26.07.2009
Les frères Roger font leur cinéma

Soyons galants, commençons par Jaffa, un film israélien de Keren Yedaya (sorti le 10 juin dernier). Autant vous dire les choses franchement : nous pensions dormir pendant cette projection. Nous nous étions judicieusement assis sur la dernière rangée de fauteuils, loin de nos collègues exploitants venus assister à ce visionnement qui clôturait l’assemblée générale de l’ACRIRA (Association des Cinémas Indépendants de la Région Alpine), dans la très belle et vaste salle de la Mure (Isère). On pensait que ce serait une énième variation sur le conflit israélo-palestinien, idéale pour un petit clopet.
Eh bien nous n’avons pas fermé l'œil, happés que nous fûmes dès les premiers plans par cette tragédie moderne, située comme le titre du film l’indique à Jaffa. Une histoire d’amour impossible entre Mali, jeune israélienne de 21 ans, fille de Reuven qui tient un garage, et Toufik, employé Arabe de ce dernier. Nous ne vous dirons rien de plus pour ne pas vous priver du plaisir et de l’émotion que nous avons eus à nous laisser entraîner par le grand talent de cette réalisatrice, déjà remarquée il y a 5 ans avec Mon trésor. La force et la justesse des interprètes, le scénario impeccablement ficelé sur un thème vieux comme le monde, l’utilisation des décors (le garage, un parking sur lequel Roméo et Juliette se retrouvent, l’appartement familial) : tout concourt à faire de Jaffa un film qu’il faut absolument voir. Notre engouement est moindre pour Le temps qu’il reste, d’Elia Suleiman, tourné lui aussi en Israël, mais par un palestinien. Vous aviez peut-être vu Intervention divine en 2002, magnifique film politico-burlesco-poétique. Suleiman récidive dans une veine un peu plus intimiste en racontant l’histoire de sa famille à Nazareth depuis 1948. Le cadrage est toujours impeccable, l’humour keatonien présent… mais le cinéma de Suleiman, basé sur une certaine forme de redondance, contient ses propres limites, le spectateur étant parfois décontenancé, voire un peu perdu. Le genre de film à voir en étant parfaitement reposé. Restent de grands moments de cinéma : notamment cette scène incroyable dans laquelle Suleiman, puisqu’il joue dans son propre film, saute à la perche par-dessus le Mur… Ce moment vaut à lui seul le détour.
Nous gardions le saugrenu pour la bonne bouche : Les derniers jours du monde, des Frères Larrieu. Connaissez-vous le cinéma des Larrieu ? Si vous avez déjà vu Sabine Azéma courir nue dans un alpage ou Phlippe Katerine en moine naturiste, alors vous avez vu un film des Larrieu. Le Voyage aux Pyrénées en l’occurrence. Un film qui partagea l’an dernier les spectateurs en deux clans : ceux qui quittèrent la salle en vociférant « c’est quoi cette merde ? » et les autres, dont nous faisions partie, qui furent sensibles à l’univers des frérots où sexe et cimes font bon ménage. Leur dernier opus est un film ambitieux, qui se passe dans les Pyrénées bien sûr, dont ils sont natifs, mais aussi à Taïwan, Paris, Pampelune, Toulouse ou encore au Canada. Une vraie odyssée jamesbondesque pour Mathieu Amalric qui incarne Robinson, dont la vie est happée dans un grand tourbillon apocalyptique et coloré. Les frères Larrieu sont surprenants, c’est la première de leurs nombreuses qualités. Ainsi, cette scène d’ouverture : les yeux d’Amalric qui se réveille en gros plan. La caméra recule, on s’aperçoit qu’il lui manque une main. Il enfile sa prothèse, se lève, nu, va à sa fenêtre qui s’ouvre sur une plage. « Il fait beau, je sors »… To be continued, comme on dit, et vous ne serez pas au bout de vos surprises, foi de Roger !
Pour finir, on ne dira rien sur Non ma fille, tu n’iras pas danser, le prochain film de Christophe Honoré (Dans Paris, les chansons d’amour, La belle personne). On n’a pas supporté la classique crise de la trentaine, borderline et parisienne (mais attention hein : d’origine bretonne !). Et puis les acteurs d’Honoré ont une remarquable propension à susciter notre agacement (Louis Garrel, ici, Romain Duris dans Dans Paris). Mais bon, on vous laisse juger. On préfère parler de ce qu’on aime.
Les frères Roger
Jaffa : à la Turbine (Cran-Gevrier) du 12 au 18 août et à la MJC Novel d'Annecy les 22 et 25 août. A surveiller dans les autres salles...
Le temps qu’il reste : sortie le 12 août
Les derniers jours du monde : sortie le 19 août
Non ma fille tu n’iras pas danser : sortie le 2 septembre
Plus d’info sur le site de l’ACRIRA où vous trouverez les coordonnées et les sites de toutes les salles adhérentes (20 en pays de Savoie): www.acrira.org
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