 2010 ?

Le 19 janvier 2009, l'Union des sociétés savantes de Savoie a pris connaissance, lors d'une présentation publique, du projet du conseil général de Haute-Savoie pour les commémorations du 150è anniversaire de l'annexion de la Savoie à la France. Comme on pouvait s'y attendre, les propositions de l'USSS sont passées à la trappe. On avait déjà évoqué dans la Voix (voir page 11 du n°17 disponible dans la rubrique anciens numéros de ce blog) le fait que l'avis des érudits savoyards était très largement méprisé par les responsables de nos deux départements. Cela se confirme aujourd'hui : les autorités semblent préférer à l'histoire le mythe au relent de propagande qui sévissait déjà en 1910 (voir illustration ci-dessus).
Dans son projet, le conseil général de la Yaute oublie ainsi notamment le Faucigny, qui pétitionna pourtant en masse pour devenir suisse, incitant ainsi à la création de la grande zone franche et des bulletins "Oui et Zone" proposés à l'immense majorité des habitants de la future Haute-Savoie lors du référendum du 22 avril 1860. L'USSS s'étonne que rien ne soit prévu dans cette province, tout comme du fait que la population soit très largement tenue à l'écart et cantonnée au rôle de spectateur.
Dans le communiqué que nous publions ci-dessous, les sociétés savantes demandent donc à être enfin écoutées afin que les commémorations de 2010 soient une occasion de faire vivre l'histoire sans oeillère. C'est trop demander ?
" L’Union des sociétés savantes de Savoie (USSS) regroupant en Haute-Savoie les académies et sociétés historique suivantes : Académie Florimontane, Académie Chablaisienne, Académie Salésienne, Académie du Faucigny, Les Amis du Vieil Annecy, Les Amis du Val de Thônes, La Salévienne, fortes de plus de 1 500 membres, s’étonne d’avoir été « oubliée » des réflexions entourant les préparatifs du 150e anniversaire du traité d’Annexion. Ces mêmes sociétés avaient été les chevilles ouvrières des commémorations du 100e anniversaire en 1960.
L’USSS avait pourtant fait part d’un avant projet à l’Office départemental d’action culturelle de la Haute-Savoie (ODAC) dès 2007 dont il n’a été tenu aucun compte. Elle est en particulier étonnée de constater le peu de place qui est fait à l’histoire alors que l’on commémore un événement historique, le plus important dans l’histoire contemporaine de notre territoire.
L’Union des sociétés savantes de Savoie est surprise de voir que les manifestations sont soit réservées à une élite (colloque sur les sources…), ou alors font dans l’éphémère que l’on voit partout (spectacle de rue). Elle s’étonne également de voir qu’à aucun moment il n’est fait allusion à une quelconque participation des populations - sauf en tant que spectatrices - dans ces manifestations, cantonnées à trois villes du département dont aucune du Faucigny dont le rôle a été primordial lors de cet épisode.
L’USSS s’étonne en constatant qu’il n’est prévu aucune manifestation (hormis le colloque universitaire) programmée de concert avec le département de la Savoie.
Guère satisfaite du sort qui est fait à l’histoire dans le programme annoncé, à la diversité des territoires de ce département, à la place qui lui a été accordée pour la mise au point de ce programme qui porte essentiellement sur des manifestations sans lendemain, ou trop élitiste, l’Union des sociétés savantes de Savoie souhaite se faire entendre. Elle lance un appel aux élus, associations, habitants de ce territoire pour que ces manifestations soient la fête des habitants de la Savoie toute entière, pas seulement celle organisée par les élus et le personnel administratif du département, peu connaisseurs du sujet. "
13:07 Publié dans Actu | Lien permanent | Commentaires (1) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : histoire, 1860, 2010



