12.04.2009
Philippe Deparis trace un sentier citoyen
Après avoir surpris tout le monde en réalisant un excellent score aux dernières élections cantonales sur le canton de Sallanches, Philippe Deparis continue sur sa lancée. Animé du désir de responsabiliser le citoyen en lui permettant de prendre la parole, il est devenu cet automne le président d’une nouvelle association, Sentiers Citoyens, qui s’est donnée trois missions principales : l’observation du territoire et des politiques locales du Pays du Mont-Blanc et de la Vallée de l’Arve ; la diffusion et le partage de l’information liée au territoire et aux politiques locales ; la facilitation des relations élus-citoyens. En découvrant sur le site de Sentiers Citoyens (http://sentiers-citoyens.reputaction.com/) une lettre envoyée à Hervé Gaymard concernant la réforme des collectivités locales, on a décidé d’inviter l’animateur de la place du village – et ami de la Voix – à nous expliquer sa démarche qui contribue à faire que les enjeux des débats citoyens soient enfin mis sur la place publique. Alors si vous ne connaissiez que le Philippe interrogeant les anciens pour mieux comprendre ce qu’était la Savoie d’antan, découvrez ici celui qui nous rappelle que l’avenir de ce territoire doit être notre affaire.
Philippe Deparis, comment est née l’association Sentiers Citoyens ?
Lors de la dernière élection cantonale, j’ai fait bien plus de voix que prévu. Je pensais arrivé à 5% pour être remboursé des frais de campagne, mais j’ai finalement atteint 43%. Du coup, les décideurs et tous les opposants du coin sont venus me voir. Ils cherchaient une structure pour pouvoir dire des choses. On a donc pensé qu’il fallait créer cette association pour relayer la parole des citoyens.
Etes-vous nombreux ?
Pour l’instant, il n’y a qu’une vingtaine d’adhérents, mais c’est dû à la volonté d’avoir un noyau pour réfléchir et organiser des rencontres publiques. L’étape suivante sera de renforcer notre réseau, d’avoir un blog qui atteigne sa vitesse de croisière. Quand ce sera le cas, on dira aux gens de venir nous rejoindre. On sait qu’il y a un gros potentiel, car, au niveau des problèmes citoyens, il y a beaucoup d’associations qui répondent à des besoins précis, notamment sur l’environnement, mais il y a très peu de vue d’ensemble. Et les gens sont prêts à adhérer à une association qui ne roule pas pour un parti politique.
C’est pour porter cette parole citoyenne que vous avez écrit au président de l’Assemblée des pays de Savoie au sujet de la réforme des collectivités locales ?
Exactement, car chaque fait politique intéresse le citoyen. Et on veut le rapprocher de l’élu. Or là, le problème de la réforme des collectivités est réservé à une élite. Le citoyen reste très loin de ça. Il ne sait même pas quelles sont les compétences du conseil général ou du conseil régional, alors si vous lui parlez d’une réforme… C’est un constat terrible, mais cette réforme lui échappe complètement. Et nos politiques n’arrivent pas à prendre une position commune. Chaque élu a la sienne, il y a une cacophonie absolument incroyable et personne n’a rien à proposer. Le seul projet sérieux, c’était celui de Gaymard, mais là, on voit qu’il baisse la tête et semble renoncer. Dans cette cacophonie, le grand perdant est le citoyen savoyard. Car la question qui se pose, c’est : quelle place pour le territoire savoyard ?
Dans votre lettre à Hervé Gaymard, vous prenez position pour une région des pays de Savoie…
Au sein de l’association, il y a différents sons de cloches. Mais on veut profiter de ce moment pour poser le problème et aller plus loin pour que, enfin, les Savoyards avancent ensemble. Pour que leur territoire se fortifie, il faut qu’ils se rapprochent, car ils sont trop éloignés les uns des autres. Et en premier lieu les élus. Depuis quand Gaymard n’est-il pas venu à Sallanches, Chamonix ou Thonon ? Comme aujourd’hui se présente une occasion assez unique de se rapprocher, on pensait qu’on allait assister à un grand mouvement, à des réunions publiques pour débattre du sujet. Mais il n’y a rien. Alors nous, on va organiser une réunion publique sur ce sujet. Car si on ne se manifeste pas, ce n’est pas les Parisiens qui vont le faire pour nous, ni le législateur. Maintenant, cela ne veut pas dire que l’on appelle à la création d’une région Savoie. On ne prétend pas avoir la solution.
Mais vous estimez que le territoire savoyard serait un échelon pertinent…
Nous sommes persuadés d’une chose : c’est l’échelon de protection le plus proche après la commune ou la communauté de communes. Et il doit gagner des compétences. Or les propositions du rapport Balladur conduiraient au contraire à fragiliser cet échelon aujourd’hui représenté par le département. L’idée d’avoir un seul département me séduit beaucoup, car il y a une même histoire, une même culture, ce qui permet de travailler ensemble. Alors on dit toujours qu’il y a le problème des conseillers généraux, plus nombreux en Savoie qu’en Haute-Savoie, mais la réforme doit justement permettre de tout revoir de fond en comble. Faire de nouveaux découpages ne devrait pas être un problème. Ce qu’on regrette beaucoup, c’est qu’on est en train de rater une occasion. Car on entend qui sur ce projet ? Pas grand monde. Monteil semble ne pas vouloir en parler, le maire d’Annecy est occupé par les JO de 2018. Cela pourrait pourtant être une occasion d’accompagner cette réforme pour faire les jeux de tous les pays de Savoie.
Ce qui éviterait d’avoir à construire une nouvelle patinoire au pays du Mont-Blanc. Cette patinoire serait-elle un symbole de l’absence de collaboration entre les Savoyards ?
Oui, c’en est un parfait résumé. Dans le pays du Mont-Blanc, on a déjà trois patinoires, mais pour les JO, il en faut une grande. On pourrait très bien utiliser le Hall olympique d’Albertville ou le Phare de Chambéry, mais on reste trop étriqué. Les JO de 2018 devraient permettre de réfléchir à ce territoire et donner une motivation pour le transformer d’ici là. Et si tous les pays de Savoie portaient ces jeux, il y aurait beaucoup moins d’infrastructures à construire.
Dans sa réponse à votre lettre, Gaymard disait : « Je vous invite à suivre l’évolution de nos débats. » Sur ce sujet de la réforme des collectivités, il semble donc vous inviter à être spectateur de ce qui se décidera entre parlementaires à Paris…
C’est ça. Mais c’est peut-être encore pire au niveau de l’intercommunalité. Les élus décident à trois ou quatre de tout. Et plus cela échappe au citoyen, mieux c’est pour les élus. Ils ne veulent pas qu’on puisse leur dire ce qu’il faudrait faire, alors même que l’intercommunalité, c’est l’enjeu des trente prochaines années.
Vous mettez en avant la notion de pays et votre association couvre la vallée de l’Arve et le pays du Mont-Blanc. Le pays serait-il un échelon d’avenir entre la commune et un département/région ?
Oui, et d’abord parce que le pays représente une formule affective. On dit de quelqu’un qu’il est du pays. Et pour travailler ensemble, il faut être bien ensemble et avoir des choses à partager. Je suis persuadé que le pays représente une dimension importante, car si on fait des divisions artificielles, comme Rhône-Alpes, cela ne permet pas de bien travailler.
Le pays pourrait-il remplacer le canton qui ne représente plus forcément grand chose ?
Oui. A l’origine, le canton avait sa raison d’être. Celui de St Gervais, par exemple, avait un sens. Mais avec l’arrivée des stations, il n’y a plus les mêmes intérêts en haut et en bas. L’intercommunalité aussi devrait rassembler des gens qui ont les mêmes préoccupations. Et si le pays du Mont-Blanc existe, là, on veut nous faire une intercommunalité avec quatorze communes très disparates. En même temps, certaines communes devraient pouvoir fusionner, comme Demi-Quartier et Megève. Quoi qu’il en soit, il faut pouvoir discuter de ces sujets avant de prendre des décisions. Mais quel est l’endroit où le citoyen peut s’exprimer là-dessus ? En fait, le maire a tous les pouvoirs et il décide sans jamais interroger le citoyen. Alors avec notre association, il a au moins la possibilité de dire quelque chose. Les gens peuvent ainsi commencer à poser des questions alors qu’ils n’ont jamais l’occasion de s’exprimer.
Comment votre association est-elle perçu par ces élus que vous n’hésitez pas à critiquer ?
On est respecté pour ce qu’on est. Et on n’est pas contre les élus, même si on ne va pas hésiter à publier un classement de ceux qui cumulent pour éclairer les citoyens. Mais on sait qu’on peut déplaire à des élus, car on s’immisce dans leur petit pré carré. Depuis que je me suis présenté aux cantonales, on m’a dit au moins dix fois que j’ambitionnais de le faire aux législatives de 2012. L’UMP est d’ailleurs prête à me donner l’investiture dans la vallée de l’Arve, ce que, bien sûr, je refuse. Le sous-préfet m’a même appelé monsieur le député. Dès que vous commencez à vous engager quelque part, on vous suspecte d’autre chose. Pourtant, je ne veux pas faire de politique.
Mais en vous présentant à une élection, vous êtes entré dans le jeu politique…
Oui, mais juste pour que les citoyens connaissent mieux les choses. Car notre petite expérience nous impose de les aider.
Et si vous étiez élu ?
J’aurais envie des défendre mes idées, car il y a tellement à faire. Et d’abord lutter contre le cumul des mandats qui est une catastrophe.
On peut d’ailleurs penser que si Gaymard, président du conseil général de Savoie et président de l’APS, estime que c’est à l’Assemblée Nationale qu’il faut débattre de la réforme des collectivités, c’est parce qu’il est député…
Bien sûr ! Pour lui, c’est une tare ce cumul. A cause de cela, il exclut du débat les Savoyards. Il pense que c’est au parlement de décider parce qu’il est parlementaire. On vit comme au temps du Moyen Age ! Mais quand on imagine le boulot d’un parlementaire et celui d’un président de conseil général, on se dit que c’est intenable. C’est comme Martial Saddier qui, à force de tout cumuler, est partout ailleurs. Il y a vraiment un combat à mener là-dessus et on sera ferme jusqu’au bout. Mais c’est une réforme qui va passer dans les années qui viennent.
Pour conclure sur cette réforme des collectivités locales, peut-on résumer votre position au désir de parvenir à une organisation territoriale fondée sur les trois échelons que sont la commune et la communauté de communes, le pays et enfin une région qui serait pour nous celles des pays de Savoie ?
C’est clair que ce sont les trois échelons que l’on met en avant et qui alimentent notre réflexion. Maintenant, ce qu’on veut, c’est permettre au citoyen de donner son point de vue. Celui du président de l’association est bien moins intéressant que la méthode que l’on souhaite mettre en œuvre. Et d’ailleurs, les membres de l’association pensent différemment. Alors c’est sûr qu’un jour ou l’autre on sera amené à prendre position, sans pour autant devenir complètement politique. Mais quand tu prends position, ça devient politique. Et les propositions vont arrivées car les citoyens ont plein d’idées.
Entretien : Brice Perrier
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29.01.2009
L'APS reste dans le flou

Dans le cadre de la réforme des institutions, les deux départements se sont retrouvés le 23 janvier au sein de l’Assemblée des pays de Savoie (APS) pour débattre de leur avenir. Quels sont les scénarios envisageables ?
- ne rien changer (quitte à renforcer l’APS)
- laisser les départements disparaître et se retrouver dans Rhône-Alpes
- fusionner les deux départements au sein de Rhône-Alpes
- fusionner les deux départements et créer une région Savoie
- fusionner les deux départements et créer une instance infra-régionale au sein de Rhône-Alpes
- créer une région avec le département de l’Isère ou pourquoi pas avec celui de l’Ain
- etc.
En fait, un scénario semble faire l’unanimité : ne rien changer. Cela ne surprendra pas grand monde. Sauf que ça va changer. Comment ? Personne n’en sait rien, ce qui rendait d’ailleurs le débat un peu surréaliste. On doit bouger, mais on ne sait pas dans quel sens. De fait, c’est donc parti un peu dans tous les sens, avec notamment la gauche savoyarde qui réclame une région Isère-Savoie, alors que l’Isère ne réclame rien.
Une autre solution, présentée par Hervé Gaymard, consisterait à fusionner les deux départements, à créer une instance infra-régionale, le Conseil des pays de Savoie, qui aurait toutes les compétences de la région, sauf celles qui, du fait de la surface de ces départements, n’auraient guère de sens, comme les transports, notamment ferroviaires. Pourquoi pas ? C’est mieux que rien. Et dans le cas où "ne rien changer" ne serait pas tenable, ce serait le scénario que préfèreraient nos conseillers généraux. Mais est-ce seulement réalisable ? Là on n’en sait rien.
Deux ou trois interventions ont été remarquées : celle de Michel Bouvard. Egal à lui-même. Il a rappelé les enjeux, les risques pour nos territoires de l’évaporation des « départements », la « kreissisation » des départements comme il le dit, instance infra-régionale allemande, dotée de peu de ressources propres. Hervé Gaymard, qui ne croit plus à la République une et indivisible, est favorable pour que les choses bougent, mais il semble emprunté et ne sait trop comment s’y prendre. D’autre comme Giroud, maire d’Albens, ou Amoudry, conseiller général de Thônes, ont pu tenir des propos intéressants. Mais comme à la fin du débat il n’était pas prévu de vote, ils sont tous repartis bons amis, sans qu’on soit plus éclairé sur la suite.
On reste donc dans le flou en attendant les réponses du comité Balladur. Bref, on n’a pas avancé.
Un Savoyard anonyme
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